dimanche 30 août 2009

Frankenstein, le Prométhée post-moderne

De tous les monstres qui peuplent le cinéma fantastique, Frankenstein est l’un des rares à bénéficier d’une quantité astronomique d’adaptations, qu’elles soient fidèles ou parodiques. Et si pour beaucoup il est un benêt tout juste bon à servir de faire-valoir dans d’obscures productions ineptes (dont la majorité sont italiennes), l’heure est venue de replonger aux origines du mythe, là où sommeille la Créature.
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Après deux siècles d’histoire, Frankenstein continue de nourrir les fantasmes, les angoisses et l’imaginaire (pas toujours fertile) des auteurs hollywoodiens. Tout à la fois monstre terrifiant et héros victime d’un rêve de fou, la créature de Frankenstein témoigne de cette volonté, propre à l’homme, de vouloir égaler les Dieux en atteignant l’immortalité. A ce titre Mary W. Shelley, auteur de l’œuvre originale, baptise son livre Frankenstein ou le Prométhée Moderne, référence évidente au personnage mythologique qui déroba le feu du ciel dans l’espoir de recréer la vie.
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Dans les conditions « que l’on sait » puisque trois films en témoignent (Gothic de Ken Russell (1986), Haunted Summer d’Ivan Passer (1988) et Rowing in the Wind de Gonzalo Suarez (1988)), c’est dans la nuit du 16 juin 1816 que les poètes Lord Byron et Percy Shelley entament avec leurs compagnes, Claire et Mary, un concours d'histoires macabres. Mary, âgée de 19 ans, raconte l'histoire du docteur Frankenstein. Dans les jours qui suivent, et après que la jeune fille eut passé quelques nuits très agitées, le récit prend forme avant d’être publié deux ans plus tard, devenant l'un des grands mythes de l'occident contemporain et une mine intarissable pour les scénaristes du septième Art.
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La Chair et le Sang
Tout commence tandis que Robert Walton recueille à bord de son navire un docteur Victor Frankenstein éreinté, lancé sur les traces d’un être abominable. Dans le cadre de ses recherches, il a crée de toutes pièces une entité en récupérant des parties de corps humains dans des charniers ou des salles de dissection. Mais lorsqu’il lui donna le souffle de vie, terrifié de sa propre création, il prend la fuite en la laissant seule et libre de partir. Plus tard, une lettre de son père lui apprend que son frère, William, vient de mourir étranglé par un monstre. Lors d’un premier face-à-face, ce dernier lui explique toute l’horreur de sa situation. Pourchassé, rejeté et traqué depuis sa « naissance », il n’a d’autre choix que de se terrer dans les montagnes comme une bête. Jugeant le savant comme responsable de son infortune, il lui demande de créer un être femelle afin qu’elle partage sa vie et qu’ils puissent, tous deux, vivre paisiblement dans un endroit reclus. En cas de refus, il tuera encore et s’en prendra à sa fiancée ! Si dans un premier temps Victor Frankenstein, bien que réticent, accepte le marché, il ne peut se résoudre à mener à bien cette tâche et préfère détruire son travail. Fou de rage, la créature met ses menaces à exécution et assassine la fiancée de son créateur. Dès lors le savant ne souhaite plus qu’une chose : Détruire son œuvre. Nous revenons alors au début du récit où, épuisé de cette chasse effrénée, le savant meurt. Le monstre, conscient que cette mort est synonyme de solitude éternelle, dresse un bûcher dans lequel il s’allonge pour que disparaisse toute trace de son existence.
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Raison et Sentiments
Inspiré de la vie de Konrad Dippel, alchimiste allemand du 18ème siècle, ce roman fait preuve d’un romantisme et d’une humanité souvent absente des diverses adaptations qui verront le jour sur grand écran. Pourtant, c’est bien grâce à cette surexposition médiatique que le monstre de Frankenstein conserve sa place de légende, occultant son créateur au point de lui usurper son patronyme. En effet la créature ne porte pas de nom, et si pour la majeure partie du public elle est « Frankenstein », Mary Shelley ne lui donne rien de plus que la douleur de vivre. Bien plus qu’un simple roman d’épouvante, Frankenstein traite d’amour et de haine, présentant des points de vue éclairés sur la condition humaine, la place de chacun et le regard que nous portons sur ceux qui sont différents. « Donnez-moi le bonheur et je redeviendrai vertueux » déclare la créature comme pour rappeler qu’elle est avant tout une victime plus qu’un bourreau.
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Renaissance
Réalisé en 1910 par J. Searle Dawley (et produit par Thomas Edison), le premier Frankenstein profite d’une durée de 16 minutes pour reprendre les grandes lignes du roman, suivi en 1915 de Life Without Soul de Joseph W. Smiley.
En 1931, Tod Browning rencontre un succès phénoménal avec son Dracula et persuade Universal du potentiel des films d’épouvante mettant en scène les figures emblématiques du genre. Sans perdre de temps, ils commandent à Robert Florey un « Frankenstein », et confient le rôle titre à Bela Lugosi qui vient de se faire les dents sur la cape du vampire. 21 minutes seront ainsi tournées à perte, puisque James Whale (réalisateur) et Boris Karloff (dans la peau du monstre) prendront la relève, aboutissant au film que nous connaissons.
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L’enfance de l’art
Henry Frankenstein (et non Victor, allez savoir pourquoi !?) et son assistant difforme Fritz déterre un corps avec pour objectif de lui redonner vie. Si l’expérience est une réussite, le docteur accepte d’annihiler sa création sous la pression de son entourage. Mais celle-ci parvient à s’enfuir et fait quelques victimes avant de périr brûler dans l’incendie d’un moulin allumé par des villageois furibonds. Si la trame générale ne suit pas à la lettre les écrits de Shelley, cette vision du mythe est la plus fidèle à ce jour. James Whale tente d’expliquer les exactions du monstre en le dotant d’un cerveau anormal, en faisant de lui le souffre-douleur de Fritz ou encore en exposant son ignorance du bien et du mal (il jette une petite fille dans l’étang après y avoir jeté des fleurs). Ces éléments combinés à l’interprétation remarquable de Karloff apportent au film une dimension humaine étonnante et d’une justesse incroyable.
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Après Frankenstein (1931), le tandem Whale/Karloff revient au laboratoire pour La Fiancée de Frankenstein (The Bride of Frankenstein – 1935). Ressuscité, la créature tente de vivre au milieu des hommes avant de trouver refuge chez un vieil ermite aveugle. Le docteur Frankenstein, éprouvant plus de sympathie à l’égard de sa création, est réhabilité dans le rôle du gentil, tandis que le Dr. Pretorius devient le méchant en tentant d’utiliser la découverte de son confrère. Ils créent une « femelle » pour le monstre dans l’espoir d’adoucir sa peine, mais cette dernière le repousse lorsqu’elle découvre son aspect. Une œuvre plus riche dans son contenu scénaristique, social et sentimental, qui parvient à conserver toute la poésie du premier opus.
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Frankenstein Family
Désormais assuré de la manne financière représentée par ce type de projets, Universal entreprend une politique pour le moins discutable, faisant de ses emblèmes des bêtes de foire qu’il convient de sortir en toutes occasions. En 1939, Boris Karloff endosse pour la troisième fois le personnage du monstre dans Le Fils de Frankenstein (Son of Frankenstein) de Rowland V. Lee. Il y retrouve Bela Lugosi dans le rôle d’Ygor, un bossu condamné à la potence mais ayant survécu et qui parvient à convaincre le descendant du docteur Frankenstein (Basil Rathbone) de redonner vie au monstre. Il espère ainsi se venger de ceux qui l’avaient jugé. Puis vient Le Spectre de Frankenstein (Ghost of Frankenstein - 1942) de Eric C. Kenton, dans lequel Karloff cède sa place à Lon Chaney Jr. révélé l’année précédente par The Wolf Man. Cette production marque le début d’un cycle de cinq films douteux (même si tous possèdent un charme évident), et dont l’apothéose sera atteint avec le navrant et parodique Deux Nigauds contre Frankenstein (Abbott et Costello Meet Frankenstein), qui mettra un terme à la série d’Universal en 1948.
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FrankenHammer
Il faudra attendre 10 ans, et l’avènement de la Hammer Films, pour que le mythe retrouve ses lettres de noblesse. Délaissant le savant craintif et dévoré par la culpabilité des années 30, la Hammer nous présente un docteur Frankenstein combatif, vindicatif et revendiquant son génie créatif. Et c’est désormais sur ce personnage, plus que la créature elle-même, que vont se focaliser les films de la période anglaise. Peter Cushing prêtera six fois ses traits au docteur de Frankenstein s’est échappé (Curse of Frankenstein – 1957) à Frankenstein et le Monstre de l’Enfer (Frankenstein and the Monster from Hell – 1973), tandis que Terence Fisher se chargera de la réalisation de cinq d’entre eux.
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Gueule d'humain ?
Le monstre n’est plus le héros, mais le faire-valoir : Pitoyable et dépourvu de raison dans Frankenstein s’est échappé (1957), cerveau de nabot greffé dans un corps parfait qui peu à peu se dégrade dans La revanche de Frankenstein (Revenge of Frankenstein – 1958), créature prisonnière des glaces dans L’Empreinte de Frankenstein (Evil of Frankenstein – 1964), esprit d’un défunt transplanté dans un corps ivre de vengeance avec Frankenstein créa la femme (Frankenstein created woman – 1966), savant se réveillant dans le corps d’un autre pour Le Retour de Frankenstein (Frankenstein must be destroyed – 1969) ou artiste prisonnier d’un corps difforme dans Frankenstein et le Monstre de l’Enfer (1973). Si on peut regretter l’absence de continuité ou de lien direct avec l’œuvre de Shelley, la chartre graphique bouleverse les codes, tout en montrant clairement à l’image des organes, des membres coupés ou encore des cervelles baladeuses. De la gestion des couleurs (véritable marque de fabrique de la maison Hammer) à l’ambiance victorienne et gothique, la série gagne en puissance, en profondeur et en intérêt ce qu’elle perd de la poésie inhérente au noir et blanc.
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Réinventant l’horreur au sens propre, tout en apportant une approche aussi élégante et raffinée que les bobines des années 30, la Hammer renouvelle le mythe, et s’impose comme une institution rarement égalée depuis. Pourtant le public se lasse de ces aventures rocambolesques à répétition et dénigre peu à peu le genre, poussant inexorablement vers Hammer sur une voie dont elle ne reviendra pas.
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Le Mythe du Prométhée
Depuis sa création, la mythologie « Frankenstein » a su préserver la magie, le lyrisme et la force de l’œuvre originelle. Si la chute de la maison Hammer fit de la créature une sorte de pantin sans âme, utilisé à tort et à travers à chaque fois qu’un scénariste ou un réalisateur en mal d’inspiration ressentait le besoin de faire appel à la « star », quelques films sont parvenus à lui rendre hommage. C’est le cas de The Rocky Horror Picture Show (1975) qui transformait l’histoire en une comédie musicale déjantée et jubilatoire, offrant à Tim Curry un rôle mémorable. Idem pour Frankenstein Junior (Young Frankenstein - 1974), parodie référentielle de Mel Brooks qui réalise ici son chef d’œuvre. Hommage encore avec Frankenweenie de Tim Burton (1985), un court métrage en noir et blanc dans lequel un gamin de 10 ans tente de ramener son chien mort à la vie. Enfin Mary Shelley’s Frankenstein (1994) de Kenneth Branagh, produit par Francis Ford Coppola qui devait le tourner après Dracula (1992), et qui s’impose comme une lecture très fidèle (du moins dans le texte) du livre initial. A noter que la créature y était incarnée par Robert de Niro. Autant d’exemples qui prouvent qu’une légende, même vieille de bientôt 200 ans, peut conserver toute sa vigueur dès lors qu’elle aborde des thèmes universels.
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2 commentaires:

  1. Si le Plan 9 n'a pas offert de nouveauté rédactionnelle durant l'été, le design, la présentation et l'organisation du site a subit de très nombreuses modifications.

    Donnez votre avis sur ces changements et évolutions !!!!
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  2. Ahhh Frankenstein, oeuvre superbe, si poétique et mélancolique... suivra La Fiancée de Frankenstein qui figure dans mon top 10 de tous les temps ;)
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