dimanche 20 novembre 2011

Batman : Serial Héros - Part 3/8


Comme la plupart des personnages phares des années 40, Batman fut adapté en version live à deux reprises sous la forme de serial, preuve de sa reconnaissance publique Une première fois en 1943, puis une seconde en 1949, témoignages manifestes d’une époque troublée par la guerre puis par la reconstruction.

Entre 1937 et 1942 la mode est au « serial », film à épisodes hérité du feuilleton radiophonique et diffusé au cinéma avant le film. Excédent rarement les 10 minutes, chaque épisode (diffusé de façon hebdomadaire) s’achevait sur un cliffhanger haletant, souvent improbable, jouant sur la mort supposée du héros. Parmi les serials les plus célèbres on compte Flash Gordon (1936 & 1938), Buck Rogers (1939), Hop Harrigan (1946) ou Mandrake the Magician (1939).

Batman entre en guerre
En 1943, Batman est au faîte de sa popularité. Harry Cohn, président de la Columbia, avait déjà produit bon nombre de serials (The Shadow, Captain Midnight, Buffalo Bill). C’est donc tout naturellement qu’il propose à Bob Kane de faire de sa série un feuilleton de 15 épisodes. Dans le rôle titre, on découvre Lewis Wilson, tandis que Douglas Croft incarne Robin. Les costumes restent fidèles aux modèles dessinés, mais sont très loin de produire l’effet escompté (les collants plissent un peu partout tandis que les masques ont une fâcheuse tendance à tomber sur les yeux des comédiens).

L’intrigue se concentre sur un stock de radium qui doit arriver à Gotham City pour le compte de l’infâme Docteur Daka, un japonais régnant sur une armée de zombies composée de prisonniers des Forces de l’Axe dont il contrôle l’esprit grâce à des casques. Mais Batman et Robin veillent et ne tarderont pas à déjouer les plans de ces « sales rats aux yeux bridés ! ». Pour mémoire nous sommes en 1943 et Pearl Harbor est toujours une plaie purulente, les Japonais vivant aux Etats Unis étant devenus des boucs émissaires. La majorité d’entre eux sera d’ailleurs expatriée, quand ils ne sont pas lynchés !
Quoiqu’il en soit la réalisation de Lambert Hillyer (La Fille de Dracula – 1936) parvient à nous offrir une atmosphère très proche de l’esprit de la BD. En 1965 la Columbia reprogramme ce serial sous le titre Evening with Batman & Robin. Mais l’aspect vieillot et désuet de l’intrigue et des costumes en font un échec évident.

Batman le magicien
En 1949 la Columbia entame la production d’un nouveau serial de 15 épisodes. Baptisé Batman & Robin, respectivement campés par Robert Lowery et John Duncan, il prend quelques libertés par rapport à son modèle de papier. Ainsi Batman y est présenté comme un simple membre des forces de l’ordre de Gotham, jetant un voile discret sur l’esprit de vengeance qui l’anime. La réalisation est confiée à Spencer Gordon Bennet, spécialiste du serial à qui on doit Secret Service in Darkest Africa (1943), qui servit de modèle à Spielberg et Lucas lors de la création d’Indiana Jones, ou Superman (1948) première adaptation live du héros de Metropolis.
L’intrigue introduit un vilain du nom de Wizard qui a le pouvoir de devenir invisible. Entièrement vêtu de noir, le visage dissimulé sous une cagoule, il ourdit de funestes complots visant à prendre le contrôle de la planète grâce à une machine ayant la capacité de contrôler tout ce qui peut bouger ! Nous y faisons aussi la connaissance de la photographe de presse Vicki Vale (Jane Adams), qui aurait été inspirée à Bob Kane suite à une rencontre avec Marilyn Monroe.

An Evening with Batman & Robin
Le producteur Sam Katzman, connu pour sa pingrerie et sa passion immodérée mais involontaire pour le cheap, se contente d’assurer le minimum, espérant doubler son investissement sur le seul nom de Batman. Mais force est de constater que le résultat est en deçà de la version de 1943. Bien sûr l’approche générale est bien plus fidèle à la bande dessinée avec de nombreux coups de théâtre ponctuant les différents épisodes, mais le manque de moyens se fait cruellement sentir et condamne une production qui possède pourtant de multiples atouts. A l’instar de son aîné, le serial est connu sous divers titres (The Adventures of Batman & Robin, The New Adventures of Batman & Robin), avant de connaître les joies d’une rediffusion en 1966, profitant ainsi de la réussite de la série TV, sous le titre An Evening with Batman & Robin. Le succès de ce serial allait ouvrir la voie trois ans plus tard à une vraie série d’un autre super-héros, Adventures of Superman. Avec plus d’une centaine d’épisodes (en noir & blanc de 1952 à 1954, puis en couleur de 1955 à 1958), elle marque l’entrée des héros dans l’ère de la télévision, Batman devant lui emboîter le pas dès 1966 avec Batman la série (1966-1968).

Comics Code
Si pour beaucoup Batman est un héros torturé et sombre, la série produite entre 1966 et 1968 devait en proposer une vision très différente et beaucoup plus délirante. Comme le disait Bardot, cette série allait faire des « Whap, Bam, Krakk, Though, Wizzzzzz » pour le meilleur et souvent le pire…  Durant les années 60 l’Amérique traverse une période douce heureuse dont consumérisme et insouciance sont les piliers. L’économie est au beau fixe, les usines produisent à plein régime et la population découvre les joies de la surconsommation. La radio a fait place à la télévision et chaque foyer se doit d’avoir un poste couleur. Côté comics, la censure étend son ombre sur toutes les productions. Les auteurs n’ont d’autres choix que de se plier au tristement célèbre « Comics Code » qui censure et interdit tous propos pouvant entraîner le désordre. Sexe, violence, noirceur, contestation ou critiques sociales deviennent des sujets proscrits. Ceci entraîne une longue période de vache maigre, où tous les scénarios ressemblent à une insipide adaptation de la Petite Maison dans la Prairie.

Batman TV Show
Batman, qui rencontre depuis des années des problèmes avec la censure, devient le héros de publications gentillettes et quelque peu débilitantes. En compagnie de Robin, il arpente les rues de Gotham afin d’y prévenir toutes sortes de larcins comme un vulgaire justicier en costume moulants. Puisque personne ne daigne s’intéresser avec ferveur à ses exploits de papier, c’est dans une série télévisée que Batman va passer son temps. A l’automne 1965 la chaîne ABC confie à William Dozier la production d’une série Batman, à défaut d’avoir pu acquérir les droits de Superman et Dick Tracy. Totalement inculte en matière de comics, Dozier avale des kilomètres d’aventures pour en arriver à la conclusion suivante : la série doit accentuer l’aspect trop sérieux des BD tout en restant accessible pour les enfants !

Le rôle titre est confié à Adam West et celui de Robin à Burt Ward. Les 34 premiers épisodes sont tournés dans la confusion et la précipitation la plus totale. Pourtant le succès est au rendez-vous et toute la famille se prend de passion pour les péripéties (souvent grotesques) de Batman et Robin. Aussitôt un film est envisagé pour une sortie prévue durant l’été 66. Réalisé par l’improbable Leslie H. Martison, Batman le Film (1966) s’impose comme un condensé du meilleur du pire de la série. Gags lourdauds, situations rocambolesques, réflexions ineptes, acteurs en cabotinage permanent, effets spéciaux digne du plus mauvais Ed Wood et combats approximatifs ponctués d’onomatopées incrustées à même l’image façon BD. Pourtant on ne lasse pas de revoir ce chef d’œuvre du kitsch et de la contre-culture qui mérite de figurer en bonne place dans toutes dvdthèques tant il est drôle, décalé et hilarant.

Batman Power
Quelques 3 saisons (pour 120 épisodes) et un film plus tard, Batman (1966–1968) est considérée comme une série culte dont les rediffusions ne cessent d’enchanter le public. Si avec le recul nous sommes bien loin de l’image gothique et ténébreuse de Batman, cela n’en reste pas moins une véritable révolution sur le plan artistique. Les costumes sont fidèles à l’esprit du comics et les différents gadgets sont bien rendus. Seule Gotham City ne correspond en rien à ce que des millions de lecteurs imaginent. Une fois de plus, il convient de rappeler que nous sommes dans une période d’insouciance et de naïveté et rien n’échappe à cette vague. Ainsi la série « oublie » volontairement les tourments de Bruce Wayne et les épisodes les plus sombres de sa vie. Les criminels les plus vils sont présentés sous un jour plus attrayant, entre folie douce et burlesque. A l’image du Joker incarné par César Romero ou du Pingouin interprété par Burgess Meredith (l’entraîneur de Rocky), dont les frasques sont plus proches de la blague potache que du délit vicieux.

L’autre grand succès télévisuel de l’année est Le Frelon Vert (The Green Hornet – 1966/1967), où l’on découvrait Bruce Lee dans la peau de Kato. William Dozier, producteur des deux shows, introduit les personnages du Frelon Vert et de Kato à l’occasion d’un caméo dans l’épisode # 41 de Batman, The Spell of Tut. Puis il décide d’aller plus loin en organisant une rencontre au somment entre les justiciers. Diffusés en 1967, A Piece of the Action et Batman's Satisfaction (épisodes 85 & 86) mettent scène Batman et Robin affrontant le Frelon Vert et Kato avant qu’ils ne s’allient face au danger. Avec ces épisodes, les chiffres d’audience s’envolent et l’opération s’avère très rentable.

Si cette série divise tant les fans de Batman, c’est qu’elle allait en précipiter la chute : comment un personnage, dont la notoriété repose en majeure partie sur une atmosphère lourde et pesante, pouvait survivre à un tel virage ? Et c’est bien là tout le problème. Après trois années de production, la série est arrêtée en 1968 et Batman commence sa longue traversée du désert. Une lente descente aux enfers devant s’achever en 1986 avec la sortie du comics Dark Knight Return de Frank Miller.
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Guide de Lecture

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