Désireux de mêler l’utile à l’agréable, George Lucas décide de profiter de la notoriété d’Indiana Jones afin de produire une série qui en conterait la jeunesse tout en explorant l’Histoire du début de siècle et ses grandes figures. Il en résulte une série à cheval entre deux genres qui, malgré de franches qualités artistiques, peinent à convaincre les fans du célèbre archéologue.
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Indiana Jones et la dernière croisade (1989) devenu le plus gros succès au box-office de la trilogie, George Lucas sait que le personnage d’Indiana Jones profite d’un attachement profond et sincère de la part du public qui plébiscite ses aventures. En 1991 il fonde la George Lucas Education Foundation qui a pour ambition de promouvoir l’éducation partout dans le monde. Très vite il établi une connexion entre la mission de sa fondation et son désir d’explorer plus avant l’univers d’Indiana. Le prologue de La dernière croisade, qui met en scène un jeune Indiana Jones, devient le point de départ d’un projet délirant : utiliser la notoriété de son archéologue à des fins éducatives dans l’espoir d’amener les téléspectateurs à s’intéresser à l’Histoire de notre monde. C’est ainsi que prend forme la série A walk through 20th century : History with Indiana Jones que Lucas propose à la chaîne ABC..
Premières explorations
« J’aimais l’idée d’un programme éducatif par le biais du jeune Indiana que le public avait énormément apprécié sur La dernière croisade, confie George Lucas. Le début du 20ème siècle est une période fascinante car elle marque les prémisses de la société telle que nous le connaissons aujourd’hui. » Très vite la série est renommée The young Indiana Jones chronicles et devient un terrain d’expérimentation pour Lucas qui souhaite en faire un programme aussi qualitatif qu’un film en termes de rendu et d’effets visuels. Sur le plan narratif, il n’est pas question de reprendre la structure des films dans lesquels Indiana Jones se lance à la poursuite d’un antique artefact. Ici l’idée est d’explorer le passé d’Indiana, mais surtout de mettre en scène des personnages historiques et de raconter des évènements majeurs de notre histoire au travers de ses péripéties..
Le privilège de l'âge Pour ce faire deux périodes de sa vie sont choisies, lorsqu’il est âgé d’une dizaine d’années (entre 1908 et 1910), et lorsqu’il entre dans la vingtaine (entre 1916 et 1920), l’ensemble de ses exploits étant racontés par un vieux Indiana Jones de 93 ans : « Certaines personnes étaient contre ce choix, raconte George Lucas. Mais je voulais vraiment explorer ces deux périodes très intéressantes, et je ne voulais pas le faire indépendamment l’une de l’autre. La chaîne était un peu inquiète de ce parti-pris car nous mettions en scène trois Indiana Jones. De mon point de vue c’était essentiel de montrer au public comment Indiana a appris à parler autant de langues, pourquoi il est devenu archéologue, quelles furent les étapes déterminantes de sa jeunesse. »
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Ecrire la légende
Afin de prendre en main la production, George Lucas se tourne naturellement vers Robert Watts, producteur des trilogies Indiana Jones et Star Wars. Mais celui-ci ne souhaite pas s’impliquer dans la série au profit de ses propres projets. Néanmoins il présente à George Lucas le producteur anglais Rick McCallum. Les deux hommes se lient aussitôt d’amitié et entament une collaboration fructueuse faisant de McCallum le producteur des éditions spéciales de Star Wars (1997) et de la prélogie (1999-2005) ou encore de la série Clones wars (2003). Dès son arrivée McCallum épouse pleinement la vision de George Lucas et se met en quête de scénaristes susceptibles de proposer diverses approches et thématiques..
.Parmi eux nous retrouvons Jonathan Hales (Star Wars : L’attaque des clones – 2002), Frank Darabont (The mist – 2007), Jonathan Hensleigh (The Punisher – 2004), Matthew Jacobs (Kuzco – 2000), et même Carrie Fisher, inoubliable Princesse Leia : « Nous étions une dizaine d’auteurs au total, confirme Frank Darabont. Nous avions tous nos spécificités, nos points forts et nos points faibles, mais nous étions tous complémentaires. Après plusieurs jours de travail collectif, George a confié à chacun de nous la rédaction d’un ou deux scripts reposant sur ces séances d’écriture de commune. C’était vraiment excitant car il y avait une véritable dynamique autour du projet. »
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Chroniques disparates ? Au final chaque épisode profite de la plume d’un auteur distinct qui insuffle au scénario une dose d’aventure, d’action ou de romantisme en fonction de ses propres affinités rédactionnelles. Une méthode qui pousse certains fans à reprocher à la série son manque d’unité, chaque épisode étant une production presque indépendante du reste de la série. Cette impression est accentuée par la présence d’un réalisateur différent par épisode. Venus des quatre coins du monde, chacun apporte sa vision d’Indiana Jones et de son univers au détriment de toute unité d’ensemble. Nonobstant la série profite de metteurs en scène prestigieux dont Jim O'Brien, Bille August, René Manzour, Deepa Mehta, Carl Schultz, Simon Wincer, Vic Armstrong ou Terry Jones, ex-Monty Python. Mais cette absence de cohérence créative, tant dans l’écriture que la réalisation, aboutit à un sentiment de flou artistique et un manque d’uniformité évident.
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Portraits de famille
Quoiqu’il en soit la phase de pré-production débute en janvier 1991 et marque le début des castings. Suite aux refus successifs d’Harrison Ford et River Phoenix – qui incarnait le jeune Indiana dans La dernière croisade – George Lucas doit se résoudre à trouver de nouveaux visages. Le rôle d’Indiana à l’âge de 10 ans revient à Corey Carrier, déjà vu dans diverses productions télévisées, tandis qu’Indy à l’âge de 20 ans échoue dans les bras de Sean Patrick Flanery (Dead zone – 2002) : « J’ai passé plus de quatre mois à me préparer pour le rôle, affirme ce dernier. Il y avait un vrai défi à relever car prendre la suite d’Harrison Ford n’est pas chose facile. J’ai appris à monter à cheval, à tomber, à donner des coups, à jouer du piano, à sauter d’un cheval au galop ou à manier le fouet. En outre j’ai passé de longues heures à étudier les mimiques et l’attitude d’Harrison Ford dans la trilogie afin de rendre le tout plus crédible. ».
Indiana Old Pour l’acteur de théâtre George Hall, qui interprète Indiana à l’âge de 93 ans et fait office de narrateur de la série, la préparation fut étrangement plus facile et libérée de toutes contraintes : « George Lucas m’a envoyé la trilogie afin que je m’imprègne du personnage, racontait George Hall. J’ai essayé de reprendre à mon compte certains détails de la personnalité créée par Harrison Ford. Mais très vite j’ai abandonné cette approche pour me contenter d’être Indiana Jones à 93 ans, qui ne peut pas être semblable à la version présentée dans les films où Indy est proche de la quarantaine. » Autre personnage emblématique apparu dans les films et logiquement présent dans la série, le professeur Henry Jones, père d’Indiana Jones. Après Sean Connery dans La dernière croisade, c’est au tour de Lloyd Owen (Miss Potter – 2006) de prendre en main la destinée d’un homme dont l’existence est exclusivement vouée à la quête du Graal.
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Trouble-fête
Le tournage de la série commence au mois de mai 1991 à Almaria en Espagne, là où fut tournée la scène du tank dans La dernière croisade. La suite de la production est une véritable course autour du monde, la série visitant plus d’une centaine de villes et quelques 21 pays (Egypte, Afrique, Inde, Angleterre, France, Russie, Italie, Grèce, Chine ou Etats-Unis). A cette logistique ubuesque s’ajoute l’utilisation courante de nombreux effets numériques avec la volonté clairement affichée de proposer un spectacle à la hauteur de ce que peut offrir un film. Il en résulte, pour chaque épisode, une facture moyenne de 1.5 million de dollars pour environ trois semaines de tournage. Du jamais vu pour une série télévisée !.
Authentica-Jones La première saison est inaugurée en mars 1992 avec le double-épisode La malédiction du chacal qui partage son action entre 1908 et 1916. Après seulement 6 épisodes sur les 18 prévus, la série est suspendue par ABC qui lui reproche un manque d’action, l’alternance entre Indy jeune et adolescent, et la présence d’un vieux Indy en qualité de narrateur. Pour autant la série est de retour en septembre 1992 pour une seconde saison de 25 épisodes, dont certains sont scindés en deux parties. Dans l’espoir d’améliorer les audiences, George Lucas fait appel à Harrison Ford qui accepte de faire une apparition dans le rôle d’Indiana à l’occasion du double épisode Le mystère du blues (2x05). En outre cette saison voit la disparition d’Indiana à l’âge de 10 ans, tandis que le vieux Indy se fait de plus en plus rare avant de disparaître à son tour. Malgré ces efforts, des qualités artistiques indéniables, et la possibilité de découvrir la vie d’Indiana Jones et ses innombrables rencontres, la série est annulée par ABC.
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Assuré de son concept, George Lucas ne baisse pas les bras pour autant et tente un ultime baroud d’honneur avec la chaîne USA Family Channel qui accepte de diffuser les quatre derniers épisodes déprogrammés par ABC, suivis de quatre téléfilms inédits (trois avec Sean Patrick Flanery et un avec Corey Carrier). Produits entre 1994 et 1996, ces derniers sont beaucoup moins réussis que le reste de la série et mettent un terme définitif à l’aventure télévisuelle d’Indiana Jones..
Réinventer l’aventure
Reste qu’en 1996, George Lucas décide de réorganiser toute la série afin d’en tirer 23 téléfilms présentés de manière chronologique, soit de 1908 à 1920. Durant quelques mois la série est baptisée The adventures of Indiana Jones as a young man avant de devenir The adventures of young Indiana Jones. Chaque téléfilm abandonne les titres originaux de la série (qui précisaient le lieu de l’action et la date) au profit de titres plus évocateurs (Travels with father, Phantom train of doom). Le vieil Indiana Jones est totalement supprimé et de nouvelles scènes sont réalisées afin de rendre l’ensemble plus homogène. A noter que pour celles faisant intervenir Corey Carrier, forcément plus vieux que lors du tournage initial, le comédien est rapetissé grâce à la magie du numérique. La série ainsi repensée est diffusée sur les chaînes USA Family Channel et BBC1. Si le succès est un peu plus encourageant, l’ensemble est loin d’être parfait..
History ChannelEn 2000, George Lucas édite The complete adventures of Indiana Jones qui combine 12 téléfilms tirés de la série, accompagnés de la trilogie cinématographique. Pour l’anecdote cette édition renomme le premier film Indiana Jones et les aventuriers de l’Arche perdue dans un souci d’harmonisation, ce qui entraîne la colère des fans. Cette réédition essuie un échec commercial cuisant conduisant à l’annulation du second coffret. En 2007 Rick McCallum annonce la sortie d’un premier coffret DVD sous l’appellation The adventures of young Indiana Jones, volume one : The early years qui contient 12 disques regroupant la première partie de la série, et une trentaine de documentaires éducatifs coproduits avec les chaînes thématiques The History Channel et History International.
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Un second volume, sous-titré The war years, a vu le jour dans une version presque identique au précédent coffret si ce n’est qu’il ne propose que 9 disques. Enfin le troisième et dernier volume – The years of change – proposera 10 disques pour une sortie prévue en parallèle à celle du quatrième film. A ce jour ces éditions DVD représentent l’unique moyen de découvrir dans de bonne condition cette série hors du commun de part sa conception. Et si l’édition française n’est toujours pas à l’ordre du jour, espérons qu'un archéologue de l'image parviendra à exhumer cette très appréciable série sous nos latitudes..
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Guide de Lecture
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