Si Le temple maudit fut une réussite publique, Steven Spielberg et George Lucas souhaitaient revenir à quelque chose de plus léger et familial. La dernière croisade, tout en conservant ce qui fait la force de la saga, renoue avec la comédie et l’action pour un résultat qui s’impose comme le plus grand succès commercial de la franchise.
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Après l’immense succès d’Indiana Jones et le temple maudit (1984), et malgré les critiques concernant sa noirceur, George Lucas et Steven Spielberg décident de prendre le temps de la réflexion avant de s’atteler au troisième opus des aventures d’Indy. Baptisé Indiana Jones et la dernière croisade – titre à double sens étant donné qu’il est alors présenté comme le dernier volet de la trilogie consacrée au personnage – son tournage débute officiellement durant l’été 1988. Cette fois il n’est pas question de se perdre dans un labyrinthe horrifique type Temple maudit, et ce même si le fantastique doit occuper une place centrale dans le récit. Steven Spielberg souhaite renouer avec l’esprit du premier film en proposant un spectacle enthousiasmant, combinant grande aventure et action trépidante..
Sur les traces du Graal
« L’idée de départ s’appuyait sur une histoire de château hanté, raconte George Lucas. Mais Steven avait déjà fait Poltergeist (1982) et il ne voulait pas de bâtisse hantée. C’est alors que j’ai proposé le Graal, ce qui ne l’emballait pas car il ne trouvait pas le sujet assez percutant. Je lui ai demandé de me faire confiance, et j’ai rédigé un script qui débutait comme une histoire de fantôme avant de s’orienter sur la quête du Graal. Mais au final nous n’étions pas satisfaits du résultat. » Pour ce troisième chapitre, Spielberg souhaitait explorer la relation entre Indiana Jones et son père, en révélant qui avait bien pu engendrer le célèbre archéologue. Mais Lucas tenait à son idée de Graal, ce qui au final n’était pas incompatible avec un film reposant sur la relation père/fils, où la Quête du Père fait écho à la Quête du Graal..
Young Indiana JonesComme le veut la tradition, La dernière croisade (1989) débute par un préambule prenant la forme d’une mini-aventure. Là encore Lucas et Spielberg jouent la carte de la nouveauté en situant cette introduction dans l’adolescence d’Indiana. Pour incarner le jeune archéologue, Harrison Ford propose River Phoenix, comédien très prometteur qui jouait son fils dans Mosquito coast (1986) : « L’idée d’être le jeune Indiana Jones était très plaisante, confiait River Phoenix. Le film débute alors qu’Indy commence à vivre des expériences très marquantes qui le changeront pour toujours. Ainsi nous comprenons l’origine de sa phobie des serpents, comment il a appris à manier le fouet, la manière dont il se fait sa cicatrice sur le menton, et surtout comment il acquiert son incontournable chapeau Fedora. » Quatre ans après la sortie du film, River Phoenix mourait d’une overdose. Il avait 23 ans.
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De père en fils
Pour l’heure cette scène s’achève dans la demeure des Jones où nous faisons la connaissance du professeur Henry Jones, le père d’Indiana magistralement interprété par Sean Connery : « Le père d’Indy ne pouvait être que James Bond, explique Spielberg. Et je voulais le James Bond original : Sean Connery. » Et Sean Connery de poursuivre : « J’étais ravi même si l’idée de jouer le père d’Harrison Ford, qui n’a que 12 ans de moins que moi, me gênait un peu. J’avais beaucoup de notes sur le projet, comme toujours. Si vous faites un film avec le père d’Indiana Jones, il faut qu’il ait des excentricités. Mais George Lucas avait une vision très différente du personnage. Il le voyait plus calviniste, plus conservateur. Mais au final, à force de discussion, les choses se sont mises en place naturellement. ».
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Pour Harrison Ford, l’idée de face à son père était excellente, à même de renouveler toute la mythologie telle qu’elle était connue : « J’aimais l’idée d’introduire le père d’Indiana Jones dans l’histoire, confirme Harrison Ford, et de révéler ainsi de nouveaux aspects de son caractère inédits jusqu’ici. Le troisième film profite énormément de la présence de Sean Connery. Ca a élevé le niveau de chacun. Je crois que c’est le plus complexe de tous les films. Et ça été le agréable à faire grâce à l’intrigue fascinante, aux lieux de tournage, aux séquences très physiques et au superbe rôle principal féminin interprété par Alison Doody. ».
Après Marion Ravenwood (Karen Allen) et Willie Scott (Kate Capshaw), nous faisons la connaissance du docteur Elsa Schneider, une beauté froide et secrète qui cache bien son jeu. Alison Doody, jeune mannequin irlandaise de 21 ans, se présente à l’audition sans trop y croire, d’autant qu’elle devait incarner une autrichienne de 29 ans. Pourtant elle fait l’unanimité et devient la troisième femme Jonessienne. Aux antipodes de l’exotisme du Temple maudit, La dernière croisade revient aux fondamentaux en opposant Indiana Jones aux nazis et à un amateur d’antiquités, soit le même canevas que sur les Aventuriers (1981).
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Pour faire face à Indy, c’est Julian Glover qui est retenu dans le rôle de Walter Donovan. Ami de longue date de Robert Watts, producteur des trilogies Indiana Jones et Star Wars, Glover avait fait une petite apparition sur L’empire contre-attaque (1980), avant de se voir promettre un rôle dans les Aventuriers qu’il ne put obtenir. Sur La dernière croisade il devient le concurrent d’Indiana, un homme avide de pouvoir et d’absolu qui finira aussi mal que René Belloq (Paul Freeman) lorsqu’il choisira sans discernement le Graal..
Compagnons d'aventures
Mais La dernière croisade est aussi l’occasion de revoir de vieilles connaissances : « Certains comédiens m’avaient manqué dans le Temple Maudit, assure Spielberg. Parmi ceux-là, Denholm Elliot dans le rôle de Marcus Brody, et John Rhys-Davies dans celui de Sallah. Avec eux nous avons retrouvé l’atmosphère qui nous avait été si bénéfique en 1980. » Si Marcus Brody faisait office de père sur les Aventuriers, l’arrivée d’Henry Jones en fait un personnage comique irrésistible, totalement décalé dès lors qu’il quitte le confort rassurant de son université. A lui seul Brody incarne l’état d’esprit de ce film qui se veut léger, divertissant et plein de rebondissements..
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Au final cette Dernière croisade est une réunion de famille, tant sur l’écran que sur le plateau : « Au moment de tourner, nous avions une très bonne équipe bien rôdée, raconte Harrison Ford. La plupart des personnes présentes – techniciens, opérateurs, cascadeurs – avaient déjà œuvré sur les deux précédents volets, ce qui nous a permis de travailler rapidement et efficacement. Et je dois dire que c’était plutôt une chance étant donné que ce film était le plus compliqué des trois, sur le plan logistique et narratif. ».
Lancé sur les traces de son père par le biais de son journal intime, Indiana débute son périple dans l’envoûtante Venise, théâtre d’une course-poursuite haletante et d’une scène désormais indispensable à tout bon Indiana Jones : « Les rats étaient la suite logique des insectes et des serpents, s’amuse Steven Spielberg. Nous étions à court d’idées et il nous fallait trouver quelque chose. La difficulté résidait dans le fait que pour avoir des rats qui ne soient porteurs d’aucune maladie, il fallait les élever depuis la naissance. Nos éleveurs ont fait naître plus de 2000 rats, et nous en avons utilisé environ 10.000 ! Il y en avait partout sur le plateau, ils sortaient des murs, grimpaient dans les cheveux, couraient dans tous les sens. » Pourtant ni Harrison Ford – qui a eu des rats lorsqu’il était plus jeune – ni Alison Doody n’éprouvent la moindre difficulté à tourner avec les rongeurs. Reste que ce sont des rats mécaniques qui se font immolés à la fin de la scène : « Je n’allais pas brûler de vrais rats, s’esclaffe Spielberg. Je n’ai honte de rien, mais il y a des limites ! »
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Autre moment de bravoure, la poursuite à motos qui n’était pas prévue dans la première version du film. Mais au moment du montage, Steven Spielberg comprend qu’il n’a pas le degré d’action voulue et attendue par le public. Du coup il imagine cette séquence tournée à San-Francisco, près de chez George Lucas, après la fin du tournage officiel. Idem pour la scène du tank qui n’avait pas cette forme très nerveuse et fut rendue plus palpitante au moment du tournage, et ce grâce à un story-board précis imaginé par George Lucas. Mais il s’avère qu’elle devient un élément essentiel de la réussite de film de part son mélange d’action et de comédie, le tout débordant d’imagination et de trouvailles.
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L'ultime croisade ?
Enfin le final est, une fois encore, très différent des précédents films car il ne fait pas intervenir d’esprits vengeurs, de fanatiques religieux et d’effets spéciaux complexes. Il s’organise autour des retrouvailles intellectuelles et affectives entre un père et son fils, ce qui était le véritable enjeu du film, et qui fait de La dernière croisade un excellent souvenir pour toute l’équipe. Et Harrison Ford de conclure : « Le public aime ce personnage mi-universitaire, mi-aventurier. La plus grande contribution du personnage, qui fait partie de son caractère, c’est sa ténacité, son refus d’abandonner, son zèle pour la chasse, et le plaisir qu’il prend à découvrir des lieux étonnants, à voir des choses incroyables, et à résoudre les mystères qui s’offrent à lui. ».
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Guide de Lecture
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