dimanche 8 novembre 2009

Indiana Jones et le Temple Maudit - Part 3/10

Second volet de la tétralogie, Indiana Jones et le temple maudit est aussi le plus sombre et le plus violent. Cependant il présente des scènes d’action époustouflantes, des personnages attachants, une intrigue passionnante et un savoir-faire évident de la part de Steven Spielberg et George Lucas. Explorez le dédale du temple maudit.
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Deux semaines seulement après la sortie des Aventuriers de l’Arche Perdue (1981), George Lucas et Steven Spielberg s’attèlent à une suite. Le point de départ d’Indiana Jones et le temple maudit (1984) est pour le moins inattendu. Le sujet n’était pas clairement défini et s’organisait autour des scènes mises de côté sur les Aventuriers : « Nous avions beaucoup trop d’acrobaties, de gags et de cascades sur le premier film, raconte Spielberg. Nous avons donc coupé énormément de choses comme la scène de rafting ou la poursuite dans la mine qui devaient initialement apparaître dans les Aventuriers. »
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La route des Indes
L’histoire originale est construite autour de ces scènes qui devenaient dans le même temps des moments clés du film. Le scénario est confié à Willard Huyck et Gloria Katz qui avaient déjà écrit celui d’American graffiti de George Lucas (1973) : « George savait que nous aimions l’Inde, rappelle Willard Huyck. Nous y avions été à plusieurs reprises et nous collectionnons toutes sortes de choses liées à l’art indien. Il nous a dit que le prochain Indiana devait se dérouler là-bas. Il s’est adressé à nous car il savait que nous aimions ce pays et qu’on le connaissait bien. » En situant son action en Inde, Le Temple Maudit suit les traces des films d’aventures des années 30 et 40 où les explorateurs combattaient des indiens d’Asie souvent effrayants, primitifs et sanguinaires. Ces contrées exotiques étaient le décorum habituel pour ce type de productions – sans parler des romans du genre – qui avaient si largement inspirées la création d’Indiana Jones et son univers. Au-delà d’inscrire un peu plus le personnage dans une tradition classique de l’aventure, elle offrait une sorte de continuité avec les films d’antan tout en proposant un regard inédit sur le sujet.
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Dès les premières réunions d’écriture, George Lucas fait savoir qu’il souhaite que cette suite soit beaucoup plus sombre, à l’instar de ce qu’il avait fait avec L’empire contre-attaque (1980). C’est ainsi qu’il suggéra que l’intrigue tourne autour du culte de la déesse Kali et de la secte des terrifiants Thugs.
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Fièvre hindoue
Historiquement les Thugs formaient une confrérie d’assassins parcourant l’Inde sous l’apparence de simples voyageurs. C’est ainsi qu’ils gagnaient la confiance de voyageurs aisés qu’ils ne tardaient pas à étrangler et dépouiller. Adorateurs de la déesse Kali, mère destructrice et créatrice dans l’hindouisme, les Thugs étaient redoutés en raison de leur cruauté et de leur fanatisme qui les poussait à commettre des meurtres, des sacrifices humains et des vols au nom de leur déité. Ils assimilaient ces pratiques à un devoir pieu sans aucune considération morale. Ils furent traqués durant plusieurs décennies (de 1826 à 1855) par les Britanniques. Plus de 2 millions de personnes seraient mortes entre leurs mains.
Outre une histoire lourde de maux, le choix des Thugs comme adversaires d’Indiana Jones ne doit rien au hasard étant donné qu’ils étaient déjà mis en scène dans deux des films ayant inspirés George Lucas, soit Gunga Din de George Stevens (1939) et Les étrangleurs de Bombay de Terence Fisher (1960).
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Rites & vérités
Le Temple Maudit reprend à son compte ce pan de l’histoire indienne pour tisser un canevas surprenant, où l’épouvante se conjugue au macabre. Et plutôt que d’en faire de vulgaires assassins, George Lucas va plus loin et les transforment en des esclavagistes impitoyables faisant travailler des enfants dans l’espoir de réunir les pierres de Sankara censées leur donner le pouvoir absolu. Cette escalade dans l’horreur a deux raisons principales : le premier film opposait Indiana Jones aux nazis, dont les atrocités commises durant la Seconde Guerre Mondiale sont connues de tous. Il n’était donc pas utile d’en faire la démonstration sur les Aventuriers. Inversement les Thugs, bien qu’aussi cruels, ne sont pas immédiatement associés à leur barbarie et le film devait en faire des êtres innommables à même d’égaler la terreur nazie. A cela s’ajoute la vie personnelle de George Lucas, alors en plein divorce, et Steven Spielberg qui venait de connaître une rupture difficile, ce qui explique en partie la noirceur du propos.
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Compagnons d’aventure
Pour l’heure Le temple maudit n’est pas encore perçu par ses créateurs comme aussi pessimiste et crépusculaire. George Lucas et Steven Spielberg espèrent offrir un spectacle encore plus trépidant avec une pincée d’angoisse juste suffisante pour faire frissonner le public de plaisir. Ainsi la scène d’ouverture joue pleinement la carte du second degré en devenant à la fois une parodie des James Bond et une comédie musicale : « George voulait commencer en chanson avec un numéro de danse, se souvient Steven Spielberg, et j’avais toujours voulu faire une comédie musicale. C’est comme ça que la chose a vu le jour. »
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En plus de servir de préambule au film, cette scène est l’occasion d’introduire le personnage de Willie Scott appelée à remplacer Marion (Karen Allen), qui devait être de retour avant que Spielberg et Lucas optent pour le concept d’une femme différente dans chaque film à la manière des James Bond. Après avoir auditionné plus d’une vingtaine d’actrices, Spielberg arrête son choix sur Kate Capshaw. Contrairement à Marion qui était une femme de caractère, Willie s’inscrit dans un registre plus comique à tendance catastrophe, devenant l’initiatrice de la majorité des moments plus légers du film, souvent ponctués par ses hurlements : « Je n’avais pas lu tous ces « Elle se met à hurler », s’amuse Kate Capshaw. A croire que c’est tout ce qu’elle savait faire ! Mais c’était le gag à répétition du film et je ne savais pas crier. Steven a dû m’apprendre et ce n’est pas si facile que ça. Lorsque le film est sorti, nous avons essuyé de nombreuses critiques en raison de la représentation de la femme. J’ai une licence et une maîtrise, je vivais seule avec mon enfant. Je vivais presque comme une vraie féministe. Et voilà qu’on m’attaque pour avoir joué cette femme qui n’était pas clairement une féministe avec ses ongles cassés et ses jérémiades incessantes. Mais je suis beaucoup amusé. Nous faisions un film d’aventure et c’était juste une histoire. »
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Pleine lune
En plus de Willie Scott, Indiana Jones est accompagné d’un jeune garçon baptisé Demi-Lune et interprété par Ke Huy Quan : « J’avais 12 ans au moment de l’audition, confirme t-il. Ils avaient mis une annonce dans mon école. Ceux qui correspondaient à la description devaient se présenter. J’y ai accompagné mon frère, mais ils m’ont demandé de passer l’audition moi aussi. Peu de temps après ils m’ont dit que j’avais le rôle, et nous nous sommes envolés pour le Sri Lanka où devait se tourner les scènes en Inde. » Pour la petite histoire, Willie était le nom du chien de Steven Spielberg, et Demi-Lune celui de Willard Huyck et Gloria Katz. Avec Indiana, nom du chien de George Lucas, tous les personnages ont un prénom empruntés aux animaux des créateurs !
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En terres inconnues
Le tournage débute durant l’été 1983. Initialement la production devait tourner en Inde et avait déjà repéré de nombreux sites, dont le Palais d’Ambre de Jaipur qui devait servir comme palais du Maharaja. Restait à convaincre les autorités indiennes d’autoriser le tournage. Suite à la lecture du script, elles imposent que certaines scènes soient réécrites, craignant que le film donne une image négative du pays. Ne pouvant se résoudre à appliquer toutes les modifications voulues – dont l’interdiction d’employer le mot « Maharaja » – George Lucas et Steven Spielberg décident de déplacer le tournage au Sri Lanka qui offrait des décors naturels similaires et posait moins de problème : « Nous avons bâti le village près d’une petite ville, Kandy, à côté du site où David Lean avait tourné Le pont de la rivière Kwaï (1957), relate Spielberg. Pour le chef du village, nous avions un acteur sri lankais qui parlait cinghalais, mais pas l’anglais et son texte était en anglais. J’ai fait une chose que je n’avais jamais faite. Je disais le texte en anglais, je minais les gestes que je voulais, et il reproduisait l’ensemble. Nous avons dû ajouter des silences où vous pouvez imaginer ma voix. C’est pourquoi il y a autant de pauses, car je devais dire les répliques avant qu’il ne les répète. Mais grâce à mon monteur - Michael Kahn – la scène fonctionne. »
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La grande bouffe
Le film se divise clairement deux parties distinctes. La première est enjouée, débordante d’humour et beaucoup plus orientée vers l’action rocambolesque que le précédent opus. Après une introduction débridée dans le Club Obi-Wan (clin d’œil à Star Wars), Indiana Jones et ses compagnons se retrouvent à bord d’un avion en perdition. Leur unique chance de survie consiste en un simple bateau pneumatique qu’ils utilisent pour sauter de l’appareil, avant d’entamer une descente ahurissante à flanc de montagne, pour finir par une chute vertigineuse du haut d’une falaise et se retrouver dans le tumulte d’une rivière, le tout rythmé par les cris de Willie. En quelques minutes le ton de cette première partie est donné, et nous sommes loin du climat mystérieux vu dans les Aventuriers : « Les serials des années 30 se prenaient beaucoup trop au sérieux, explique George Lucas. Pourtant il y avait les films d’Abbott et Costello ou de Laurel et Hardy par exemple qui étaient beaucoup plus décalés. C’est ce que nous voulions installer dans les Aventuriers et que j’avais fait sur Star Wars. Nous retrouvons dans Le temple maudit cet humour grotesque des années 30. »
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La fameuse scène du banquet reflète parfaitement cet état d’esprit : « L’humour de Steven est idéal pour ça, poursuit Lucas. Il adore faire des farces et s’est beaucoup entraîné sur ses sœurs. Il s’amusait à leur jeter des araignées. Il adore les insectes, surtout quand les gens se mettent à hurler. » Et Spielberg d’ajouter : « Etant donné que nous faisons un film plus sombre, nous nous sommes octroyés une récréation pour obtenir une séquence dégoutante et drôle. Les insectes étaient en caoutchouc, les cafards remplis de crème, la cervelle de singe faite de gelée de framboise. Pour la soupe d’yeux, nous avions collé des orbites au fond du plat que Kate Capshaw devait faire remuer, ce qui était assez difficile et souvent un seul œil remontait. »
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Plus tard dans le film, Indiana et Demi-Lune arpentent une galerie jonchée d’insectes rampants, une scène faisant écho à celle des serpents dans les Aventuriers. Si Harrison Ford et Ke Huy Quan  n’éprouvent aucune répulsion, pour Kate Capshaw ce fut plus délicat même si elle accepta de se faire vider des sceaux d’insectes sur la tête. Au total plus de 50.000 insectes furent nécessaire à la réalisation de cette séquence. Enfin tout cela amène nos héros à s’enfermer dans une pièce d’où jaillissent des pics tandis que le plafond se rapproche du sol. Un hommage évident et voulu aux serials que suivaient avec passion Steven Spielberg lorsqu’il était enfant, et qu’il présente comme « la scène la plus réussie de toutes. »
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Culte séculaire
Cette dernière séquence marque aussi un tournant dans le film qui bascule subitement dans l’horreur, délaissant l’humour omniprésent depuis le début au profit d’une violence à la fois graphique, narrative et visuelle. Lorsque nous découvrons le temple de Kali – qui donne son titre au film – les Thugs s’y livrent à une cérémonie sacrificielle qui voit un homme se faire arracher le cœur encore palpitant sans perdre la vie pour autant, avant d’être plongé dans un bain de lave en fusion. La suite est une accumulation de scènes choquantes. Baignant dans des tons rougeâtres et regorgeant de détails funestes (crânes humains, membres coupés, sang impure, chants fanatiques), nous pouvons voir des enfants enchaînés et fouettés, le très jeune maharadjah faire preuve d’un sadisme total, sans oublier Indiana Jones qui, sous l’emprise des forces du mal, n’hésite pas à frapper Demi-Lune (un enfant).
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La mort dans l'âme
Cette approche aux frontières de l’épouvante entraîne une vague de critiques hostiles au moment de la sortie du film : « Le temple maudit a aussi bien marché que le premier, même si les critiques l’ont jugé trop noir, confirme Lucas. Les gens se plaignaient car ce n’était pas pour les enfants. Le film est plus noir que nous ne le voulions. Mais nous n’avions pas de recul, nous avions la tête dedans et nous ne tournions pas de manière chronologique. On tourne une scène sombre, puis une autre plus tard, puis une autre, et au final on se dit que c’est vraiment sombre et que cette impression est plus forte qu’on ne le pensait. En fait nous ne l’avons vu qu’au moment du montage. Mais j’aime malgré tout ce film que nous voulions très différents des Aventuriers. »
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Avec le recul, Steven Spielberg n’est pas très à l’aise avec ce déferlement de violence brut même s’il justifiait son choix à l’époque par le besoin de présenter les Thugs comme de véritables monstres, ce qui ne l’empêcha par d’être gêné durant le tournage. Un sentiment que le pousse à faire un choix inattendu avant la sortie : « Nous n’avons pas eu la mention « Tout public », mais celle imposant un « Accord parental ». Si le film ne s’adresse pas aux plus jeunes, il fallait cependant trouver une mention intermédiaire entre les deux. J’ai appelé Jack Valenti, le directeur de la Motion Picture Association of America, pour lui suggérer cette idée. Par exemple interdire le film aux moins de 14 ou 13 ans. Très vite après ça, Jack a pu introduire pour la première fois depuis longtemps une nouvelle mention : PG-13, soit déconseillé aux moins de 13 ans sans accord parental. » 
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Course de chars
La dernière partie du film renoue avec l’aspect aventure épique de la saga au travers de deux scènes spectaculaires : la poursuite dans la mine et le final sur le pont suspendu. Prévue pour le premier volet, la course de wagonnets est entièrement réalisée par ILM avec des maquettes, entrecoupée de passages filmés en studio où le circuit était éclairé de diverses manières pour donner le sentiment que c’était plus long. Cette scène servit de base à la plupart des attractions utilisées dans les parcs Disney.
Le pont suspendu est l’œuvre d’ingénieurs d’une société anglaise qui construisaient un barrage non loin du site de tournage au Sri Lanka, et acceptèrent de concevoir le pont. Il reposait sur des câbles en acier qu’il a fallu faire exploser lorsqu’Indiana décide de couper les attaches. Pour ce faire, l’équipe n’avait droit qu’à une seule tentative. Ils ont placé des mannequins mécaniques dessus et dispatché pas moins de huit caméras autour du pont afin de couvrir tous les angles possibles. Tout fonctionna comme prévu, et le tournage pu s’achever dans le studio Elstreet de Londres où fut réalisée le face-à-face entre Indiana Jones et le prêtre Thug.
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Indiana Jones et le temple maudit arrive sur les écrans américains le 23 mai 1984 et s’impose comme un nouveau succès malgré quelques critiques. Et Spielberg de conclure : « De tous les films, c’est celui que j’aime le moins. La meilleure chose dans ce film c’est que j’y ai connu Kate Capshaw, devenue ma femme. C’est pour ça qu’il fallait que je fasse ce film. Et même si à la fin Indiana Jones garde la fille, en réalité c’est moi qui l’ai eue ! »
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Guide de Lecture
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