Zombie. Mot créole désignant un fantôme ou un mort revenu à la vie dans les croyances vaudou. Si aujourd’hui nous associons volontiers les zombies à des jeux vidéos ou des productions fauchées, certains oublient parfois que la paternité du genre revient à George Romero qui, en six films, en a imposé une vision exemplaire.
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Si la mythologie du zombie semble remonter à la nuit des temps, sa première apparition sur grand écran date de 1932 avec White Zombie de Victor Halperin, où nous retrouvons un Bela Lugosi au sommet de sa gloire. Il faut pourtant attendre 1943 et le I Walked with a Zombie de Jacques Tourneur pour qu’ils adoptent la démarche mécanique et la soif de chair fraîche que nous leur connaissons. Suivront Voodoo Man de William Beaudine (1944), l'indispensable Plan 9 From Outer Space de Ed Wood (1959), Santo contra los Zombies de Benito Alazraki (1961) ou encore L’invasion des morts-vivants de John Gilling (1966), chacun d’eux nous proposant une représentation uniforme du mort-vivant. En 1968, un réalisateur de 28 ans, originaire de Pittsburgh, jette un pavé dans la mare en réalisant un film qui restera gravée dans les mémoires comme le premier traumatisme cinématographique de l’histoire..
La Nuit des Morts-Vivants
« They’re coming to get you, Barbara ! » Phrase culte prononcée en ouverture de la Nuit des Morts-Vivants (Night of the Living Dead en VO), elle résume parfaitement la tension et le message développé tout au long de la trilogie. Après des études suivies au Carnegie-Mellon Institute, George Andrew Romero devient commentateur sportif pour la télévision. En parallèle, il réalise des courts-métrages qu’il tourne en 8mm, ainsi que des films destinés à diverses sociétés commerciales. En 1966, il se lance dans la rédaction d’un scénario avec l’aide de son ami John Russo. Originellement titré Night of the Flesh Eaters, il trouve des producteurs qui lui allouent un budget de 114.000 dollars. Budget serré qui l’oblige, après quelques séquences tournées en couleur, à revoir sa copie et opter pour le noir et blanc. Loin de desservir son propos, cette contrainte va lui donner une force insoupçonnée, mais nous y reviendrons plus tard. Pour l’heure, le distributeur décide de renommé le film qui devient, à l’occasion de sa sortie en salle en 1968, Night of the Living Dead..
Amateurisme éclairéTourné dans des conditions aux limites de l’amateurisme, Romero a su tirer le meilleur parti de la situation. S’il peut s’offrir les services de deux acteurs confirmés pour les rôles principaux (Duane Jones et Judith O’Dea), il doit faire appel à des inconnus et puiser dans son entourage pour compléter la distribution. A l’instar de Russel Streiner et Karl Hardman, à la fois producteurs et acteurs, ou des nombreux figurants dont la plupart sont de simples habitants de Pittsburgh. Le résultat est tout à fait honorable, les personnages restant crédibles et l’interprétation aussi juste que faire se peut. Mais c’est l’utilisation du noir et blanc qui va donner au film son cachet si particulier, revendiquant l’apparence « amateur » comme force créatrice. Dés lors, nous avons le sentiment de nous retrouver, non pas face à une fiction, mais devant un documentaire au cœur de l’action, renforcé en cela par le postulat de départ. Une sonde spatiale de retour de voyage propage un étrange virus qui ramène les morts à la vie, plongeant le monde et l’humanité dans l’effroi.
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Seule parade : Faire brûler les cadavres. Si le sujet peut nous apparaître extravagant, dans le contexte politique de l’époque (le monde est en pleine guerre froide) ce type de scénario est tout à fait plausible aux yeux d’une grande partie de la population, d’autant que les affaires d’OVNI et autres menaces extraterrestres sont plus que jamais au centre de multiples débats. Il résulte de l’amalgame entre bloc communiste « ennemi », petits hommes verts, expériences menées par différentes nations et peur de l’inconnu, que rien ne paraît impossible, la trame devenant par-là même vraisemblable..
Buffet Froid
Ceci explique partiellement l’impact du film sur les spectateurs. À l’aspect documentaire s’ajoute l'emploi d’artifices sommaires qui renforcent le côté réaliste, tout en jouant sur nos terreurs ancestrales (cannibalisme, vie après la mort, damnation). .
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Mais ceci fait office d'amuse-gueule comparé à la séquence où une adorable fillette trucide sa mère à coups de truelle lors d’une effroyable confrontation sanglante. Le tout entrecoupé d’images crues (le cadavre en décomposition en haut de l’escalier, la prise d’assaut de la maison) accentuant la tension distillée par une mise en scène paranoïaque et un scénario hallucinant et claustrophobe..
Au-delà du simple film gore, George A. Romero apporte une dimension politique et sociale à son œuvre. Ainsi, le rôle principal échoue à un afro-américain. Nous sommes au cœur des années 60 et l’Amérique a du mal à se défaire de son passé esclavagiste. Si ce discours ne transparaît qu’en filigrane tout au long du film, la critique explose littéralement à l'écran lors d’un final tétanisant. Ben (Duane Jones), unique survivant de cette nuit d’horreur, est la cible des policiers et des milices chargés de battre la campagne pour éradiquer la vermine. Le prenant pour l'une de ces créatures, ils lui tirent une balle en pleine tête avant de faire brûler son corps. Le parallèle entre les zombies et les hommes de couleur noire devient alors évident : ils constituent une menace qu’il faut anéantir. Diatribe incisive envers une fraction de la société qui continue à vivre selon des idéaux archaïques péremptoires, La Nuit des Morts-vivants est une fable où l’horreur réside dans les rapports qui s’installent entre les protagonistes, tour à tour victimes et bourreaux. Ainsi les travers de l’humanité (égoïsme, lâcheté) s’exposent comme autant de plaies ouvertes au cœur d'une civilisation qui perd de vue les valeurs essentielles. Une question demeure : qu’est ce qui nous différencie des zombies ?
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Bienvenue à Zombieland
Alors que le futur classique de Romero ne recueille qu’un succès d’estime outre-Atlantique, l’Europe accueille son film comme une œuvre riche, complexe et provocante. Dario Argento, fervent admirateur de son travail, souhaite produire une suite. Selon l’accord conclu, il se réserve le droit d’un montage réservé au public européen, Romero conservant le contrôle total de la version américaine. Dix ans après le premier chapitre, la production de Dawn of the Dead (L’Aube des Morts-vivants en français dans le texte) débute. Lors de sa sortie en France, d'abord en vidéo, puis en salles après une longue période de censure, c'est le titre italien, plus évocateur, qui sera retenu, soit Zombie. La version européenne « de Dario Argento » s’étale sur 117 minutes contre 126 pour le montage U.S. de Romero, le gore, contrairement aux idées reçues, étant tout aussi présent dans les deux versions..
Les portes de l'enferCelles-ci, quasi-identiques, comportent tout de même des différences notables (gestion de la musique, présentation du générique, passages disponibles dans l’une ou l’autre et inversement). Délaissant le noir et blanc au profit d’une couleur à dominante rouge, le scénario s'inscrit dans un monde envahi par des hordes de zombies assoiffés d’hémoglobine. Afin que les scènes gore soient crédibles et saignantes, George Romero confie les effets spéciaux à Tom Savini qui fournit un travail remarquable de précision. Les quinze minutes d’ouverture voient des corps exploser et se déchirer, des mâchoires s’arracher des visages, des crânes répandre leurs cervelles, le tout dans des geysers de sang. Une scène d’exposition d’une rare cruauté qui vaut tous les longs discours. Cette fois il n’est plus question de virus cosmique pour expliquer le phénomène, mais d’une conséquence inéluctable résumée en ces termes par un étrange prêtre : « Quand il n’y a plus de place en enfer, les morts reviennent sur terre ». Débarrassé du besoin de justifier son propos, Romero peut se concentrer sur son orgie sanglante. Un petit groupe formé de deux militaires Peter (Ken Foree) et Roger (Scott H. Reiniger), un pilote d’hélicoptère, Stéphane (David Emge) et sa petite amie Francine (Gaylen Ross), parvient à prendre la fuite. Survolant les environs de Pittsburgh (où se situe l’action tout comme dans l’opus précédent), ils se posent près d’une station-service dans l’espoir d’y récupérer de l’essence.
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Cette scène est l’occasion d’affirmer ce que laissait supposer le prologue, à savoir qu’aucune concession ne sera consentie. Pour preuve, cette petite fille devenue zombie qui jaillit d’une porte pour attaquer l'un des héros avant de se faire froidement exécuter. Reprenant son périple, l'équipe finit par se poser sur le toit d’un supermarché dont le parking est infesté de morts-vivants..
État de siège
Ce toit devient le point stratégique des personnages, et donc des spectateurs, qui peuvent observer ce qui se passe en restant hors d’atteinte. Ils remarquent que les zombies semblent venir ici consciemment, comme pour reproduire instinctivement les actes quotidiens qu’ils accomplissaient presque mécaniquement de leur vivant. Ils semblent dotés d’une intelligence, certes primitive mais bien réelle, une idée qui sera développée dans Le Jour des Morts-vivants, et plus encore avec Land of the Dead. Il n’en faut pas plus pour que Romero se lance dans une virulente diatribe à l’encontre d’une société consumériste, vouée au tout puissant dollar. Un pamphlet d’autant plus virulent que les héros ont toutes les peines du monde à se procurer des vivres dans un endroit dont c’est la vocation, quand les produits superflus (raquettes de tennis, parfums, vêtements) encombrent les rayons !.
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Si Romero poursuit son état des lieux social tout au long du film (les débats télévisés sont l’occasion d’attaquer vivement le système politique), l’action et l’horreur demeurent le nerf de la guerre. Tandis que nos quatre rescapés établissent leur base près d'une sortie de secours menant à l’hélicoptère, nous retrouvons la configuration de La Nuit des Morts-vivants, à savoir un lieu clos en état de siège. .
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Guide de lecture
Zombies of Romero : des journées en enfer - Part 1/4
Zombies of Romero : des journées en enfer - Part 2/4
Zombies of Romero : des journées en enfer - Part 3/4
Zombies : Quand le ludique devient cauchemar - Part 4/4
Zombies of Romero : des journées en enfer - Part 2/4
Zombies of Romero : des journées en enfer - Part 3/4
Zombies : Quand le ludique devient cauchemar - Part 4/4
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