En plus de vingt ans, la tétralogie des Alien a prouvé qu’il était possible de faire des films intemporels mais ancrés dans une réalité connue de tous. Révolutionnant la science-fiction en brisant les barrières d’une représentation du genre par trop souvent aseptisée, elle s’impose comme une œuvre majeure et indispensable du cinéma. Voyage au cœur d’une légende.
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En comparaison des productions hollywoodiennes actuelles, les deux Alien sont des films à petit budget. Mais la réussite financière internationale d’ Aliens, à laquelle il convient d’ajouter les recettes générées par les produits dérivés (comics, t-shirt, jeux vidéo et autres figurines), permettent aux investisseurs d’envisager sereinement le troisième épisode. La première mouture du scénario est écrite dès 1987, pour un film qui ne verra pas le jour avant 1992 ! Soit cinq années durant lesquelles scénaristes (Vincent Ward, Eric Red, David Twohy) et réalisateurs (Ridley Scott, James Cameron, Renny Harlin) se succéderont pour une dépense estimée à 13 millions de dollars (pour mémoire, Aliens n’avait coûté que seize millions de dollars et Alien moitié moins !) David Giler, Walter Hill et Larry Fergusson finiront par rédiger un scénario bâtard, puisque empruntant des détails dans les différentes versions écrites jusqu’alors (du script de William Gibson, on ne retiendra par exemple que les codes barres tatoués.) La réalisation est confiée à un jeu clippeur de 27 ans, David Fincher, qui apporte un univers graphique personnel, en totale opposition quant aux attentes des producteurs. S’en suit une lutte âpre où chacune des parties en présence souhaite voir triompher son point de vue. Alien 3 est un gouffre financier, et ce qui faisait jusqu’ici la spécificité de la série, devient un poids mort bien difficile à porter.
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La fin d’un monde
Dans un prologue rapidement expédié, nous apprenons que tous les protagonistes survivants d’Aliens sont morts, à l’exception de Ripley, des suites de l’écrasement de la capsule de sauvetage sur Fiorina 51, une planète pénitentiaire abritant la lie du cosmos. Contrainte de partager la vie des détenus, Ripley se voit confrontée à deux menaces : ses colocataires et un alien aux pulsions plus animales puisque né d’un chien. Une fois encore, la thématique sexuelle trouve ici une formidable tribune. Entourée uniquement d’hommes, Ripley doit se résoudre à quelques concessions (comme se raser la tête) si elle veut être acceptée. Pour la première fois de la saga, elle se comporte en femme en ayant des rapports intimes avec le docteur Clemens (dans Aliens, la relation qu’elle entretient avec Hicks est empreinte d’une forte connotation sexuelle mais reste platonique.) Si l’explication qui nous est donnée est quelque peu tirée par les cheveux (voilà bien longtemps qu’elle n’a pas connu les bonheurs d’une étreinte physique), la fin du film nous ramène inévitablement à la problématique centrale.
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La mère du monstre Ainsi Ripley est « enceinte » d’une Reine Alien, un symbole d’autant plus important au regard des films précédents. Dans Aliens, elle tue
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Alien 3 fut un échec commercial, remboursant tout juste les investissements consentis. Cela n’empêche pas l’annonce qu’un quatrième Alien en 1997. Si Danny Boyle (Transpotting) est pressentit pour le réaliser, c’est à Jean-Pierre Jeunet que la production fera confiance. Auréolé du succès de
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Horreur burlesqueSi le film enchaîne joyeusement les scènes gore (crânes écrasés, visages rongés par l’acide, cervelle baladeuse), il accumule les invraisemblances au point d’égratigner plus de 18 ans de mythe ! A l’image de cette scène où l’on voit deux aliens en tuer un autre pour s’échapper en creusant un trou dans le sol à l’aide du sang-acide. Une aberration lorsque nous voyons les dégâts causés au Nostromo dans Alien avec seulement quelques gouttes de ce même sang ! Ou encore cette absurdité temporelle qui veut que le film se passe quasiment en temps réel dès lors que l’alarme est donnée. Résultat, en moins d’une heure, les aliens sont capables de construire un nid complexe en sous-sol, une salle de ponte qui fait office de guet-apens et surtout
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Si le film de Jeunet n’est pas un ratage complet (visuellement c’est une petite merveille s’offrant le luxe de traits d’humour souvent bienvenus), il souffre de la comparaison avec les autres épisodes de la saga. Nous y retrouvons pourtant, de manière diffuse, les éléments indissociables de tout Alien. Ainsi, Ripley est bien devenue ce qui n’était que suggéré précédemment, à savoir un être à l’exacte frontière entre l’Homme et l’Alien. Alien Ressurection revient donc sur la problématique de la femme. Ici encore, les autres femmes qui entourent Ripley sont un androïde (donc une machine malléable, « programmée pour être une conne ») et le modèle de la femme soumise présente dans tous les chapitres (Hillard), Ripley restant la seule garante de l’intégrité féminine. Mais elle n’est plus la même. Ses rapports avec les Hommes sont maintenant plus conflictuels, ces derniers voyant en elle une menace tout aussi tangible que les aliens eux-mêmes. A l’inverse, les aliens la traitent comme une femme accomplie et libérée, au sens le plus érotique du terme. Pour preuve cette scène nous montrant Ripley ayant une relation plus que charnelle avec l’un d’eux (à noter que cette séquence est amputée parce que jugée trop explicite.) Les aliens la craignent, l’admirent et la protègent, voyant en elle la prochaine évolution. Au final, le film ne nous apprend rien que nous ne savions déjà : Ripley est le chaînon manquant entre l’humain et l’alien, la survie des deux races passant par cette Femme Dominante.
Si la tétralogie aurait pu se contenter de rester trilogie, Alien Resurrestion trouve sa justification dans la confirmation manifeste du discours sous-entendu dans les trois autres films. Preuve que cet Alien va néanmoins à l’encontre du reste de la série, c’est celui qui a remporté le plus grand succès public, hors les Alien n’ont jamais été conçus comme des blockbusters, du moins jusqu’au quatrième. Quoiqu’il en soit cet univers hybride, mais cohérent de bout en bout, s’inscrit comme une référence incontournable que beaucoup considèrent comme « culte » sans vraiment savoir pourquoi, son statut auprès du public étant bien loin des canons classiques de la catégorie que sont les Parrains et autres Star Wars. Finalement, nous pouvons nous demander si ce n’est pas la créature elle-même qui est l’objet de ce culte (à l’instar de Predator). Mais les Alien possèdent une identité propre. Tout à la fois films d’horreur, thrillers psychologiques, films de science-fiction, œuvres d’auteurs ou cinéma d’action, ils sont des monuments inclassables et uniques. De part la qualité de leur conception graphique et des choix politiques et sociaux imposant la femme comme avenir de l’homme, la montrant tour à tour sauvage et protectrice, ils témoignent de l’évolution de la pensée dans un monde où les préjugés et les archaïsmes ont la vie dure. Vingt ans plus tard, la route vers ce nouvel âge est encore longue, sinueuse et délicate, d’autant que comme le disait l’affiche du premier film : « Dans l’espace profond, personne ne vous entend hurler. »





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