dimanche 1 janvier 2012

Batman entre Burton et Schumacher - Part 4/8

Quasiment inconnu du grand public, Tim Burton est arrivé discrètement sur Batman (1989) sans faire de bruit. Apportant son univers si personnel, il est parvenu à nous offrir une vision unique d’un personnage que l’on pensait connaître sur le bout des doigts. A n’en pas douter, il y a un avant et un après Burton.
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Lorsque débarque la première campagne d’affichage censée annoncer la sortie du film Batman de Tim Burton (1989), peu de gens arrivent à reconnaître – dans ce que beaucoup assimilent à une bouche – le sigle désormais incontournable du Dark Knight. Il faut dire qu’avant la sortie de ce film, la carrière du personnage était aussi chaotique que difficile à suivre. Né en 1939, Batman a connu des hauts et des bas comme aucun autre héros de bande dessinée avant lui. De vengeur solitaire et sans pitié, il devient un Pygmalion, puis un détective réfléchi avant de se parodier lui-même à l’occasion d’une série TV au kitsch absolu. C’est alors qu’il sombre dans les affres de la dépression pour enfin devenir le héros flamboyant et crépusculaire que nous connaissons. Mais en 1988, l’affaire qui déboucha sur la mort brutale du second Robin (Jason Todd), allait balayer le regain de notoriété octroyé par la mini-série de Frank Miller, Dark Knight Return (1986).
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A l’ombre de Gotham
Le studio Warner, qui détient DC Comics et donc les droits de Batman, décide pourtant que l’heure est venue de produire un nouveau film (le dernier en date, réalisé en 1966, était plus une caricature qu’une transposition fidèle de l’œuvre originale). L’entreprise est confiée à Tim Burton, réalisateur inconnu du grand public et dont les deux derniers films (Pee Wee Big Aventure – 1985 et Beetlejuice – 1988) n’ont connu qu’un succès d’estime. Néanmoins les fans approuvent ce choix, pressentant chez le bonhomme un savoir-faire et un univers très personnel. Pour ce qui est de Michael Keaton, c’est un peu plus complexe. Décrié en raison de son étiquette d’acteur comique, la polémique prend une ampleur démesurée avec lettres d’insultes et débats enflammés (à tort comme le prouvent les films, Keaton y étant excellent !).
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Le méchant choisi n’est autre que le tonitruant Joker, dont le rôle est confié au truculent Jack Nicholson que beaucoup considèrent comme un vrai psychopathe capable de toutes les excentricités. Là encore il imposera son style, parvenant à créer un Joker plus vrai que nature. Une présence étonnante ! Le casting est complété par Kim Basinger (qui vient de triompher dans 9 semaines ½ – 1986), Jack Palance (star des années 50 et 60) et Billy Dee Williams (Lando Calrissian dans Star Wars).
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Lorsque le film sort sur les écrans en 1989, il déclenche une hystérie internationale que l’on baptise « Batmania ». Un succès amplement justifié au regard de la quasi-perfection de l’œuvre. Gotham City est une cité crasseuse, décadente, s’élevant toujours plus haut comme pour fuir la puanteur de ses ruelles. Policiers corrompus, journalistes trop curieux, criminels sans vergogne, il ne manque rien. Batman est tout simplement impressionnant de charisme et de mystère, trouvant là sa meilleure incarnation à l’écran. Et c’est le design général (costumes, décors, véhicules, musiques, etc.) qui forcent le respect et confèrent au film son statut de chef-d’œuvre. Pour un coup d’essai, Tim Burton signe une toile de maître.
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Batman 2 : un défi
En 1992, et après un détour par la poésie envoûtante d’Edward aux mains d’argent (1990), Tim Burton retrouve Gotham la magnifique à l’occasion d’une suite évidente : Batman le Défi (Batman Returns). Repoussant les limites que l’on pensait atteintes avec le premier opus, Batman 2 cumule les réussites, parvenant à s’imposer sans peine comme la meilleure adaptation de comics à ce jour (depuis égalée par Spider Man (2001 – 2003) et Sin City (2005)). Deux vilains y font une apparition remarquée. Le génial Danny De Vito endosse la tenue poisseuse du tétanisant Pingouin avec une aisance évidente. Pour la première fois de son histoire, Oswald Chesterfield Cobblepot trouve enfin un interprète à sa mesure, De Vito transcendant son personnage de la plus belle manière qui soit. Et que dire dans ce cas de Michelle Pfeiffer qui campe une Catwoman électrisante, sensuelle et fascinante. Elle bondit, minaude et griffe avec la précision d’une chatte en chasse (pas facile à dire ça !) : elle est Catwoman. Enfin Christopher Walken est aussi perfide que malfaisant, rôle qu’il exécute avec une certaine maestria doublée d’une grande classe comme à son habitude.
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Au final le seul "reproche" que l’on peut faire aux films de Tim Burton tient dans son choix de privilégier les méchants au détriment du héros qui devient presque un personnage secondaire. Mais l’atmosphère, le jeu des acteurs, la bande originale, les choix artistiques et l’univers si particulier de Tim Burton en font des incontestables réussites qui près de 15 ans plus tard semblent n’avoir pris aucune ride. Frank Miller a remis le Dark Knight au goût du jour, Tim Burton lui a donné son statut de mythe, et au risque de choquer les âmes sensibles, nul n'est parvenu depuis à égaler son travail.
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Schumacher : le bourreau de Gotham ?
Après deux volets particulièrement réussis, Tim Burton cède sa place de réalisateur, tout en conservant sa casquette de producteur. Joël Schumacher, dont la filmographie compte quelques belles réussites dont Chute libre (Falling Down – 1993), L’expérience interdite (Flatliners – 1990), Génération Perdue (The Lost Boys – 1987) ou plus récemment Phone Game (Phone Booth – 2002), se retrouve en charge de la réalisation d’un troisième opus. Et l’enfer l’accompagnait…
Batman Forever sort sur les écrans en 1995. Si personne ne s’attendait à retrouver l’atmosphère unique instaurée par Burton, la désillusion est grande. Michael Keaton passe le relais à Val Kilmer qui endosse sans difficulté le rôle de Batman. Mais là où Burton en faisait un homme tourmenté et secret, Schumacher choisi une approche plus en adéquation avec le passé de playboy mondain et goguenard de Bruce Wayne.
Ce simple choix modifie considérablement l’approche du film qui perd aussitôt toute la verve gothique des versions précédentes pour s’orienter vers une bande plus familiale. C’est ainsi qu’un Robin rebelle et plein de hargne fait une entrée fracassante sous les traits d’un Chris O’Donnell. Cette arrivée confirme l’ambition de Warner d’entraîner la série Batman sur des chemins moins tortueux, au risque de perdre la profondeur et l’amertume des Burton.
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Batman for fever
Côté méchants, Tommy Lee Jones campe Double Face avec une jubilation évidente, tandis que le grimaçant Jim Carrey (qui en fait des tonnes) incarne Edward Nygma dit le Sphinx. Fidèles à l’esprit des BD (du moins dans leurs apparences), ils sont moins irrésistibles que leurs prédécesseurs, probablement en raison de la passion de Burton pour les vilains (qui devenaient presque les personnages principaux). Plus loufoques que psychotiques, Double Face et le Sphinx deviennent des criminels excentriques dopés à la démagogie. Enfin Nicole Kidman se charge du facteur « sensualité », prenant la relève de Kim Basinger et Michelle Pfeiffer, dans la blouse improbable du Dr. Chase Meridian.
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Au final nous nous trouvons devant un film scindé en deux parties distinctes. La première reste dans l’esprit des Burton : univers sombre, personnages troubles, ambivalence des rapports, victimisation des protagonistes. Puis passer le cap « Robin », le film bascule dans une sorte d’hystérie incontrôlée avec gros plans sur l’entrejambe et le fessier moulé des héros, scènes abracadabrantes et délires compulsifs dans lesquels tentent de se débattre toute la joyeuse troupe (Jim Carrey étant le plus à l’aise dans ce genre de situations). A se demander si c’est bien le même réalisateur d’un bout à l’autre ! Il en résulte une œuvre bâtarde, réussie au début et pathétique sur la fin. Mais ce n’est rien en comparaison de la suite.
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Revival 66
En 1997 Joël Schumacher revient à la charge avec Batman & Robin. Plus question de loucher du côté de la noirceur Burtonienne, l’heure est au grand guignol, quitte à sombrer dans la parodie crasse (on pense immédiatement à la série Batman de 1966). Désormais le public visé a moins de 18 ans, raffole des jeux vidéo et se contente d’un peu d’action et de quelques effets spéciaux. Georges Clooney, promu star depuis son rôle dans la série Urgences, devient le troisième Batman. A ses côtés, toujours fringuant et bondissant, Chris O’Donnell reprend le costume de Robin. Et comme si cela ne suffisait pas Alicia Silverstone revêt la tenue de Batgirl, rejoignant un duo qui peine déjà à se partager la tâche ! Le monolithique Arnold Schwarzenegger enfile l’armure geler de Mr Freeze et jette un froid à chacune de ses apparitions tant il est dans la démesure ringarde et complaisante. A ses côtés Uma Thurman tente désespérément de faire bonne figure dans la combinaison végétale de Poison Ivy, ne parvenant pas une seconde à rivaliser avec Catwoman. S’ajoutent à tout cela une mise en scène navrante qui accumule les plans inutiles et hors sujet (jamais les fesses de Batman et Robin ne seront autant apparues en gros plan !), sans oublier des lignes de dialogue qui nous font presque regretter ceux de Rambo 3 (1988) ou Commando (1985) !
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Alors on s’interroge. Joël Schumacher est-il devenu fou ? A-t-il suivi bêtement les directives d’une poignée de dirigeants aux goûts douteux ? Comment ne pas bondir dans son siège face à la mollesse des combats, la naïveté des intrigues et le manque de créativité. Forcément que ces films souffrent de la comparaison (n’est pas Tim qui veut !), mais sans reproduire la même chose, Schumacher aurait pu apporter un peu d’âme et d’imagination. Se contenter de suivre un cahier des charges précis ne suffit pas à faire un bon film, et encore moins une adaptation d’un personnage comme Batman. Pourtant nous aurions voulu aimer ces suites qui contiennent de très bonnes choses. Mais le gouffre est trop vaste entre poésie et cavalerie, subtilité et grosses ficelles, décideurs et exécutants. Dommage.
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Guide de Lecture
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