dimanche 20 septembre 2009

Alien, le huitième passager du 7ème art - Part 2/6

En plus de vingt ans, la tétralogie des Alien a prouvé qu’il était possible de faire des films intemporels mais ancrés dans une réalité connue de tous. Révolutionnant la science-fiction en brisant les barrières d’une représentation du genre par trop souvent aseptisée, elle s’impose comme une œuvre majeure et indispensable du cinéma. Voyage au cœur d’une légende.
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Prisonnier de sa réussite
En comparaison des productions hollywoodiennes actuelles, les deux Alien sont des films à petit budget. Mais la réussite financière internationale d’ Aliens, à laquelle il convient d’ajouter les recettes générées par les produits dérivés (comics, t-shirt, jeux vidéo et autres figurines), permettent aux investisseurs d’envisager sereinement le troisième épisode. La première mouture du scénario est écrite dès 1987, pour un film qui ne verra pas le jour avant 1992 ! Soit cinq années durant lesquelles scénaristes (Vincent Ward, Eric Red, David Twohy) et réalisateurs (Ridley Scott, James Cameron, Renny Harlin) se succéderont pour une dépense estimée à 13 millions de dollars (pour mémoire, Aliens n’avait coûté que seize millions de dollars et Alien moitié moins !) David Giler, Walter Hill et Larry Fergusson finiront par rédiger un scénario bâtard, puisque empruntant des détails dans les différentes versions écrites jusqu’alors (du script de William Gibson, on ne retiendra par exemple que les codes barres tatoués.) La réalisation est confiée à un jeu clippeur de 27 ans, David Fincher, qui apporte un univers graphique personnel, en totale opposition quant aux attentes des producteurs. S’en suit une lutte âpre où chacune des parties en présence souhaite voir triompher son point de vue. Alien 3 est un gouffre financier, et ce qui faisait jusqu’ici la spécificité de la série, devient un poids mort bien difficile à porter.
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La fin d’un monde
Dans un prologue rapidement expédié, nous apprenons que tous les protagonistes survivants d’Aliens sont morts, à l’exception de Ripley, des suites de l’écrasement de la capsule de sauvetage sur Fiorina 51, une planète pénitentiaire abritant la lie du cosmos. Contrainte de partager la vie des détenus, Ripley se voit confrontée à deux menaces : ses colocataires et un alien aux pulsions plus animales puisque né d’un chien. Une fois encore, la thématique sexuelle trouve ici une formidable tribune. Entourée uniquement d’hommes, Ripley doit se résoudre à quelques concessions (comme se raser la tête) si elle veut être acceptée. Pour la première fois de la saga, elle se comporte en femme en ayant des rapports intimes avec le docteur Clemens (dans Aliens, la relation qu’elle entretient avec Hicks est empreinte d’une forte connotation sexuelle mais reste platonique.) Si l’explication qui nous est donnée est quelque peu tirée par les cheveux (voilà bien longtemps qu’elle n’a pas connu les bonheurs d’une étreinte physique), la fin du film nous ramène inévitablement à la problématique centrale.
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La mère du monstre
Ainsi Ripley est « enceinte » d’une Reine Alien, un symbole d’autant plus important au regard des films précédents. Dans Aliens, elle tue la Reine Mère prenant sa place dans la hiérarchie (comme dans toutes tribus primitives) pour finalement s’apprêter à donner la vie à une nouvelle Reine, entraînant sa propre mort. En outre, la présence de ce rapport avec Clemens laisse planer le doute quant au « père », et confirme l’idée de l’alien comme Maladie Sexuellement Transmissible, virus insidieux qui conduit invariablement à la mort. S’ajoute le face à face attendu entre Ripley et le monstre, ce dernier refusant de la tuer afin de protéger la survie de son espèce. Dès lors, cette double paternité est le fruit d’un travail débuté dans le premier épisode et qui trouve ici un dénouement funeste. Nous comprenons mieux la réaction de Clemens qui vient au secours de Ripley, sur le point d’être violée par les détenus : Il veut pour lui seule la perle rare, autrement dit la Femme. Mais lors du final, c’est bien cette même femme qui prouve qu’elle est la seule à choisir sa destinée, préférant mourir que de laisser l’homme lui dicter sa route.
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En cela, elle devient ce qu’elle combat depuis le début. Référence évidente à Kane dans Alien, premier humain à périr après avoir « mis au monde » un alien, le sucide de Ripley marque son ascension au niveau supérieur de l’espèce. Tout comme l’homme, elle peut « enfanter » un monstre. Mais pas n’importe lequel, le plus majestueux d’entre eux, une Reine, autrement dit une Femme Dominante. Et tout comme les aliens, elle est désormais Femme et Homme, Guerrière et Mère bienveillante, la Créature et son géniteur : Une Prométhée post-moderne.
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La résurrection manquée
Alien 3 fut un échec commercial, remboursant tout juste les investissements consentis. Cela n’empêche pas l’annonce qu’un quatrième Alien en 1997. Si Danny Boyle (Transpotting) est pressentit pour le réaliser, c’est à Jean-Pierre Jeunet que la production fera confiance. Auréolé du succès de La Cité des Enfants Perdus, la Fox espère retrouver avec lui toute la fougue innovatrice, véritable marque de fabrique de la trilogie. Le scénario est signé Joss Whedon, créateur de Buffy. Si la série mettant en scène une tueuse de vampire à peine sortie de l’adolescence remporte un franc succès, les fans de la saga l’attendent au tournant. Premier choc, Ripley est de retour (d’où le titre Alien Resurrection) plus de 200 ans après les évènements relatés dans Alien 3. Des scientifiques l’ont recréés, à partir d’un échantillon d’ADN, dans l’espoir de récupérer son « bébé ». Bien que le postulat de départ puisse nous faire craindre le pire, la suite confirme nos inquiétudes. Contrairement aux autres opus, les personnages sont réduits à des caricatures grotesques auxquels le spectateur ne s’identifie pas une seconde, mais ce n’est pas là le plus grave.
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Horreur burlesque
Si le film enchaîne joyeusement les scènes gore (crânes écrasés, visages rongés par l’acide, cervelle baladeuse), il accumule les invraisemblances au point d’égratigner plus de 18 ans de mythe ! A l’image de cette scène où l’on voit deux aliens en tuer un autre pour s’échapper en creusant un trou dans le sol à l’aide du sang-acide. Une aberration lorsque nous voyons les dégâts causés au Nostromo dans Alien avec seulement quelques gouttes de ce même sang ! Ou encore cette absurdité temporelle qui veut que le film se passe quasiment en temps réel dès lors que l’alarme est donnée. Résultat, en moins d’une heure, les aliens sont capables de construire un nid complexe en sous-sol, une salle de ponte qui fait office de guet-apens et surtout la Reine Mère, ne pondant jusqu’ici que des œufs, peut subitement mettre au monde un alien nouvelle génération, au design burlesque de surcroît !
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Sans oublier la scène où Christie (Gary Dourdan), qui vient de recevoir un jet d’acide en plein visage et à bout portant, trouve les ressources nécessaires pour discuter durant de longues minutes avant de se sacrifier (rappelez-vous le nombre de marines morts ou sérieusement blessés en quelques secondes de ce même jet dans Aliens !) Ce ne sont là que des exemples. Nous aurions pu citer la séquence nous montrant une Ripley possédant deux mots de vocabulaire mais capable de faire une phrase construite lors du plan suivant ou encore la confrontation finale où elle s’adresse au New Born, sur le point d’achever Annalee Call (Winona Rider), avec le ton d’une mère surprenant son enfant en flagrant délit. Autant de détails qui perturbent la vision d’un film qui tente par ailleurs désespérément de se raccrocher à la thématique originelle.
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La nouvelle vague
Si le film de Jeunet n’est pas un ratage complet (visuellement c’est une petite merveille s’offrant le luxe de traits d’humour souvent bienvenus), il souffre de la comparaison avec les autres épisodes de la saga. Nous y retrouvons pourtant, de manière diffuse, les éléments indissociables de tout Alien. Ainsi, Ripley est bien devenue ce qui n’était que suggéré précédemment, à savoir un être à l’exacte frontière entre l’Homme et l’Alien. Alien Ressurection revient donc sur la problématique de la femme. Ici encore, les autres femmes qui entourent Ripley sont un androïde (donc une machine malléable, « programmée pour être une conne ») et le modèle de la femme soumise présente dans tous les chapitres (Hillard), Ripley restant la seule garante de l’intégrité féminine. Mais elle n’est plus la même. Ses rapports avec les Hommes sont maintenant plus conflictuels, ces derniers voyant en elle une menace tout aussi tangible que les aliens eux-mêmes. A l’inverse, les aliens la traitent comme une femme accomplie et libérée, au sens le plus érotique du terme. Pour preuve cette scène nous montrant Ripley ayant une relation plus que charnelle avec l’un d’eux (à noter que cette séquence est amputée parce que jugée trop explicite.) Les aliens la craignent, l’admirent et la protègent, voyant en elle la prochaine évolution. Au final, le film ne nous apprend rien que nous ne savions déjà : Ripley est le chaînon manquant entre l’humain et l’alien, la survie des deux races passant par cette Femme Dominante.
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La créature sur le trône
Si la tétralogie aurait pu se contenter de rester trilogie, Alien Resurrestion trouve sa justification dans la confirmation manifeste du discours sous-entendu dans les trois autres films. Preuve que cet Alien va néanmoins à l’encontre du reste de la série, c’est celui qui a remporté le plus grand succès public, hors les Alien n’ont jamais été conçus comme des blockbusters, du moins jusqu’au quatrième. Quoiqu’il en soit cet univers hybride, mais cohérent de bout en bout, s’inscrit comme une référence incontournable que beaucoup considèrent comme « culte » sans vraiment savoir pourquoi, son statut auprès du public étant bien loin des canons classiques de la catégorie que sont les Parrains et autres Star Wars. Finalement, nous pouvons nous demander si ce n’est pas la créature elle-même qui est l’objet de ce culte (à l’instar de Predator). Mais les Alien possèdent une identité propre. Tout à la fois films d’horreur, thrillers psychologiques, films de science-fiction, œuvres d’auteurs ou cinéma d’action, ils sont des monuments inclassables et uniques. De part la qualité de leur conception graphique et des choix politiques et sociaux imposant la femme comme avenir de l’homme, la montrant tour à tour sauvage et protectrice, ils témoignent de l’évolution de la pensée dans un monde où les préjugés et les archaïsmes ont la vie dure. Vingt ans plus tard, la route vers ce nouvel âge est encore longue, sinueuse et délicate, d’autant que comme le disait l’affiche du premier film : « Dans l’espace profond, personne ne vous entend hurler. »

3 commentaires:

  1. A noter que l'alien qui nait d'un chien dans Alien 3 n'apparait que dans la version courte (sortie au cinéma), puisque dans la version directo's cut l'alien s'échappe d'un "bœuf". Film à voir certainement dans cette seconde version tant le scénario s'en trouve remanié (sans parler de toutes les "brides" que Fincher a dû subir...)

    L'analogie avec les prises de pouvoir dans les tribus est osée mais intéressante. De même que l'interprétation du père via Clemens. L'alien "métaphorisé" en maladie sexuellement transmissible semble poussif au premier abord mais donne finalement à réfléchir.

    C'est peut être un oubli de ma part n'ayant pas vu les films depuis un moment, mais il ne me semblais pas que Clemens vennait au secours de Rippley lors de l'agression/tentative de viol... en revanche il le fait en de nombreuses autres circonstances.

    S'agissant de la conclusion d'un des paragraphes évoquant la prise du pouvoir de Rypley sur l'homme (que ce soit Clemens en tant que "mari" ou que ce soit tout homme en société), je me permettrais une simple question : est ce l'homme ou...la société qui lui dicte sa route ?

    Certes Alien 4 est sans doute un film controversé (voir raté pour tout dire) mais le critiquer sur ses incohérences n'est pas peut être pas l'axe d'attaque le plus pertinent sachant les nombreuses incohérence présentes dans toute la saga Alien ainsi que dans de nombreux films de SF...
    On pourrait d'ailleurs rajouter le clonage de Ripley à partir de sang consevé... autant je peux concevoir que l'on reproduise un être à partir de son ADN, autant je suis dubitatif sur le fait de reproduire un être avec ce qu'il a mangé au dernier repas... Bien que les ADN aliens et humains soient mêlés, celà semble plus recourir de la magie que de la SF que de les dissocier pour en faire 2 êtres distincts tels qu'ils sont montrés à l'écran ??

    En revanche, d'autres axes m'ont semblés très pertinents et m'ont permis de comprendre certains aspects qui me déplaisait dans ce film.

    "Programmé pour être conne" était ironique dans le film puisque l'androïde voulait sauver l'humanité... De surcroit, c'est un androïde qui se rebelle...donc peut malléable.
    D'où mes remarques sur le manque de pertinence, parfois, de l'approche féministe. Néanmoins ce film ne fait honneur ni à la femme ni au rôle féminin, bien d'accord sur ce point.
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  2. Il est vrai que l'acide est corrosif et peut s'attaquer à nombre de métaux. Néanmoins lorsque l'on connait sa composition chimique on comprend qu'il ne peut s'attaquer à toute matière.

    Néanmoins :

    "un acide est inopérant sur certains matériaux comme le verre, or une séquence du film Alien, la résurrection montre que ce sang (en fait celui du clone de Ripley) est capable d'attaquer un hublot de vaisseau. Il est donc possible qu'en plus d'un acide, le sang des aliens comporte également d'autres composants comme des enzymes ou des radicaux libres, dont l'action renforcerait l'aspect corrosif de leur sang"
    (source : wikipédia)
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  3. Thomas DebelleFeb 20, 2010 05:18 AM
    Je trouve tes commentaires très intéressants en ce sens qu'ils ont le mérite d'apporter une autre approche/vision de la question.

    Avec le temps, bizarrement, Alien 4 me gêne moins ... même si du moment que je vois des Alien, mon jugement en est un peu altéré (les deux AVP par exemple ne me dérange pas, sans pour autant que je les considère comme des bons films. Mais revoir une reine en mouvement (dans AVP 1), juste pour cette séquence, j'aime le film ;p)

    Encore une fois merci de tes commentaires, et en particulier ceux-là qui sont développés et intéressants :D
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