dimanche 13 décembre 2009

Indiana Jones ou l'Aventure réinventée - Part 7/10

En seulement un film, Steven Spielberg et Georges Lucas sont parvenus à imposer un personnage d’aventurier intrépide devenu la référence absolue du genre. Et si ce dernier ne date pas d’hier, Indiana Jones n’allait pas se contenter de suivre les traces de ses aînés. En reprenant le meilleur de l’aventure, il allait réussir un tour de magie pour le moins renversant : réinventer l’aventure.
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Apparu pour la première fois sur les écrans en 1981, Indiana Jones s’est rapidement imposé comme une référence en matière d’aventure, et un modèle pour tous les aventuriers à tendance archéologue vus depuis sur pellicule. Fruit de l’imagination débridée de Georges Lucas et du perfectionnisme créatif de Steven Spielberg, il est pourtant l’héritier d’une tradition à la fois historique et littéraire née au 19ème siècle sur les rives inhospitalières de lointaines contrées encore vierges de toutes traces de l’homme moderne.
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Fouilles archéologiques
Si Georges Lucas et Steven Spielberg ont puisé leur inspiration à diverses sources, il est clair que la principale reste le docteur Edgar James Banks. Né en 1866, il symbolise l’idée de l’aventurier tel que nous nous le représentons aujourd’hui, une imagerie désormais indissociable d’Indiana Jones qui en est l’incarnation cinématographique. Archéologue, professeur et amateur d’antiquités, Edgar Banks consacra son existence à la recherche et la mise à jour de véritables trésors archéologiques. Le point d’orgue de sa carrière fut l’expédition qu’il mena dans la région du mont Ararat, au nord-est de la Turquie, là où la Bible dit que l'arche de Noé se serait échouée à la fin de son périple. Parmi les autres figures de l’archéologie aventureuse ayant largement participé à la naissance de l’icône Indiana Jones, citons le fougueux Lawrence d’Arabie (1888-1935), l’explorateur James Bryce (1838-1922) ou le professeur Friedrich Parrott (1741-1841).
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Pour autant ces hommes sont avant tout des scientifiques et des voyageurs désireux de retrouver des vestiges du passé afin d’en percer les secrets. Or lorsque Georges Lucas imagine son héros, il n’aspire pas à proposer un spectacle crédible sur le plan historique, mais une œuvre de divertissement décomplexée. Et si les grands explorateurs lui fournissent une base essentielle, c’est du côté des comics d’aventure des années 40, les fameux « Pulp », qu’il trouve les prémisses d’Indiana.
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Fiction pulpeuse
S’il fallait trouver un « père » à Indiana Jones, c’est dans les pages des romans d’Henry Rider Haggard qu’il faudrait chercher. En 1885, ce romancier anglais imagine le personnage d’Allan Quatermain à l’occasion de son livre, Les Mines du roi Salomon. A l’instar de Rudyard Kipling (Le Livre de la Jungle – 1894) et Edgar Rice Burroughs (Tarzan – 1912), Haggard aime à mettre en scène des régions considérées en son temps comme exotiques, où son fougueux héros brave mille dangers et relève autant de défis. En plus de la littérature de genre, et si Jungle Jim de Don Moore et Alex Raymond est une référence assumée (cf. article connexe), c’est plus largement les pulps que dévoraient Lucas et Spielberg durant leur jeunesse qui servent de terreau au docteur Jones.
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Abréviation de « Pulp Magazines », les pulps étaient des publications peu coûteuses et très populaires aux États-Unis durant la première moitié du 20ème siècle en raison du large éventail de thèmes abordés (science-fiction, western, horreur, fantastique, policier et bien sûr aventure). Si les titres sont innombrables, il est clair que Doc Savage, King of the Bullwhip, Raiders of Ghost City ou Zorro – dont le succès fut colossal – furent pour beaucoup dans l’élaboration d’Indiana Jones. Autre référence inattendue, celle de l’Oncle Picsou créé par Carl Barks en 1947, à qui Steven Spielberg emprunte, entres autres, sa scène d’ouverture des Aventuriers de l’Arche Perdue et le piège du boulet. Un hommage amusant à une célèbre aventure de Picsou très appréciée des fans.
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Inspirations filmée
Pour autant Spielberg n’est pas un fan absolu de comics, et c’est plutôt du côté du 7ème art qu’il va puiser ses modèles. Les plus emblématiques restent La Vallée des Rois de Robert Pirosh (1954) où des archéologues se disputent la découverte d’un tombeau, et Le Trésor de la Sierra Madre de John Huston (1948) dans lequel Humphrey Bogart campe Fred C. Dobbs, un aventurier désireux de mettre la main sur un filon d’or. Nous retrouvons aussi des points communs avec le diptyque de Frizt Lang, Le Tigre du Bengale et Le Tombeau Hindou (1959), d’après les romans de Thea von Harbou, sans oublier le Secret of the Incas de Jerry Hopper (1954) avec Charlton Heston en aventurier viril lancé à la recherche du Temple du Soleil. Ce dernier est d’ailleurs le titre d’un album de Tintin publié en 1949, le petit reporter étant une des composantes utilisée lors de la création d’Indiana Jones dont les aventures reprennent certaines scènes vues dans les albums (Le Lotus Bleu, Tintin au Tibet, Les 7 Boules de Cristal).
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Enfin citons en vrac les autres films précurseurs de la tétralogie Indiana que sont Les Mines du roi Salomon de Compton Bennett & Andrew Marton (1950), Storm Over Bengal de Sidney Salkow (1938), Gunga Din de George Stevens (1939), ou Sundown (1941) et White Witch Doctor (1953) de Henry Hathaway.
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Naissance d’un héros
Tout le monde connaît désormais la petite histoire derrière la naissance d’Indiana Jones, qui doit son prénom au chien de Georges Lucas, et à la préférence de Steven Spielberg pour le patronyme « Jones » au détriment du « Smith » initialement prévu. Pour mémoire la légende débute sur une plage d’Hawaï où Steven fait part à son ami Georges de sa volonté de réaliser un opus de la saga James Bond. Mais le producteur Albert Broccoli, en charge de celle-ci, impose que le réalisateur de chaque film soit anglais. C’est alors que Georges Lucas confie à Steven qu’il a une idée encore plus surprenante qu’un énième Bond : Les Aventuriers de l’Arche Perdue. Si la personnalité d’Indiana est brossée dans les grandes lignes, quelques détails seront néanmoins gommés afin d’en faire le personnage que nous connaissons.
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Ainsi il était au départ imaginé comme un alcoolique, en hommage au rôle de Bogart dans Le Trésor de la Sierra Madre, et un playboy entouré de créatures rappelant les actrices des années 30 et 40. Tout ceci fut abandonné au profit d’un humour goguenard et d’une nonchalance patentée qui firent sa renommée. Pour le reste Indiana Jones est un melting-pot parfait de toute une culture de romans, de serials et de films d’aventure précédemment cités et peuplés de jungles inhospitalières, de tribus primitives, d’hommes téméraires, de ruines mystérieuses, de trésors fabuleux et de temples maudits à explorer.
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Inventer le futur
Dès lors les trois premiers films sont un condensé d’aventure au sens le plus pur du terme, et nous y retrouvons l’ensemble des poncifs du genre dans une version totalement repensée, actualisée et dynamique. A la manière d’un super-héros, Indiana Jones possède deux identités : dans le civil, il est un banal professeur d’université qui peut « se transformer » lorsque la situation l’exige en un indomptable aventurier avide de découvertes. Son costume, qui en permet l’identification instantanée, se compose d’un fouet, d’une veste en cuir ou d’une chemine saharienne, d’un sac anglais Mark VII, d’un révolver et de son indispensable chapeau, un Fedora sans qui Indiana ne serait pas tout à fait Jones. A cet aspect, qui pourrait paraître caricatural mais qui était à l’époque une véritable nouveauté appelée à définir durablement le profil de l’aventurier type, s’ajoute un décorum propre à la saga.
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Chef de famille
Mélangeant traditions bibliques, rites ancestraux, mythes historiques et fantastique horrifique, les exploits d’Indiana Jones n’ont rien de commun avec les canons du genre et installent leur propre réalité. Il n’est plus seulement question de combattre quelques gorilles et une poignée de guerriers archaïques dans la tiédeur d’une jungle isolée abritant les vestiges d’une civilisation disparue. Indiana Jones explose les carcans en vigueur et invite le spectateur à pénétrer dans un monde inconnu, à la fois très familier par l’imagerie qu’il véhicule, et totalement inédit par le traitement qui en est proposé. Aujourd’hui Indiana Jones incarne à lui seul l’Aventurier dans toute sa splendeur, un statut enviable et difficile à assumer pour ses descendants (Benjamin Gates, Rick O'Connell, Flynn Carsen, Sidney Fox) qui souffrent de la comparaison. Seule Lara Croft est parvenue à rivaliser avec celui que beaucoup considèrent comme son « père », et à qui elle fait des clins d’œil constants à l’image de l’Arche d’Alliance visible dans le premier Tomb Raider (1996).
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Le grand 8
Profitant d’un rythme soutenu hérité des pulps qui se devaient de tenir en haleine le lecteur en seulement neuf cases hebdomadaires à grands renforts de rebondissements successifs, les Indiana Jones fonctionnent à la manière d’une montagne russe. L’action y succède à l’action qui elle-même succède à l’action en une course effrénée toujours plus spectaculaire : course de camions, de wagonnets ou de chevaux, fosses aux serpents, catacombes incendiaires, corps à corps musclés, cascades vertigineuses, paysages grandiloquents, le tout orchestré d’une main de maître par Steven Spielberg. Rien n’est superflu, gratuit ou inutile.
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Aucune scène ne ressemble à aucune autre, les films se réinventant sans arrêt. La place même de la femme, généralement reléguée au rang de faire-valoir de charme, est ici révolutionnaire. Tour à tour héroïques, amusantes, vénéneuses ou rentre-dedans, elles occupent une position centrale dans chacun des films.
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Plus personne ne peut aujourd’hui penser à un aventurier sans avoir le nom, le costume et la personnalité d’Indiana Jones en tête. Et parvenir à lui ravir sa couronne semble bien difficile – pour ne pas dire impossible – tant le personnage est allé bien au-delà des limites exigües d’un genre dont il cumule toutes les composantes historiques afin d’en devenir l’incarnation la plus parfaite. Indiana Jones n’est pas un aventurier, il est l’Aventure et les promesses qu’elle implique.
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