dimanche 28 novembre 2010

Zombies of Romero : des journées en enfer - Part 2/4

Zombie. Mot créole désignant un fantôme ou un mort revenu à la vie dans les croyances vaudou. Si aujourd’hui nous associons volontiers les zombies à des jeux vidéos ou des productions fauchées, certains oublient parfois que la paternité du genre revient à George Romero qui, en six films, en a imposé une vision exemplaire.  ATTENTION : Ce dossier contient des images qui peuvent heurter la sensibilité des plus jeunes !
.
Sous couvert de recherche de matériel salutaire, Romero promène sa caméra dans les différents sites qui seront bientôt le théâtre des pires atrocités. Des boutiques désertes aux couloirs interminables, nous visitons l’édifice au rythme des protagonistes jusqu’à éprouver une sensation de calme et de bien-être. Cette apparente sécurité devient étouffante et malsaine dès lors que le danger devient plus pressant. Afin de fermer hermétiquement le bâtiment, Peter et Roger décident d’utiliser des camions abandonnés pour en bloquer l’accès. Oscillant entre humour noir et horreur, cette scène donne lieu à un rodéo sauvage durant lequel Roger, à la frontière entre le barbare revanchard et la machine de guerre, s’amuse à écraser, sur son pare-chocs, les zombies qu’ils croisent.
.
.
Dans sa précipitation, il fait tomber son sac, ce qui l'oblige à revenir sur ses pas. Victime de son inconscience, il se fait mordre à la jambe. Sa mutation en zombie devenue inéluctable, Peter se verra contraint de l’achever d’une balle dans la tête.
.
La grande braderie
La vie de la petite communauté suit son cours, et les semaines passent, révélant que Francine est enceinte. Mais la trêve va être rompue l’entrée en piste d’une bande de motards (dont l’un est incarné par Tom Savini) venue dévaliser le magasin, et accessoirement casser du zombie. Défonçant les portes, ils ouvrent ainsi une brèche béante par laquelle s’engouffre aussitôt un flot ininterrompu de morts vivants. S’ensuit une longue séquence inoubliable où des hectolitres de sang se déversent sur le sol. Crânes fendus à la machette, décapitations sauvages, cervelles explosées à grand renfort de plomb, tueries en cascades et même tartes à la crème, rien n’est épargné aux zombies relégués au rang de bêtes de foire dédiées à un improbable divertissement. Malheureusement Stéphane, excédé par l’attitude du gang qui dérobe “ses biens”, se fait remarquer. Pourchassé par deux pillards, il est blessé dans sa fuite. Affaibli, il devient une proie facile pour la meute de zombies qui ne tarde pas à s’en repaître.
.
.
La Horde Sauvage
Dans le même temps, les survivants du gang se font successivement massacrer ou dévorer. Bras arrachés, corps éventrés, tripes exposées, le tout baignant dans un sang rouge limite fluo ! Un morceau de bravoure particulièrement trash dans laquelle le savoir-faire de Tom Savini prend toute sa mesure. Stéphane, devenu zombie, conduit directement la horde sauvage vers le repaire de ses amis, contraignant Peter à l’abattre. Francine portant la vie, ce dernier décide de se sacrifier pour lui laisser l’opportunité d'une échappatoire. Dans un dernier sursaut, il se reprend et s'enfuit avec elle, laissant le supermarché aux clients morts vivants de plus en plus nombreux. Un faux happy-end en forme de pied de nez, puisque deux des héros survivent, mais à quel prix ! Devenue des proies, ils font désormais partis d’une espèce en voie de disparition dans un monde qu’ils ont abandonné et qui ne veut plus d’eux.
.
Director’s Cut
Il existe une fin alternative à celle que nous connaissons, dans laquelle Francine se suicide en mettant sa tête dans les pâles du rotor de l’hélicoptère. Un final plus sombre qui aurait peut-être fermé les portes conduisant à une suite. A ce jour, il existe quatre versions de ce film. Le montage européen de Dario Argento d’une durée de 114 minutes, le montage américain signé George Romero de 126 minutes, une version dite Director’s Cut de 139 minutes et une édition allemande de 156 minutes, soit plus de 30 minutes d’images inédites chez nous ! Grâce au support DVD, et bien que dans la plupart des cas ils s’agissent de Zone 1 ne proposant aucun sous-titre, il est désormais possible de se procurer toutes ces variantes. L’édition double DVD en Zone 2 contient, quant à elle, le montage européen accompagné d’un reportage de près d’une 1h30, Document of the Dead, réalisé par Roy Frumkes et traitant de la trilogie sans son ensemble.
.
Six pieds sous terre
Après le succès international de Dawn of the Dead, George Romero nous fait patienter durant de longues années avant de remettre le couvert. C’est finalement en 1985 qu’il réalise le troisième opus de sa saga. Alors que tous les fans attendent un western urbain dans la veine de Zombie, il livre un film plus profond, plus posé et aussi plus lent. Le Jour des morts-vivants (Day of the Dead) nous présente une planète tombée sous le joug des zombies, toujours plus nombreux. Un groupe formé de scientifiques et de militaires a trouvé refuge sous terre, dans une ancienne base de missiles dans les faubourgs de Pittsburgh. Sous le commandement dictatorial de Rhodes (Terry Alexander), les hommes doivent capturer quotidiennement des zombies pour le compte du docteur Logan (Joseph Pilato), ironiquement surnommé Frankenstein. Ce dernier se livre à diverses expériences sur les morts vivants dans l’espoir de trouver un moyen, au mieux de cohabiter, au pire d’éradiquer la gangrène. Mais les tensions sont vives entre les différentes parties. Les militaires souhaitant régler le problème par les armes, les civils cherchant à sauver l’humanité et leur peau.
.
.
Pressé de toutes parts, le docteur est contraint d’exposer une partie de ses travaux en la personne de Bub (Howard Sherman), un zombie qu’il a suffisamment apprivoisé pour lui apprendre quelques tours, tout en le nourrissant avec le corps des soldats morts. Bub aime la musique, essaie de se raser et transmet des émotions telles que l’envie, l’impatience ou encore la curiosité. Mais il en faut plus pour convaincre des hommes d’armes dubitatifs qui ne s’expriment que dans le combat.
.
Le jour d’après
Poursuivant sa dénonciation des dérives politiciennes et des rapports sociaux, George Romero s’attaque cette fois aux militaires qu’il présente, peut-être de façon un peu simpliste, comme des benêts rétifs à toutes formes de communication autre que celle de la discipline militaire, en l’occurrence des plus bornée. À l’image de Rhodes qui finit par assassiner le docteur Logan (la science opposée à la force physique) dans un geste aussi désespéré qu’inutile. Si la majeure partie du film décortique les relations entre les personnages, ce n’est que pour mieux nous surprendre lors d’un carnage final ahurissant. Afin d'alimenter ce requiem bestial, Tom Savini n’hésite pas à utiliser des vrais intestins de porc pour simuler les entrailles des victimes.
.
.
La mort dans l'âme
Corps déchiquetés, têtes arrachées, membres disloqués, rien n’est excessif pour générer le malaise. Aux images très brutales s’ajoutent des traits d’humour qui rappellent que, derrière la violence exacerbée, se cache une belle pantalonnade (crâne coupé en deux mais dont les yeux suivent encore l’action, hurlements plus aigus quand la tête se détache du reste du corps, etc.) Enfin Romero nous confirme que les zombies sont capables d’une certaine évolution lorsque Bub utilise un pistolet pour blesser Rhodes, le tueur de son “ami”, avant de l’abandonner aux mâchoires expertes et impatientes de ses comparses.
.
.
Au final, les survivants de la boucherie sont contraints de se replier sur une île déserte, abandonnant leur civilisation aux mains des morts-vivants qui contrôlent la terre. George Romero conclu son épopée zombiesque sur une note fataliste et un constat sans appel : l’Homme n’est plus l’espèce dominante désormais anéantie par ses propres démons.
.
Mortelle randonnée
Le Jour des morts-vivants, malgré des qualités visuelles et narratives évidentes, ne doit son maigre succès qu’à son statut de “chapitre 3 d’une série culte”. Mais il est bien loin le temps de l’enthousiasme général, le cinéma d’horreur ayant depuis repoussé les limites du bon goût à grands renforts de films-choc. George A. Romero sort par la petite porte et ce n’est que dix ans plus tard, avec l’avènement des Resident Evil sur consoles que son nom revient sur toutes les lèvres comme le créateur de la mythologie moderne du zombie. Dès lors, on se prend à rêver d’un quatrième opus, alors que certaines rumeurs évoquent l’adaptation du jeu vidéo. Entre désaveux et jeunisme patenté, dix autres années s’écoulent encore sans que Romero ne retrouve ses chers cadavres.
.
.
Pourtant ils s’affichent régulièrement – même si c’est en passager clandestin – sur les écrans avec Braindead de Peter Jackson (1992), 28 jours plus tard de Danny Boyle (2002), Resident Evil de Paul W.S. Anderson (2002), Resident Evil Apocalypse d’Alexander Witt (2004), sans oublier l’excellent remake de Zombie que réalise Zack Snyder sous le titre L’Armée des morts (2004). Mais vingt ans après Le Jour des morts-vivants, il apparaît évident que l’enfer ne peut plus contenir tous ses morts et il appartient à George A. Romero de les emmener vers la terre promise.
.
**********
Guide de lecture
Zombies of Romero : des journées en enfer - Part 3/4
Zombies : Quand le ludique devient cauchemar - Part 4/4
.

1 commentaires:

  1. Je viens de découvrir ce site et j'adore vraiment ce que tu fait !!! C'est documenté, riche en infos et en petites histoires, franchement je crois que je vais revenir souvent,déjà pour lire les dossiers déjà dispo !

    Continues et bravo pour ce site !!!

    RépondreSupprimer