Lorsque Steven Spielberg signe Les Aventuriers de l’Arche Perdue, il est encore considéré comme un réalisateur spécialiste du fantastique et de l’horreur (Rencontre du 3ème type, Les Dents de la Mer), ce qui est aussi le cas de Georges Lucas, créateur d’Indiana Jones et de la galaxie Star Wars. Dès lors ces deux cinéastes hors du commun ne pouvaient pas se contenter d’un film d’aventure sautillant et familial, et devaient saupoudrer leur récit d’une bonne dose de fantastique mâtinée d’épouvante.
Les Aventuriers de l’Arche Perdue ouvre la marche en 1981 avec un film qui combine à la fois le meilleur de l’action, d’innombrables éléments empruntés au folklore et aux légendes de notre histoire, et une pincée de fantastique pour assurer la mise en place du monde fantasque et exotique dans lequel évolue Indiana Jones. Pour sa première expédition, l’archéologue se lance sur les traces de l’Arche d’Alliance que convoitent aussi les nazis. Selon les écrits bibliques, l'Arche aurait contenu les tables de la Loi – soit les Dix Commandements – données à Moïse sur le mont Sinaï.
Au mythe religieux s’ajoute la croyance selon laquelle Adolf Hitler aurait commandité des fouilles aux quatre coins du globe afin de s’accaparer des trésors oubliés, et autres objets supposés divin à même de lui assurer la victoire sur ses ennemis. Si aucun document authentique ne vient entériner la thèse des ambitions ésotériques du dictateur fou, Spielberg et Lucas utilisent cette possibilité historique pour faire des nazis les ennemis d’Indiana Jones. Contrairement à ce qui sera fait sur Indiana Jones et le Temple Maudit (1984), il n’est pas utile de montrer la cruauté du régime nazi – que nous ne connaissons que trop bien – ce qui évite d’avoir à s’appesantir sur la présentation des forces en présence. Le temps de narration ainsi gagné va être consacré à l’installation d’une réalité plus fantastique dans laquelle Dieu peut punir les âmes impures qui oseraient prétendre à l’acquisition de ses pouvoirs.
Le monde de l'ombre
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Les Aventuriers de l’Arche Perdue ouvre la marche en 1981 avec un film qui combine à la fois le meilleur de l’action, d’innombrables éléments empruntés au folklore et aux légendes de notre histoire, et une pincée de fantastique pour assurer la mise en place du monde fantasque et exotique dans lequel évolue Indiana Jones. Pour sa première expédition, l’archéologue se lance sur les traces de l’Arche d’Alliance que convoitent aussi les nazis. Selon les écrits bibliques, l'Arche aurait contenu les tables de la Loi – soit les Dix Commandements – données à Moïse sur le mont Sinaï..
L’Arche d’Alliance
Au mythe religieux s’ajoute la croyance selon laquelle Adolf Hitler aurait commandité des fouilles aux quatre coins du globe afin de s’accaparer des trésors oubliés, et autres objets supposés divin à même de lui assurer la victoire sur ses ennemis. Si aucun document authentique ne vient entériner la thèse des ambitions ésotériques du dictateur fou, Spielberg et Lucas utilisent cette possibilité historique pour faire des nazis les ennemis d’Indiana Jones. Contrairement à ce qui sera fait sur Indiana Jones et le Temple Maudit (1984), il n’est pas utile de montrer la cruauté du régime nazi – que nous ne connaissons que trop bien – ce qui évite d’avoir à s’appesantir sur la présentation des forces en présence. Le temps de narration ainsi gagné va être consacré à l’installation d’une réalité plus fantastique dans laquelle Dieu peut punir les âmes impures qui oseraient prétendre à l’acquisition de ses pouvoirs..
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La scène finale des Aventuriers est à ce titre un véritable tour de force horrifique puisque les condamnables nazis sont frappés par la lumière divine qui fait exploser les têtes, fondre les corps et brûler les impies, tandis qu’Indiana et Marion gardent leurs yeux fermés pour ne pas subir le même châtiment dispensé par des esprits célestes venus laver l’affront des nazis sur la sainte relique..
Le monde de l'ombre Si cette ultime séquence démontre à elle-seule l’approche fantastique de la franchise Indiana Jones, Les Aventuriers est parsemé d’éléments empruntés au cinéma de genre. Ainsi nous y croisons des serpents, des mygales, un étrange médaillon permettant de localiser une pièce secrète, et bien sûr l’Arche d’Alliance dont le voyage se termine dans une caisse anonyme rangée dans un immense entrepôt que nous supposons contenir des centaines d’objets du même acabit, preuve que le monde d’Indiana regorge de merveilles. Une supposition qui devient un fait à l'occasion de la quatrième aventure du professeur Jones qui débute dans ce même entrepôt situé au cœur de la célèbre et presque chimérique Zone 51, théâtre de tous les possibles pour les passionnés d'ufologie et de tous les complots pour une grande partie de la population mondiale.
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Horreur symbolique
En utilisant un symbole biblique, et plus largement la religion et ses dogmes, comme moteur des quêtes d’Indiana, Lucas et Spielberg s’assurent d’une connivence immédiate avec le spectateur. Nous savons tous que ces objets restent du domaine du fantasme, l’existence de la grande majorité d’entre eux n’étant pas clairement établie. Pourtant des centaines d’histoires, de rumeurs et de contre-vérités circulent à leur propos, et toutes incluent une dimension horrifique et mystique par le biais de gardiens dévoreurs d’âmes, de pouvoirs cataclysmiques, de créatures chargés d’en interdire l’accès, de malédictions infernales, sans oublier les Ordres Secrets œuvrant à la sécurité ou la récupération de tels objets..
Sur le plan scénaristique, introduire ce type d’éléments dans une intrigue autorise tous les développements, d’autant qu’ils s’accompagnent d’un bagage collectif très important quant aux risques et aux conséquences de leur découverte. Nul ne sait si l’Arche d’Alliance ou le Graal existent vraiment, mais nous savons tous que si tel est le cas, celui qui les trouvera et qui en prendra le contrôle, aura accès à une puissance inimaginable telle que décrite dans toutes les légendes. Ceci étant un fait acquis, et dès lors que le film installe son quotidien dans une réalité où ces objets existent vraiment, plus rien n’est impossible et le fantastique devient plausible. Une crédibilité sur laquelle repose toute la mythologie Indiana Jones et les ersatz lui ayant succédés, où les héros doivent souvent combattre un ennemi humain, mais aussi une cohorte de créatures plus ou moins monstrueuses.
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La Dernière Croisade
Indiana Jones et la Dernière Croisade (1989) poursuit d’ailleurs une narration très proche de celle vue dans le premier opus. Cette fois Indiana Jones entame la plus incroyable et enthousiasmante des quêtes : le Graal. La nature même du Graal est sujette à polémiques, même si la conscience collective le représente désormais comme la coupe utilisée par le Christ lors de la Cène. Et c’est cette imagerie pieuse que le film retient, le Graal y étant représenté comme un modeste récipient. A l’instar de l’Arche d’Alliance, la découverte du Graal est risquée et source de bien des maux pour qui choisi avec empressement. Walter Donovan, qui utilise Indiana Jones dans l’espoir de s’accaparer le coupe, paie de sa vie ce manque de discernement lors d’une séquence renouant avec les élans horrifiques des précédents volets. Une scène qui marque aussi la rencontre entre Indiana et un croisé âgé de 700 ans, gardien du Graal, autre élément surnaturel s’il en est..
La vie éternelleAfin de s’assurer d’une poursuite éventuelle de sa saga, Steven Spielberg adjoint un ultime détail à la légende en donnant la vie éternelle à qui boira dans la coupe à condition qu’il reste dans la solitude du sanctuaire où repose le Graal. Sachant qu’Indiana fini par quitter les lieux, et même s’il a bu, il ne peut prétendre à l’immortalité. Dans le cas contraire, la franchise aurait sans doute terminé sa course ici, la Dernière Croisade devenant un titre à prendre au sens propre.
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Reste que ce troisième volet est sans doute celui qui fait le moins appel à l’aspect fantastique du monde d’Indiana. Certes nous y voyons un homme vieillir pour finir à l’état de squelette en quelques secondes, nous y croisons un chevalier vieux de sept siècles, et nous y suivons Indiana dans un jeu de piste initiatique et occulte, mais l’ensemble reste très bon enfant, la comédie y étant prédominante. Une approche qui tranche radicalement avec les deux premiers chapitres, et plus particulièrement le second dont l’extrême noirceur fut largement décriée. Steven Spielberg lui-même n’est pas très à l’aise avec ce film et souhaitait avec La Dernière Croisade faire « oublier » les dérives exutoires du Temple Maudit.
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Le Temple Maudit
Réalisé en 1984, Indiana Jones et le Temple Maudit subit de plein fouet les problèmes personnels qui agitent les vies privées de Spielberg et Lucas. Il en résulte une bobine beaucoup plus orientée vers l’action et l’épouvante, parfois au détriment de l’aventure débridée vue dans Les Aventuriers . Après une scène d’ouverture où Spielberg se fait plaisir en combinant son envie de mettre en scène un James Bond et son désir de comédie musicale, le film enchaîne les séquences toujours plus invraisemblables où Indy et ses compagnons tombent d’un avion à bord d’un bateau pneumatique, avant de chuter d’une falaise à bord du même bateau pour finir leur course sur une paisible rivière. Dès le départ le ton est donné et cet Indiana n’aura que peu de points communs avec son prédécesseur. En situant son action en Inde, Le Temple Maudit s’inscrit dans la tradition des films d’aventures des années 30 et 40 où les explorateurs combattaient des indiens d’Asie souvent barbares. Face à lui Indiana ne retrouve pas les nazis, mais la secte séculaire et terrifiante des Thugs..
Il était une fois les Thugs Historiquement les Thugs étaient très actifs en Inde du 13ème au 19ème siècle, étranglant et volant sans aucune pitié les voyageurs qui avaient le malheur de croiser leur route. Adorateurs de la déesse Kâlî, mère destructrice et créatrice dans l’hindouisme, les membres de cette secte étaient connus pour leur cruauté et furent traqués durant plusieurs décennies par les Britanniques. Le choix des Thugs comme adversaires ne doit rien au hasard étant donné qu’ils étaient déjà les fanatiques mis en scène dans deux des films ayant inspiré le personnage d’Indiana Jones, soit Gunga Din de George Stevens (1939) et Les Etrangleurs de Bombay de Terence Fisher (1960).
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Cultes occultes
Le Temple Maudit reprend donc à son compte ce pan de l’histoire indienne pour tisser un canevas surprenant, où l’horreur se conjugue au macabre le plus inattendu. Plutôt que d’en faire de vulgaires assassins, George Lucas décide qu’ils seront des esclavagistes faisant travailler des enfants à l’accomplissement de leur funeste entreprise. Et afin de les rendre encore plus antipathiques, le film oppose le faste du palais de Pankot à ses sous-sols tortueux dans lesquels la secte se livre à des cérémonies innommables. Une dualité qui n’est pas sans rappeler le diptyque hindou de Fritz Lang, Le Tigre du Bengale et Le Tombeau Hindou (1959), autre inspiration de la saga..
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A compter du moment où Indiana assiste à la première cérémonie sacrificielle, qui voit un homme se faire arracher le cœur encore palpitant sans perdre la vie pour autant, avant d’être plongé dans un bain de lave, Le Temple Maudit bascule dans l’épouvante et accumule les séquences choc : enfants enchaînés et fouettés, un très jeune maharadjah se livrant à des actes d’un sadisme total, Indiana n’hésitant pas à frapper son jeune compagnon sous l’emprise des forces du mal, sans omettre les détails funestes (crânes humains, membres coupés) qui complètent un tableau baignant dans un expressionnisme que ne renierait pas Mario Bava !.
La mort dans l'âmeSi avec du recul Spielberg regrette cette surenchère visuelle et gore, il justifiait son choix à l’époque par le besoin de présenter les Thugs comme des monstres, là où les nazis du premier film (et du troisième par la suite) n’avaient pas besoin d’une telle démonstration, leur sauvagerie étant avérée. Ajoutez à ce décorum des détails croustillants tels que les chauves-souris vampire ou le repas à base de cervelle de singe ou de soupe d’yeux, et vous obtenez un film jusqu’au-boutiste qui entraîna la création de la classification « PG-13 » (déconseillé aux moins de 13 ans) aux Etats-Unis, sous l’impulsion de Spielberg lui-même !
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Avec Le Royaume du Crâne de Cristal, Indiana Jones reste dans les limites d’un fantastique familial. Pour autant le film repose sur un mythe aztèque et maya qui leur prête une origine surnaturelle, ainsi que des pouvoirs de guérison physique et spirituelle. Même s’il est clair que le célèbre archéologue a définitivement tourné le dos à l’horreur, au profit de la science-fiction, ses aventures seront toujours baignées d’une atmosphère trouble à même de nous faire voyager dans des contrées étranges et envoûtantes..
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Guide de Lecture



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