dimanche 10 mai 2009

Les Vampires : la Bite Génération* 2 - Part 8/12

Remis au goût du jour grâce aux productions Hammer au début des années 60, le vampirisme connaît une période trouble au milieu des années 70, conduisant à une refonte totale du mythe et une approche inédite des enfants de la nuit.
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Inversement Tom Holland, à la fois réalisateur et scénariste, emprunte les couloirs du temps avec Vampire, vous avez dit vampire ? (1985), hommage à une époque révolue mais essentielle. Charley Brewster (William Ragsdale), fan des films d’horreur à la mode Hammer, a la surprise de voir un authentique vampire (Chris Sarandon) emménager dans la maison mitoyenne avec sa goule. Seul Peter Vincent (Roddy McDowall), présentateur télé ringard et chasseur de vampires par procuration, semble pouvoir lui venir en aide. L’équation se complique lorsque, comme le veut la coutume, la petite amie de Charley est le sosie de l’amour perdu de son dangereux voisin.
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Ode à l’âge d’or du genre, Vampire, vous avez dit vampire ? (1985) en réuni tous les poncifs, employant tous les codes et appliquant toutes les règles dans le domaine. Transformations animales, serviteurs dévoués, eau bénite, crucifix, pouvoir de séduction phénoménale, pieu dans le cœur, lumière du soleil, vierges soumises, décors grandiloquents, Van Helsing de pacotille et même scène de la discothèque incontournable dans les productions des années 70. Tout y est ! Pour autant rien n’est jamais lourd, débordant ou malvenu. Holland égrène méthodiquement les caractéristiques du mythe vampirique en prenant soin d’y inclure toutes les croyances accumulées au fil des siècles. Il en résulte un film efficace et soigné que nous ne saurions trop vous conseiller.
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Génération perdue ?
En pleine « Dracula Mania », la romancière Anne Rice propose une refonte totale de la mythologie à l’occasion de son livre Entretien avec un vampire (Interview with The Vampire – 1976) qui en redéfini intégralement l’approche et le traitement. Ce faisant elle allait lui offrir un bain de jouvence aussi inespéré que salvateur. Dix ans plus tard le cinéma connaît les prémices de cette révolution annoncée au travers de deux métrages. Génération Perdue (The Lost Boys – 1987) se focalise sur Michael Emerson (Jason Patric) qui voit sa vie basculer lorsqu’il fait la connaissance d’une bande de mauvais garçons dirigée par David (Kiefer Sutherland) se révélant être des vampires. Il est bien loin le temps du cercueil caché dans la cave, de la cape rouge et du château hanté. La nouvelle génération de buveurs de sang est pleinement ancrée dans son présent. Blousons noirs, motos vrombissantes et communauté soudée face à l’adversité, les vampires ne sont plus de simples créatures de la nuit arpentant les contes macabres pour enfants. Certes ils vivent reclus par soucis de sécurité, mais se mêlent désormais à la populace qui ne représente que du bétail qu’il faut tondre ou endoctriner. Réalisé par Joel Schumacher, Génération Perdue (1985) connu un franc succès grâce à une campagne publicitaire solide et une mise en scène volontairement référentielle.
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Aux frontières de l’aube
Ce ne fut pas le cas du méconnu Aux frontières de l’aube (Near Dark – 1987) de Kathryn Bigelow, petit budget dont le statut actuel de « film culte » est amplement justifier. Là encore l’ombre d’Anne Rice plane sur ce road-movie crépusculaire et fascinant. Caleb Colton (Adrian Pasdar) tombe sous le charme de Mae (Jenny Wright) qu’il ignore être une vampire tout comme les autres membres du groupe auquel elle appartient. Aussi lorsque le jeune couple décide de vivre sa passion, ils sont pris en chasse par Jesse Hooker (Lance Henriksen) et sa bande. Ambiance de fin du monde pour cette course-poursuite dans le sud américain où la chaleur du soleil et le feu représentent un risque aussi mortel que les vampires qui cherchent à s’en cacher. Principalement tourné de nuit, Aux frontières de l’aube (1987) abandonne le folklore traditionnel (crucifix, ail et fines herbes) pour faire de ses héros des damnés oubliés de Dieu tentant de survivre dans un monde qui n’est pas fait pour eux.
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Frères de sang
En marge de ces deux réussites émérites, diverses productions bas de gamme se partagent les restes d’un héritage obsolète avec Dracula en plat de résistance. De The Monster Squad (1987) à Carmilla (1990) en passant par Rockula (1990), Sundown : The Vampire in Retreat (1991), deux séries animées (Count Duckula – 1988, Little Dracula – 1991) et une plus « sérieuse » (Dracula : The Series – 1990), il n’y a guère que Vampire vous avez dit vampire 2 ? (Fright Night Part 2 – 1988) et Embrasse-moi vampire (Vampire's Kiss – 1989) avec Nicolas Cage pour relever légèrement le niveau. Et parce que la chose est amusante, citons le bien moche Dracula's Widow (1989) de Christopher Coppola, frère de Nicolas Cage et neveu de Francis Ford Coppola. Comme quoi le talent n’est pas une affaire de famille !
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Eternellement à vous
Pourtant c’est bien d’un Coppola que va venir la lumière. En 1992 Francis Ford Coppola souhaite réhabiliter les trois grands monstres du cinéma fantastique que sont Dracula, Frankenstein et le Loup-Garou. Il annonce vouloir réaliser lui-même le triptyque en collant au plus près des romans originaux. Au final il se contente de produire le Frankenstein de Kenneth Branagh (1994) et abandonne Wolf aux mains de Mike Nichols (1994).
Il faut dire que son Dracula (1992) réclame toute son attention tant il en fait une œuvre foisonnante, démentielle, surprenante et fidèle. Une réalisation impeccable qui rend hommage au 7ème art et à une légende souvent maltraitée, des comédiens parfaits à commencer Gary Oldman (remarquable Dracula) et Anthony Hopkins (fulminant Van Helsing), et une rage d’embrasser la mythologie dans son ensemble d’un point de vue réaliste ne laissant pas de place à la dérision.
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Tel est le cocktail imaginé par Coppola. Tour à tour romantique, effroyable et halluciné, Oldman est un Dracula majestueux, seigneur parmi les saigneurs, dont la condition émeut autant que la cruauté révulse. Soulignant toute l’ambiguïté du personnage en reprenant la narration à points de vue multiples voulue par Stoker, Dracula (1992) nous présente un Comte qui n’est plus réduit à une succession de clichés maladroits, mais à un homme accablé par la solitude et contraint au pire. Reversant, bouleversant, indispensable, ce Dracula est sans conteste la version la plus aboutie à ce jour.
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Le sang des innocents
1992 c’est aussi Innocent Blood de John Landis qui, après les loups-garous (Le loup-garou de Londres – 1981, Michael Jackson’s Thriller – 1983), s’attaque aux vampires. Si le sujet est prometteur (une vampire refusant de tuer des innocents essaie d’abattre un patron de la pègre qu’elle a vampirisé mais pas tué et qui menace de créer d’autres vampires), le résultat est bien moins concluant. On s’ennuie ferme et ce n’est la présence d’Anne Parillaud et les caméos de Tom Savini, Dario Argento ou Sam Raimi qui changent la donne.
La même année Joss Whedon rédige le scénario de Buffy the Vampire Slayer (1992), téléfilm où se débattent péniblement Luke Perry, Donald Sutherland et Rutger Hauer, et qui donnera lieu, cinq ans plus tard, à une série au succès planétaire.
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Entretien avec des vampires
Faisons l’impasse sur les risibles Dracula Rising (1993), City of the Vampires (1993) et Embrace of the Vampire (1994) pour nous concentrer sur le film qui allait changer la donne à tout jamais. Best-seller en librairie depuis dix-huit ans, Entretien avec un vampire (1976) est enfin adapté en 1994 par Neil Jordan sur un scénario signé Anne Rice. Le casting rassemble Tom Cruise (Lestat), Brad Pitt (Louis), Antonio Banderas (Armand), Stephen Rea (Santiago), Christian Slater (le journaliste) et Kirsten Dunst (Claudia). Romantisme décadent, atmosphère gothique, personnages savoureux, mise en scène léchée, musique envoûtante, Entretien avec un vampire (Interview with a vampire – 1994) est une merveille à la fois narrative, visuelle et sensorielle, Neil Jordan nous conviant à une plongée inédite au cœur du monde vampirique. Dénonçant les croyances populaires basiques pour s’attacher à ce qui semble crédible, les vampires sont intégrés à notre société, s’amusant de nos angoisses et nous imitant à la perfection. Transcendant leur condition de prédateurs, ils incarnent une espèce supérieure, au-delà des frontières du bien et du mal, parcourant le monde depuis l’aube de l’humanité.
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Eprouvant des émotions forcément plus exacerbées que le commun des mortels, chaque vampire rencontré ici possède une personnalité, des doutes et un comportement propre. Ils ont des lois, des rangs, des degrés de connaissances et de pouvoirs. Parfois plus humain que les humains eux-mêmes, ils sont un peuple avec toute la variété d’individus que cela implique, et non une horde de monstres assassins sans nuance. Alors que le roman date de 1976, ce n’est qu’avec ce film que l’inconscient collectif change son regard sur les vampires. Si l’imagerie courante (cape, crocs, cercueil) est toujours d’actualité, elle doit composer avec cette approche plus subtile et sociale qui fait des vampires une race à part entière, simplement située au-dessus de nous dans la chaîne alimentaire.
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Renaissance
Entretien avec un vampire (1994), plus encore que le livre éponyme, est le fruit d’une lente évolution. De la chute de la maison Hammer à l’avènement d’un ordre vampirique nouveau, la mythologie connue des étapes majeures (Le Bal des Vampires – 1968, Dracula – 1979, Génération Perdue – 1987, Dracula – 1992) qui devaient en redéfinir les contours pour aboutir à une vision plus éclectique. Dès lors les vampires pouvaient être abordé de bien des façons, chacune ayant une légitimité et une histoire mêlant l’ancien et le moderne, le novateur et le déjà-vu, la grandeur et la décadence. Et Robert Vadim de conclure : « Je ne crois pas aux histoires de vampires. Je crois à ce qui les a inspirées. »
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* La « Beat Génération » est un mouvement né dans les années 50 préconisant la libération à l'endroit des règles établies et la recherche de nouveau chemins pour atteindre différents buts sous une forme originale, inédite. L’expression est ici détournée avec le verbe anglais « Bite » qui signifie « Mordre ».
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Fiches Techniques
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Vampire vous avez dit vampire ? (1985)
(VO : Fright Night) – 105 minutes
Réalisation : Tom Holland
Scénario : Tom Holland
Casting : Chris Sarandon, William Ragsdale, Roddy McDowall
Résumé : Un vampire emménage dans la maison voisine de Charley Brewster, fan de films d’horreur. A l’aide d’un présentateur télé spécialiste du genre, il va tout mettre en œuvre pour sauver sa fiancée, sosie de l’amour perdu du vampire.
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Génération Perdue (1987)
(VO : The Lost Boys) – 97 minutes
Réalisation : Joel Schumacher
Scénario : Jeffrey Boam
Casting : Jason Patric, Kiefer Sutherland, Corey Feldman
Résumé : Deux frères qui viennent d’arriver à dans une petite ville sont confrontés à un groupe de vampires qui espèrent attirer dans leurs filets l’aîné. Dans un premier temps séduit, celui-ci finit par se retourner contre ses nouveaux amis.
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Aux frontières de l’aube (1987)
(VO : Near Dark) – 95 minutes
Réalisation : Kathryn Bigelow
Scénario : Eric Red & Kathryn Bigelow
Casting : Adrian Pasdar, Lance Henriksen, Bill Paxton
Résumé : Un cow-boy tombe amoureux d’une jeune femme qui se révèle être un vampire appartenant à un dangereux groupe de vampires nomades. Un amour impossible qui les conduira aux limites de la folie.
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Dracula (1992)
(VO : Bram Stoker's Dracula) – 128 minutes
Réalisation : Francis Ford Coppola
Scénario : James V. Hart
Casting : Gary Oldman, Winona Ryder, Keanu Reeves
Résumé : Tandis qu’il retient son fiancé dans les ténèbres de son château, le Comte Dracula tente de ravir le cœur de l’innocente Mina. Mais le professeur Van Helsing se dresse sur route et entreprend de la détruire.
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Innocent Blood (1992)
(VO : Innocent Blood) – 112 minutes
Réalisation : John Landis
Scénario : Michael Wolk
Casting : Anne Parillaud, Angela Bassett, David Proval
Résumé : Une vampire refusant de tuer des innocents essaie d’abattre un patron de la pègre qu’elle a vampirisé (mais pas tué) et qui menace de créer d’autres vampires afin de l’épauler dans sa funeste chasse.
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Buffy tueuse de vampires (1992)
(VO : Buffy the Vampire Slayer) – 86 minutes
Réalisation : Fran Rubel Kuzui
Scénario : Joss Whedon
Casting : Kristy Swanson, Donald Sutherland, David Arquette
Résumé : Une jeune étudiante sans histoire prénommée Buffy apprend qu’elle est une élue chargée de combattre les forces du mal et plus particulièrement les vampires.
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Entretien avec un vampire (1994)
(VO : Interview with a vampire) – 132 minutes
Réalisation : Neil Jordan
Scénario : Anne Rice
Casting : Tom Cruise, Brad Pitt, Antonio Banderas
Résumé : Un vampire entreprend de raconter sa vie à un journaliste, de sa création par un dénommé Lestat, à sa vie avec la jeune Claudia en passant par sa rencontre avec Armand et sa troupe de théâtre vampirique.
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Guide de Lecture
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3 commentaires:

Arckhas a dit…

Ah une partie qu'elle est bien bonne tiens!
Par contre , je pense à un film traitant des vampires et ayant eu son succès et même une ou deux suite et dont tu ne fais pas mention; quid de "Une nuit en enfer"b (From dusk till dawn)?! ;)

Bree a dit…

Merci de ta fidélité Arckhas, voilà qui me fait chaud au coeur (et un peu au slip :p).

Pour ce qui est de ta question c'est tout à fait normal que je ne parle pas d'Une Nuit en Enfer puisque le film date de 1996 et le dossier du jour s'achève en 1994 avec Entretien avec vampire.

Ainsi Une Nuit en Enfer sera évidemment abordée la semaine prochaine dans la 9ème partie de notre cycle, soit Néo Vampire : Grandeurs et Décadences 1.

Tu n'as plus qu'à revenir, ce sur quoi je n'ai aucun doute ^^

Arckhas a dit…

Je serai fidèle au poste! ;)