Figures emblématiques du cinéma et de la littérature fantastique, les vampires et les loups-garous ont souvent été présenté comme profondément antagonistes, tout juste à même de tolérer la présence d’un membre de l’autre race. Le cinéma a largement traité cet affrontement au travers de productions allant du pire au meilleur. Tour d’horizon de ces rencontres tour à tour drôles, sanglantes et inattendues.
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Outre la multitude de petits métrages réalisés par les frères Lumière et consorts, les premières productions filmées étaient majoritairement des histoires d’épouvante. Le but était de fasciner les spectateurs découvrant les joies du cinématographe, tout en leur offrant suffisamment d’émotions fortes (sans le moindre danger physique) pour qu’ils en parlent autours d’eux et souhaitent revenir. Ainsi deux adaptations du Frankenstein de Mary W. Shelley voient le jour en 1910 (Frankenstein) et 1915 (Life Without You), avant que F.W. Murnau livre en 1922 le poétique et envoûtant Nosferatu, adaptation non officielle du roman de Bram Stoker, Dracula.Dracula qui ouvre le bal du cycle Universal en 1931 devant la caméra de Tod Browing. Dans le rôle-titre nous découvrons un Bela Lugosi au sommet de son art, marquant le personnage de son empreinte pour toujours. Le succès inattendu, mais justifié, pousse les dirigeants du studio à parier sur ce type de films, combinant horreur et frisson (Frankenstein – 1931, La momie – 1932, L’homme invisible – 1933).
Lycanthropie galopante
Si Dracula entre immédiatement au panthéon des figures emblématiques du fantastique, une autre créature va se faire une place de choix au clair de lune : le loup-garou. Il apparaît en 1935 dans Le monstre de Londres (Werewolf of London). Durant une expédition botanique au Tibet, le professeur Wilfred Glendon (Henry Hull) est attaqué par une bête féroce. De retour à Londres, il se transforme la nuit en loup-garou avant d’aller terroriser les habitants. Une trame élémentaire qui sera reprise lors de la version de 1941. Avec Le loup-garou (The wolf man – 1941), les origines du lupus sont ramenées aux légendes bohémiennes d’Europe de l’Est. C’est Lon Chaney Jr. qui prête ses traits au malheureux Lawrence Talbot, héros malgré lui de tribulations lycanthropes. En voulant sauver la jeune Jenny Williams, il se fait mordre par un loup-garou, incarné par Bela Lugosi. Dès lors chaque pleine lune révèle son côté bestial et le transforme en un terrifiant homme-loup.
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Tout comme Dracula (1931), ce film fondateur du devenir du loup-garou s’impose comme une référence incontournable. Ce fut le plus gros succès de l'année 1942 pour les studios Universal, et ce malgré une sortie américaine programmée le 12 décembre 1941, soit le lendemain de l'attaque japonaise sur Pearl Harbor. Pourtant, et à la différence de ses confrères, le loup-garou ne connaîtra aucune suite directe le mettant en scène seul. En effet, et s’il reviendra quatre fois sous la bannière Universal, il le fera toujours en compagnie d’un autre monstre pour des films anthologiques, baptisés plus tard « Monsters Bash ». .
Soucieux de poursuivre sa route pavée d’or, Universal décide de produire toute une série de films réunissant ses monstres le temps d’un affrontement, dans la plupart des cas plus prometteur sur l’affiche que sur l’écran. Si Frankenstein est souvent de la partie, Dracula et le loup-garou seront régulièrement à l’honneur.
L’année 1944 est l’occasion d’une fête de famille donnée dans La maison de Frankenstein, et à laquelle sont conviées toutes les gloires du studio. Boris Karloff reprend du service dans le rôle du Dr. Niemann (et non celui de la créature), et campe un savant fou accompagné d’un valet difforme prénommé Daniel. Niemann, dont le frère a autrefois assisté le docteur Frankenstein (s’agit-il du Frizt du Frankenstein de 1931 ?) recouvre sa liberté après des années de prison. Désireux de se venger, il dérobe le squelette de Dracula (John Carradine) dans un musée des horreurs, et lui rend la vie en retirant le pieu figé dans son cœur. Il utilise alors le vampire comme instrument de son courroux avant de le laisser périr face aux rayons du soleil. C’est alors qu’il tombe sur Larry Talbot, le loup-garou (Lon Chaney Jr.), à qui il propose le marché suivant : l’aider à retrouver la créature de Frankenstein (Glenn Strange) et les précieuses notes de son créateur en échange d’un remède à sa malédiction. Talbot comprenant tardivement la supercherie se fera tuer par une bohémienne dont il était tombé amoureux, alors que Niemann, Daniel et la créature périront brûler dans un incendie allumé par les villageois du coin. Un scénario délirant, composé plus d’une suite de trois histoires ayant pour dénominateur commun le Dr. Niemann, que d’un vrai choc des titans.
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Cela n’empêche pas Universal d’inviter tout ce petit monde à la prochaine surprise-party donnée cette fois dans La maison de Dracula en 1945. Dracula (John Carradine) va voir le Dr. Edelman afin qu’il lève la damnation qui pèse sur lui. De son côté, Larry Talbot/Loup-garou (Lon Chaney Jr.) va le trouver pour les mêmes raisons. Mais Edelman découvre le corps de Niemann, et celui de la créature de Frankenstein (Glenn Strange). Ne pouvant résister à l’appel de la science, il le ranime. Contaminé par le sang de Dracula, le comportement de Niemann va changer jusqu’à le pousser à commettre l’irréparable. Au final, tout le monde périra dans un incendie, exception faite de Larry Talbot enfin guéri, qui épousera l’héroïne. Comment ne pas sourire face à une telle envolée scénaristique ? S’il s’agit bien d’une suite à La maison de Frankenstein (1944), il s’inscrit bien plus comme un remake, voire une repompe totale du film avec un déroulement, des personnages et un final similaire. Et si 1948 marque la fin du règne Universal, on ne peut que succomber au charme de ces productions qui inventèrent tout et ne doutaient de rien..
Dès lors, les monstres vont reprendre une route propre. La Hammer Films , qui les récupère sous son aile, ne juge pas utile de réitérer l’expérience des « Monsters Bash ». Ce qui n’est pas le cas de tout le monde puisqu’en 1962, le Mexique relance la machine avec Frankenstein, El Vampiro y Compania dans lequel la statue de cire d’un vampire s’éveille à la vie et convainc une scientifique de greffer un cerveau humain sur une autre statue de cire à l’effigie de la créature de Frankenstein. Sur ces entrefaites un loup-garou, venu dont ne sait où, pointe le bout de son museau et détruit les deux autres. Remake non officiel de Deux Nigauds contre Frankenstein (1948), les héros sont incarnés par deux comiques mexicains réputés, Valdes et Jasso. Tandis qu’en 1964 le studio Hannah et Barbera produit le dessin animé Loopy the Loup Meets Dracula’s Daughter, dans lequel un petit loup est confronté à la fille du comte Dracula, c’est du côté de l’Espagne que loups-garous et vampires vont à nouveau se faire face.
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En 1968, Les vampires du Dr. Dracula d’Enrique López Eguiluz nous présente Waldemar Daninsky, un homme atteint de lycanthropie tentant de trouver un remède auprès d’un couple de savants qui s’avèrent être des vampires. Le rôle principal est tenu par Paul Naschy, dont la carrière sera principalement jalonnée de ce type de productions. Reste que ce premier film, drôle et atmosphérique, est une belle réussite, marquant les débuts de la saga La marca del hombre lobo qui compte douze volets à ce jour, le dernier datant de 2004 (Tomb of the werewolf) toujours avec l’indispensable Paul Naschy. A noter que lors de l’exploitation international des Vampires du Dr. Dracula, le titre devint tour à tour Frankenstein’s bloody terror (en raison du prologue nous expliquant que les savants sont des descendants de la famille Frankenstein), The wolfman of count Dracula ou The vampire’s of Dr. Dracula. En 1969 débarque le troisième chapitre de la série, Los monstruos del Terror, renommé Dracula versus Frankenstein. Il est question d’une race alien qui tente de prendre le contrôle de la terre en ramenant à la vie un vampire, un loup-garou, Frankenstein et une momie. Beaucoup moins réussi que ses aînés, ce film ne vaut que pour Paul Naschy.Enfin restons en terres latines, et plus précisément en Argentine, avec la sortie de Dracula prisonnier de Frankenstein (1971) qui, une fois encore, réuni la créature, le vampire, le loup-garou et le savant fou. Une brochette de vainqueurs pour une bobine qui sent le renfermé.
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En 1967 Jules Bass signe l’excellent Mad Monster Party, film d’animation musical étonnant qui inspira à Tim Burton son Etrange noël de monsieur Jack (1993). Le script est l’œuvre de Len Korobkin et Harvey Kurtzman, fondateur en 1952 du déjà très culte magazine MAD (d’où le titre du film). Grosse farce potache sans prétention, Mad Monster Party nous narre les dérives mégalomaniaques du docteur Frankenstein qui, cherchant un successeur, envisage à ce poste Dracula, la momie, le docteur Jeckyll (et par extension Mister Hyde), le loup-garou et l’homme invisible. Animées image par image, les marionnettes bénéficient d’un design délirant mais soigné, appuyé par un casting vocal de choix dont Boris Karloff dans le rôle du Baron Frankenstein. Un film à regarder d’urgence.
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The monster squad
Après un tel déluge d’invraisemblances, certes amusantes, mais parfois indigestes, loups-garous et vampires peuvent se reposer durant presque deux décennies. Un repos bien mérité, et sans doute salvateur, qui n’empêche nullement les deux créatures d’apparaître dans d’innombrables productions plus ou moins réussies. En 1987, Fred Dekker (Robocop 3, Enterprise) décide de reprendre la route des rencontres improbables avec The monster squad, comédie horrifique dans la veine de House (1986), dont il était le scénariste. Ici le script est écrit par Shane Black, à qui nous devons celui de L’arme fatale (1987), et qui imagine un film ambitieux sans prendre en compte le maigre budget qui est alloué à la production. Il ne reste de ses envolées lyriques et visuelles qu’une scène d’introduction étonnante, baignant dans une ambiance gothique du plus bel effet. The monster squad nous permet de retrouver Dracula en leader d’une parade monstrueuse composée du loup-garou, de la momie, de l’étrange créature du lac noir et de Frankenstein, soit la galerie d’Universal au complet pour un film qui se laisse regarder avec un plaisir évident..
Suite à cela, vampires et loups-garous reprennent leurs chemins respectifs, ne se croisant que rarement au détour d’une série Z, d’un dessin animé ou de divers épisodes de Buffy contre les vampires. Il faut attendre 2003 pour que la guerre reprenne de plus belle sous la houlette de Len Wiseman qui réalise Underworld. S’inspirant en partie du monde dépeint dans le cadre du jeu de rôle Vampire la Mascarade (1991), Underworld voit s’opposer les Lycans (loups-garous) et les Vampires dans un conflit ancestral sans concession, jusqu’à ce qu’une vampire tombe sous le charme d’un lupus. Nerveux, visuellement impeccable et profitant d’une atmosphère envoutante à souhait, Underworld est un immense succès en salles, appelant inévitablement des suites.
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Nouvelles guerres
Entre temps, Stephen Sommers tente maladroitement de réanimer les monstres classiques avec Van Helsing (2004), dans lequel le célèbre chasseur traque Mr Hyde sur le toit de la Cathédrale Notre-Dame de Paris, avant de se lancer sur les traces du comte Dracula qui utilise les recherches du Dr. Frankenstein et un loup-garou pour mener à bien ses sinistres projets. A l’exception des effets spéciaux et de quelques séquences réussies, le film est un échec d’autant plus retentissant qu’Underworld 2 : Évolution (2006) enfonce le clou et impose la franchise auprès du public. Plus rapide, plus vénéneux et toujours aussi captivant, ce second volet confirme l’engouement des spectateurs pour les univers sombres et les créatures mythiques. Pour autant, les fans ne sont pas disposés à tout accepter, et Underworld 3 : le soulèvement des Lycans (2009) de Patrick Tatopoulos en fait les frais, ne devant sa réussite qu’à son appartenance à une saga emblématique..
Aujourd’hui c’est au tour de Twilight de mettre en avant la lutte incessante entre vampires et loups-garous. Une lutte acharnée sur laquelle Stephenie Meyer, auteur des romans Twilight, porte un regard plus humain, dépassant le simple combat de monstres pour s’intéresser aux émotions, à la culpabilité et la quête de rédemption qui anime, depuis toujours, ces deux monstres sacrés du fantastique..
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Guide de Lecture
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