dimanche 3 mai 2009

Les Vampires : la Bite Génération* 1 - Part 7/12

Remis au goût du jour grâce aux productions Hammer au début des années 60, le vampirisme connaît une période trouble au milieu des années 70, conduisant à une refonte totale du mythe et une approche inédite des enfants de la nuit.
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Depuis le triomphe colossal remporté par Frankenstein s’est échappé ! (The Curse of Frankenstein – 1957) et Le Cauchemar de Dracula (Horror of Dracula – 1958), la Hammer règne sans partage sur l’épouvante. Les années 60 deviennent l’âge d’or du studio anglais qui enchaîne les films comme d’autres les perles. Mais à ce petit jeu du toujours plus loin, tant dans le domaine de l’horreur que de l’érotisme, il était inévitable que Dracula et ses succédanés ne finissent pas se casser les dents jusqu’à sombrer dans la parodie (et parfois le ridicule).
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Le Bal des Vampires
La parodie justement est ce qui guide Roman Polanski lorsqu’il envisage de tourner un film qui rendrait hommage aux productions Hammer tout en se moquant de ce qui en fait l’identité. Avec l’aide de son complice Gérard Brach (Pirates – 1986, Blueberry – 2004), il rédige un script ouvertement désopilant, en particulier pour les initiés des exploits de Christopher Lee et Peter Cushing. Titré Le Bal des Vampires (The Fearless Vampire Killers – 1968), nous y suivons les déboires du professeur Abronsius (Jack MacGowran) flanqué de son assistant Alfred (Roman Polanski) lancés sur les traces d’un vampire aux mœurs pour le moins étranges. Farce salace menée à un rythme effréné propre au cinéma burlesque, ce bal ne sombre jamais dans la caricature outrancière, offrant au contraire des vrais moments de comédie fleuretant avec l’effroi. Une bonne connaissance du mythe vampirique, plus particulièrement sous la période Hammer, est un atout certain pour en saisir toutes les finesses. Mais pour le néophyte, Polanski parvient à faire de cette bande potache une moment de pure distraction jubilatoire.
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Nuit de Morts
Etrange qu’il ait choisi ce moment (1968) pour nous convier à son Bal, puisque dans le même temps la Hammer entame son champ du cygne en s’orientant vers des films plus excessifs et lourdingues au détriment de l’atmosphère qui fit sa gloire. Avec l’avènement du cinéma fantastique contemporain (instigué par Georges Romero et sa Nuit des Morts Vivants – 1968), l’épouvante à l’ancienne peine à reprendre son souffle et devient le sujet de pastiches tels que Frankenstein Junior (1974) ou The Rocky Horror Picture Show (1975).
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Si tous les Dracula du Monde
Tandis que la Hammer vit ses dernières heures, divers réalisateurs étrangers s’engouffrent dans la plaie avec l’espoir d’y trouver les vestiges d’une antique mine d’or.
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A l’instar du japonais Michio Yamamoto (Le Lac de Dracula – 1971 et Evil of Dracula – 1974), l’espagnol Javier Aguirre (El Gran amor del conde Drácula – 1972), l’allemand Hans W. Geissendörfer (Jonathan – 1970), le cubain René Cardona (Santo en El tesoro de Drácula – 1969), le coréen Yongmin Lee (Ahkea Khots – 1961), le mexicain Miguel Delgado (Santo y Blue Demon contra Drácula y el Hombre Lobo – 1973) sans oublier l’italien Lucio Fulci (Dracula in Brianza – 1975) et l’argentin León Klimovsky (La Saga de los Drácula – 1972). Quelques exemples parmi d’autres de l’engouement suscité par le personnage.
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Blacula Nights
Pendant ce temps aux Etats-Unis le cinéma est en pleine Blaxploitation, mouvement lancé par Melvin Van Peebles avec Sweet Sweetback’s Baadassss Song (1971). Samuel Z.Arkoff, producteur d’une centaine de série B, confie à William Crain le soin de mettre en scène un film d’horreur noir centré sur Dracula. Blacula sort sur les écrans en 1972 et se paie une jolie réussite donnant lieu à une inévitable (qu’il aurait fallu éviter) suite. Ce sera Scream Blacula Scream de Bob Kelljan (1973) dont l’unique intérêt repose sur la présence de Pam Grier (Jackie Brown – 1997), égérie de la Blaxploitation. Echec cuisant et mérité qui n’empêche pas William A. Levey de commettre l’insondable Blackenstein (1973) dont le thème ne vous aura pas échapper.
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Entrer dans la Légende
En 1973 Dan Curtis revisite le mythe fondateur à l’occasion du téléfilm Dracula et ses femmes vampires avec Jack Palance et Richard Matheson au scénario, génial auteur du roman vampirique culte Je suis un légende (1954).
Celui-ci fut adapté à maintes reprises dont en 1964 par Sidney Salkcow (The Last Man on Earth) avec Vincent Price, puis en 1971 par Boris Sagal (Omega Man) avec Charlton Heston, et enfin en 2007 par Francis Lawrence (Je suis une légende) avec Will Smith.
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De Mal en Pieux
La Hammer devenue moribonde – son ultime incursion dans le genre datant de 1974 – la crypte du Comte est le théâtre d’une orgie créative d’un goût douteux où se mêlent la pathétique, l’indigeste, le funeste et le surprenant. Ainsi à l’exception de l’appréciable Du Sang pour Dracula (cf. section Hammer) de Paul Morrissey (1974), nous avons droit à une cohorte de bobines dont la longue litanie endormirait les plus vaillants. Néanmoins citons le musical Son of Dracula (1974), le souriant Vampira (1974), le regardable Count Dracula (1977), les édifiants Doctor Dracula et Lady Dracula (1978), l’improbable Dracula's Dog (1978) ou le tétanisant Love at First Bite (1979). La télévision ne fut pas en reste avec les quinze épisodes de Monster Squad (1977) et les dix de The Curse of Dracula (1979). Autant de produits à destination d’une consommation de masse, peu regardante quant à la qualité dès lors que le divertissement est assuré.
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Dracula et bien là !
En 1979 John Badham opère un retour aux sources avec un film qui doit son inspiration autant au roman de Stoker (1897) qu’à la pièce de théâtre qui en est tirée d’Hamilton Deane (Dracula – 1924). Le rôle-titre est confié à Frank Langella (La Neuvième Porte – 1999, Superman Returns – 2006) qui a longtemps triomphé dans le costume du personnage à Broadway. Sa composition renoue avec le sérieux d’antan, redorant la réputation d’un Dracula qui a tendance à faire sourire plus qu’autre chose. Ainsi Langella joue sur l’ambivalence du héros, à la fois angoissant et humain, trait de caractère le plus mis en avant dans le film. Désormais le Comte est un séducteur invétéré qui n’a aucun mal à envoûter la gente féminine toute prête à se faire mordre. Connotation érotique évidente pour un Dracula trouble et romantique apparaissant dès lors comme moderne puisque vecteur de la libération sexuelle. Face à lui nous découvrons un Van Helsing habité par le très shakespearien Lawrence Olivier. Badham souhaite avant tout dépoussiérer le mythe tout en lui restant fidèle. Aussi il conserve les protagonistes du livre, l’ambiance gothique et l’esthétisme des décors auxquels s’ajoutent des effets spéciaux permettant des transformations en loup et autre chauve-souris. A n’en pas douter Badham remporte son pari même s’il ne s’imposa pas au box-office, dominé à l’époque par les Star Wars et consorts. A noter la musique de John Williams qui participe grandement à la valeur de l’ensemble.
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La Seconde Vie du Nosferatu
Désireux de réhabiliter un film malmené par des imbroglios judiciaires au moment de sa sortie, mais considéré depuis un pilier du cinéma allemand, Werner Herzog réalise un remake du Nosferatu de Murnau (1922) sous le titre Nosferatu Fantôme de la Nuit (Nosferatu : Phantom der Nacht – 1979). Oubliant volontairement l’historique cinématographique tumultueux de Dracula, il se concentre sur le roman original et la version de Murnau. Contrairement à cette dernière, qui faute de droits d’exploitation avait modifié tous les noms, nous y retrouvons Dracula (éblouissant Klaus Kinski tout en retenue et en non-dits), Lucy Harker (jeune Isabelle Adjani) et le docteur Van Helsing (Walter Ladengast). Autres différences l’apparition de la couleur permettant une mise en relief des décors et des jeux de lumière foudroyante, et de lignes de dialogues réduites tout même au strict minimum. Plus riche en symbolisme que son prédécesseur, ce Nosferatu (1979) s’attache moins à la construction graphique (pourtant très réussie) au profit d’un approfondissement dans les rapports entre les personnages. A l’image de Dracula dont la laideur inquiétante, aux antipodes de la vision classique, est transcendée par une vulnérabilité à fleur de peau. Dès lors sa bisexualité évidente, puisqu’il est attiré à la fois par Jonathan Harker et sa fiancée, devient une faiblesse maîtrisée le conduisant sur la voie du salut.
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Les Prédateurs
Sur le chemin de la rédemption, Dracula fait une halte désastreuse à l’auberge des Charlots pour Les Charlots contre Dracula de Jean-Pierre Desagnat (1980), comédie bien grasse et sans saveur dotée d’un gag toutes les 10 secondes. Un humour à la française qui profitait alors des faveurs du public. Et comme un malheur n’arrive jamais seul, le japon ajoute son grain de sel avec le film d’animation Yami no teio kyuketsuki Dracula (1980), suivi de Mamma Dracula (1980), Buenas noches, señor monstruo (1982) et Gayracula (1983). De quoi attraper une bonne indigestion sanguine ! Par chance l’année 1983 redresse la barre grâce aux Prédateurs (The Hunger) de Tony Scott avec David Bowie et Catherine Deneuve. Là les vampires sont ancrés dans leur époque, modernes et décadents, outrageusement luxurieux et monstrueux malgré leur beauté extérieure. Malgré une trame classique et parfois difficile à suivre, Les Prédateurs possède un puissant pouvoir évocateur, renouvellement agréablement le mythe.
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Le Sang ou la Force de vie
Purs produits de la glorieuse période des eighties, berceau du fantastique moderne ayant vu naître des pièces maîtresses (Alien, Predator, Critters, Evil Dead, Vendredi 13, Halloween, Dune, Blade Runner, Conan, The Thing, E.T, Street Trash, etc.), Lifeforce et Vampire, vous avez dit vampire ? (Fright Night) n’ont rien perdu de leur charme à l’aube de leur 20ème anniversaire.
Lifeforce (1985) est l’œuvre de Tobe Hopper, auteur du terrifiant Massacre à la tronçonneuse (The Texas Chain Saw Massacre – 1974). Le postulat de départ s’appuie sur la peur ancestrale liée à la comète de Halley et la présence d’un étrange vaisseau dans son sillage. Envoyé à son bord, le colonel Tom Carlsen (Steve Railsbac) y découvre une centaine de créatures momifiées rappelant des chauves-souris, ainsi que les corps de deux hommes et une femme parfaitement conservés. Ramenés sur terre pour y être étudiés, les trois étrangers s’éveillent et menacent l’humanité. Variation spatiale sur le thème du vampire, Lifeforce (1985) est surtout connu en raison de la présence de Mathilda May qui passe la majeure partie du temps en tenue d’Eve. Si les effets spéciaux sont de qualité, les incohérences du scénario et son manque d’intérêt en font une série B sans prétention, et sûrement pas celle de révolutionner le vampirisme. Tout juste Hopper souhaitait-il produire un film fantastique distrayant et agréable pour l’œil masculin. C’est chose faite.
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* La « Beat Génération » est un mouvement né dans les années 50 préconisant la libération à l'endroit des règles établies et la recherche de nouveau chemins pour atteindre différents buts sous une forme originale, inédite. L’expression est ici détournée avec le verbe anglais « Bite » qui signifie « Mordre ».
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Fiches Techniques
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Le Bal des Vampires (1968)
(VO : The Fearless Vampire Killers) – 108 minutes
Réalisation : Roman Polanski
Scénario : Gérard Brach & Roman Polanski
Casting : Jack MacGowran, Roman Polanski, Sharon Tate
Résumé : Un vieux chasseur de vampires et son naïf assistant se rendent dans un sinistre château au cœur de la Transylvanie pour y débusquer un groupe de vampires aux mœurs étranges.
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Blacula (1972)
(VO : Blacula) – 93 minutes
Réalisation : William Crain
Scénario : Raymond Koenig & Joan Torres
Casting : William Marshall, Vonetta McGee, Denise Nicholas
Résumé :
En 1780, suite à une visite au Comte Dracula, le prince africain Manuwalde se transforme en vampire et s’enferme dans un cercueil. Deux siècles plus tard, deux antiquaires californiens le sortent de son sommeil.
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Dracula (1979)
(VO : Dracula) – 109 minutes
Réalisation : John Badham
Scénario : W.D. Richter
Casting : Frank Langella, Laurence Olivier, Donald Pleasence
Résumé : Seul survivant d’un navire à la dérive, le comte Dracula s’installe à l’abbaye de Carfax où il fait la connaissance du directeur de l'asile, le docteur Jack Seward, et de sa fille Lucy dont il tombe sous le charme.
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Les Prédateurs (1983)
(VO : The Hunger) – 100 minutes
Réalisation : Tony Scott
Scénario : James Costigan & Ivan Davis
Casting : Catherine Deneuve, David Bowie, Susan Sarandon
Résumé :
Miriam Blaylock, une vampire centenaire écume les boîtes de nuits avec son compagnon John en quête de sang frais. Mais lorsqu’elle se lasse de lui et qu’il demande de l’aide au docteur Sarah Roberts, celle-ci devient la nouvelle proie de Miriam.
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Lifeforce l’étoile du mal (1985)
(VO : Lifeforce) – 116 minutes
Réalisation : Tobe Hooper
Scénario : Dan O'Bannon
Casting : Steve Railsback, Patrick Stewart, Mathilda May
Résumé : Un étrange vaisseau est découvert avec à son bord des créatures rappelant des chauves-souris et les corps de deux hommes et une femme. Ramenés sur terre, les trois étrangers s’éveillent et menacent l’humanité.
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3 commentaires:

Arckhas a dit…

Ah là je suis plus à l'aise sur cette partie du dossier!
Tout un tas de référence que j'ai eu pu voir où à la télévision ou en dvd, ce qui ne gâche en rien les autres parties qui me sont d'un grand enseignement!

Newt a dit…

Heureux que cela te convienne mon bon Arckhas, en espérant que la suite te remplisse tout autant de bonheur, tout comme les millions de visiteurs quotidiens (ah ouais, comme je me la raconte bien !!!)

Arckhas a dit…

Tu as des millions de lecteurs, le problème c'est qu'ils utilisent que quelques pc alors forcément ça ne se voit pas... CQFD!