dimanche 18 octobre 2009

Les Aventuriers de l’Arche Perdue - Part 2/10

Les aventuriers de l’Arche Perdue est un film fondateur d’un nouveau genre de cinéma d’aventure et d’action. Parfaitement maîtrisé de bout en bout, il traverse les décennies avec la même fraîcheur et le même éclat qu’au moment de sa sortie en 1981. Retour sur l’histoire d’un film entré dans l’histoire du cinéma.
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La légende d'Indiana Jones prend sa source au milieu des années 70 lorsque George Lucas cherche à organiser ses idées afin d’en faire un film. Il hésite entre deux univers très distincts : la science-fiction et ses races bigarrées et l’aventure sur fond de fantastique : « A l’époque j’envisageais un conte moderne dans le style des serials de mon enfance, explique Lucas. J’imaginais les choses que je pouvais faire. Je pensais à une histoire d’extraterrestres comme Flash Gordon, et mon autre idée concernait un archéologue à la recherche d’antiques artefacts aux facultés extraordinaires. L’un et l’autre devaient être filmés dans le style trépidant des serials. J’ai parlé de mon idée à Philip Kaufman et nous avons travaillé dessus durant quatre semaines. C’est lui qui a proposé que l’objet aux pouvoirs surnaturels soit l’Arche d’Alliance car il connaissait bien le sujet. Mais il a fini par rejoindre Clint Eastwood afin d’écrire Josey Wales, hors-la-loi (1976). Du coup j’ai opté pour l’aventure spatiale et j’ai mis l’archéologue de côté. »
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Très anxieux au moment de la sortie de Star Wars en 1977, George Lucas décide de se réfugier dans la quiétude de l’île d’Hawaï où son ami Steven Spielberg le rejoint. C’est là qu’il fait part à Lucas de son envie de réaliser un James Bond et de sa déception suite au refus du producteur Albert Broccoli, en charge de la franchise, qui impose que le réalisateur de chaque 007 soit anglais : « George m’a répondu «J’ai bien mieux à te proposer ! J’ai une meilleure idée : Les Aventuriers de l’Arche Perdue, se souvient Spielberg. Il m’a parlé de l’esprit général, l’approche type serial et de l’univers qu’il avait imaginé. Je n’ai pas hésité une seconde. »
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La naissance d’un héros
A l’origine le personnage se nomme Indiana Smith, le prénom étant celui du chien de George Lucas, un énorme husky qui lui avait déjà inspiré le personnage de Chewbacca dans Star Wars. L’anecdote sera reprise dans Indiana Jones et la dernière croisade (1989) où nous apprenons qu’Indiana se nomme en réalité « Junior », et qu’Indiana est le nom du chien qu’il avait lorsqu’il était adolescent. Reste que Spielberg n’est pas convaincu par le patronyme « Smith » qui devient « Jones » sur les conseils de Lucas.
Si le script écrit par George Lucas et Philip Kaufman brosse l’intrigue dans les grandes lignes, il y a encore beaucoup à faire pour rendre l’ensemble plus homogène et cohérent. Spielberg se tourne vers Lawrence Kasdan, dont il avait déjà acheté un scénario devenu le film Deux drôles d'oiseaux (1981) : « Nous avons passé trois jours à discuter du film avec George et Lawrence, relate Steven Spielberg. Cela nous a permis d’ébaucher et d’organiser le récit dans sa globalité avant que Lawrence aille dans son coin pour rédiger la version finale. Il est parvenu à insuffler au film le ton des années 30. Un mélange de Preston Sturges et de Michael Curtiz, Indiana Jones rappellant inévitablement Humphrey Bogart dans Le Trésor de la Sierra Madre de John Huston (1948). Lawrence lui a donné le piquant et l’humour nécessaire. »
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Indiana en Solo
Le scénario en place, il fallait encore trouver un financement. Or personne ne souhaitait s’engager sur un terrain aussi escarpé, craignant que le film ne soit un gouffre financier au regard de ses ambitions visuelles et narratives. Après avoir essuyé plusieurs refus, Steven Spielberg annonce son intention de tourner le film à la manière des serials des années 30 avec un budget de 20 millions de dollars. Cette nouvelle approche convainc la Paramount et le tournage est fixé à l’été 1980 pour une sortie l’année suivante.
Restait l’étape la plus délicate : le casting. Steven Spielberg propose de faire appel à Harrison Ford, rendu très populaire grâce à Star Wars : « J’adore Harrison Ford, raconte George Lucas, mais il avait déjà fait deux de mes films (American graffiti et Star Wars, ndr) et je ne voulais pas qu’il devienne mon « Robert De Niro » à la manière de Martin Scorcese, et qu’il apparaisse dans chacun de mes films. » 
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Magnum Force
De nombreux comédiens sont envisagés, parmi lesquels Tim Matheson (A la maison blanche), Peter Coyote (E.T.), John Shea (Mutant X) et Tom Selleck. Ce dernier remporte l’adhésion générale suite à son audition face à Sean Young (Blade runner) en course pour le rôle de Marion. Lucas et Spielberg décident de lui confier le rôle-titre sans savoir qu’il vient de signer un contrat avec Universal pour une nouvelle série télévisée baptisée Magnum. Contraint à faire un choix entre les deux projets, Tom Selleck opte pour Magnum qui lui offrira la consécration via huit saisons produites entre 1980 et 1988. Ironie du sort, et alors que Spielberg et Lucas reviennent à leur choix initial, soit Harrison Ford, le tournage du pilote de Magnum est repoussé de six mois, ce qui aurait permis à Tom Selleck de faire le film !
Pour la petite histoire, Tom Selleck rattrapera le train en marche dès 1983 avec Les aventuriers du bout du monde de Brian G. Hutton, excellent film d’aventure où il campe l’aviateur aventurier Patrick O'Malley. Enfin la huitième et dernière saison de Magnum fut l’occasion d’un épisode clin d’œil sous le titre A la recherche de l’art perdu (8x10).
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La tête de l’emploi 
C’est donc Harrison Ford qui s’impose comme le choix le plus évident : « George Lucas m’a appelé pour que je rencontre Steven Spielberg que je ne connaissais pas, se souvient Harrison Ford. Il m’a envoyé le scénario, qui m’a tout de suite enthousiasmé, et je suis allé voir Steven chez lui. Nous avons beaucoup parlé et nous nous sommes très bien entendus. Cependant j’hésitais vraiment à m’engager pour une nouvelle trilogie. Mais quand j’ai su qui serait de la partie, je me suis laissé convaincre. » En effet lorsque George Lucas parle du film à Steven Spielberg, il lui annonce immédiatement son intention de faire trois films – dont il a déjà la trame – et ajoute qu’il devra les diriger tous les trois. Par la suite Spielberg découvre qu’il n’en est rien et que l’ambition de faire une trilogie ne repose nullement sur une intrigue prédéfinie, mais plutôt sur le désir de Lucas d’explorer l’univers du personnage.
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L'amour du risque 
En parallèle à la recherche de leur Indiana Jones, il fallait aussi définir le reste de la distribution à commencer par le premier rôle féminin, Marion Ravenwood. Si différentes comédiennes sont envisagées (Sean Young, Debra Winger), la préférence de Steven Spielberg va à Karen Allen qu’il avait remarqué dans American College de John Landis (1977) : « Je l’imaginais depuis longtemps comme l’une des héroïnes des Indiana Jones, confirme Spielberg. C’était ma favorite, elle avait du caractère et était fougueuse comme les femmes des années 30. Elle avait quelque chose d’Irene Dunne et de Carole Lombard. Elle était idéale. » Un personnage emblématique qu’elle retrouvera dans Indiana Jones et le royaume du crâne de cristal (2008).
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Cœur d'Egypte
Le second allié d’Indiana Jones est Sallah, terrassier égyptien engagé par les nazis pour creuser le site de Tanis supposé abriter l’Arche d’Alliance. Vieil ami d’Indiana, il lui vient en aide à plusieurs reprises et l’aide à découvrir la sainte relique. Il est de retour dans La dernière croisade afin d’apporter son soutien à Indiana Jones et son père dans leur quête du Graal : « J’ai proposé le rôle à Danny DeVito qui était très enthousiaste explique Steven Spielberg, mais il ne pouvait assumer à la fois le film et les tournages de sa série Taxi (1978-1983). C’est alors que j’ai vu la série Shogun (1980) dans laquelle j’ai découvert John Rhys-Davies. Il m’a rappelé le personnage de Sir John Falstaff. Une voix profonde, beaucoup d’humour. Je savais que je tenais Sallah. »
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Seconds couteaux 
Un bon héros se reconnaît à la qualité de ses partenaires et de ses méchants. Pour le rival d’Indiana Jones, le docteur René Belloq, Spielberg arrête son choix sur l’acteur anglais Paul Freeman. Bien qu’il meure à la fin du film, il devait apparaître dans Indiana Jones et le temple maudit (1984) dont l’action se situe avec les évènements relatés dans les Aventuriers. Une participation qui ne se fera pas suite à divers changements scénaristiques. Cependant Paul Freeman renouera avec le monde d’Indiana par le biais des Aventures du jeune Indiana Jones lors de deux épisodes (1x03 et 2x11) sous les traits de Frederick Selous.
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Le major Arnold Toht, nazi sadique traquant Indiana Jones, est incarné par Ronald Lacey. Comédien spécialisé dans le cinéma de genre, il avait décidé d’abandonner une carrière qui peinait à décoller lorsqu’il fut engagé sur le film. Steven Spielberg souhaitait que Toht porte un bras mécanique, ce que refusa George Lucas craignant que cela ne donne un aspect trop science-fiction. A noter qu’il fait un caméo sur La dernière croisade dans le rôle – non crédité – d’Heinrich Himmler.
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Aides de camp 
N’oublions pas Marcus Brody, campé par l’impeccable Denholm Elliott : « J’ai toujours adoré Denholm Elliott, confie Steven Spielberg. Il amenait la chaleur d’un père, c’était comme le conseiller d’Indiana. Celui qui dit « Sois prudent », la voix de la raison, la voix de la réflexion. Il est beaucoup plus paranoïaque qu’Indy. » A l’instar de Sallah, Marcus Brody est de retour dans La dernière croisade où il devient un élément comique efficace et percutant.
Enfin citons Alfred Molina, qui débutait ici une carrière jalonnée de succès (Spider-man 2, Da Vinci Code, Ladyhawk) dans la peau du guide d’Indiana, Satipo, dont le dos est recouvert de tarentules, avant de finir le corps transpercé par un piège mortel.
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Devenir Indiana Jones
Indiana Jones n’est pas seulement un héros intrépide, c’est aussi un costume devenu aussi célèbre que son porteur : « La tenue d’Indiana, la veste en cuir, le chapeau – un Fedora – et le fouet viennent d’un dessin préparatoire de Jim Steranko inspiré des serials des années 30, explique Spielberg. En fait nous avions le costume d’Indiana Jones avant même d’avoir l’interprète. Deborah Nadoolman, la costumière, a peaufiné tous les éléments. Elle les a assouplis, vieillis et adaptés à Harrison Ford afin que l’ensemble soit en parfaite adéquation. » Et Deborah Nadoolman d’ajouter : « Le costume doit totalement épouser le personnage pour que le public y croit. Harrison devait être crédible dans le rôle héroïque et invraisemblable de cet archéologue brillant et truculent. Nous devions donner l’impression que sa tenue était comme une seconde peau. Le fait est qu’il s’agissait d’une veste en cuir neuve que j’ai vieilli à la main. Quant au chapeau, il fallait qu’il soit unique, mais qu’il ressemble à tous les chapeaux. Il fallait qu’on reconnaisse immédiatement sa silhouette. Il y avait un grand chapelier en Angleterre, Herbert Johnson, qui avait un chapeau aux bords larges, mais dont le fond était trop haut. Reste qu’après deux essayages, nous avions le chapeau d’Indiana que nous avons évidemment vieilli à son tour. »
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D’un plateau à l’autre
La longue gestation achevée, Steven Spielberg donne le coup d’envoi du tournage le 23 juin 1980 à La Rochelle en France. Ne pouvant bâtir le sous-marin nazi vu lors du final faute de budget, il y loue celui construit pour le film Das Boot de Wolfgang Petersen (1981). Puis le tournage prend ses quartiers au studio Elstree, au nord de Londres, qui avait déjà accueilli Star Wars. C’est là que sont tournés la scène d’ouverture, celle située dans le bar de Marion, et les intérieurs du temple égyptien sur les piliers duquel nous pouvons voir un hiéroglyphe de R2D2 et C3PO, héros de Star Wars
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Pour cette séquence, plus de 9000 serpents furent utilisés plus une poignée de cobras extrêmement dangereux. Pour Harrison Ford, et contrairement à son alter-ego, cette scène ne posa aucun problème : « Je n’ai pas peur des serpents, ni des insectes ou des rats d’ailleurs. Cette séquence a angoissé pas mal de gens, mais pas moi. Dans le fameux plan où je suis face à un cobra, on distingue à peine le reflet de la vitre qui était entre nous. Ils avaient pris beaucoup de précautions, ce qui était une bonne chose étant donné qu’il me cracha du venin dessus, heureusement depuis l’autre côté de la vitre. »
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Un air de famille
La suite du tournage entraîne l’équipe en Tunisie où sont réalisés l’ensemble des plans extérieurs, non loin du site où fut tourné Star Wars. Ainsi le canyon dans lequel se trouve l’Arche est celui où R2D2 est emmené par les Jawas. Pour les scènes du Caire, c’est la ville de Kairouan, au centre de la Tunisie et dont le nom signifie « Petit Caire », qui est choisie. Pour l’occasion, 300 antennes de télévisions furent démontées pour le plan panoramique de la ville afin de préserver l’authenticité historique des années 30, l’aide de l’informatique n’étant pas une option à l’époque. Le tournage tunisien fut un calvaire pour toute l’équipe : « C’était irrespirable et étouffant, relate Spielberg. Tout le monde tombait malade sauf moi car j’avais des boîtes de conserve que je mangeais sans même les réchauffer. Par exemple lors de la scène où Indiana fait face à l’homme au sabre avant de lui tirer dessus, Harrison avait très mal au ventre et il s’enferma aux toilettes sitôt le « coupez » prononcé ! Initialement le tournage était prévu sur six semaines, mais nous étions tellement mal à l’aise que nous avons tout fait en quatre et demi ! »
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Tambour battant 
La poursuite en camion reste l’un des instants de bravoure du film. Et pourtant elle n’est pas directement l’œuvre de Steven Spielberg qui en donna la réalisation à Michael Moore, réalisateur de la seconde équipe : « Je n’avais pas encore fait beaucoup de films et je n’avais jamais autant délaissé une seconde équipe, se souvient Spielberg. J’ai confié la poursuite à Michael Moore en qui j’avais une confiance totale, et grâce aux story-boards, il avait une vue précise de ce que je voulais. Il l’a respecté non sans y ajouter des plans qui font qu’elle est aujourd’hui un grand moment de cinéma. »
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Enfin la scène finale, qui voit des esprits vengeurs s’échapper de l’Arche d’Alliance, fut une première pour les comédiens qui devaient jouer « dans le vide » en suivant les directives de Spielberg leur disant quoi faire et comment réagir en s’appuyant sur le story-board très précis de la séquence. Etant donné que les effets spéciaux n’étaient pas aussi performants qu’aujourd’hui – les fantômes sont des images en surimpressions d’acteurs filmés dans une piscine – ce n’est qu’au moment de la projection du film que l’ensemble du casting a pu découvrir le résultat pour le moins gore (tête qui explose, corps qui fondent).
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Avec plus de 384 millions de dollars de recette au box-office, Les aventuriers de l’Arche Perdue s’impose comme un immense succès public et critique. La suite appartient à la légende puisque Indiana Jones est devenu l’icône fondatrice de tout un genre et le héros de quatre films, sans oublier les romans, jeux vidéo, attractions, jouets et autres produits dérivés. Mention spéciale à la partition de l’incontournable John Williams dont la Raiders March reste un des morceaux les plus emblématiques du 7ème art. Et George Lucas de conclure : « C’est une de ces rares occasions où le scénario et le film ont dépassé nos attentes. Tout a trouvé sa place et c’était fantastique. »
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Guide de Lecture

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