dimanche 5 avril 2009

King Kong Family 1 - Part 6/7

King Kong (1933) ne fut pas seulement une date dans l’histoire du cinéma, c’est aussi la première pierre d’un vaste temple dédié aux singes géants voués tout entier au Roi Kong. Expédition au cœur de la jungle des hommages, copies, ratages et autres complications.
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Suite au triomphe de King Kong (1933), et malgré un accueil plus mitigé pour sa suite Le Fils de Kong (The Son of Kong – 1933), de nombreux studios souhaitent exploiter ce filon. Nous sommes en pleine dépression suite au crash de 1929 et le public aspire à l’évasion, le voyage et les terres inconnues loin du morne quotidien. Les récits d’aventure, qu’importe leur qualité littéraire, rencontrent un large lectorat et se déclinent à toutes les sauces : romans, nouvelles, bandes dessinées, il y a en a pour tous les goûts !
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Les Fils de Kong
Le cinéma n’est pas en reste. Influencé par l’aspect horrifique de King Kong (1933), il se contente de mettre en scène des gorilles agressifs, assassins ou vengeurs. En 1934 Nick Grinde ouvre le bal avec Bum Voyage. Le rôle du gorille revient à Charles Gemora qui entama sa carrière simiesque en 1928 dans un film de Rupert Julian, The Leopard Lady, avant d’enchaîner sur la plupart des productions réclamant un singe (Ingagi - 1931, Double Assassinat dans la Rue Morgue - 1932, Le Fantôme de la Rue Morgue - 1954, Abbott en Costello en Afrique - 1949, Swiss Miss - 1938 ou Road to Zanzibar - 1941).
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En 1940 William Nigh réalise The Ape dans lequel Boris Karloff joue un savant fou utilisant un singe dégénéré pour mener à bien une expérience. Cette fois c’est Ray Corrigan (surnommé « Crash » en raison des cascades périlleuses qu’il exécutait) qui enfile la combinaison du gorille. Après avoir débuté comme doublure de Johnny Weissmuller sur Tarzan the Ape Man (1932), il alterne les rôles en costume (Tarzan and His Mate - 1934, Murder in the Private Car - 1934, Darkest Africa - 1936, The Ape - 1940, Nabonga - 1944, Bela Lugosi Meets a Brooklyn Gorilla - 1952 ou Gorilla at Large - 1954) et les personnages plus classiques dans diverses productions télévisées ou cinéma. Il partage avec Gemora le titre d’incarnation officielle de primate du 7ème art.
.1940 toujours Richard C. Kahn signe The Son of Ingagi, suite d’Ingagi (1931), où une vieille femme utilise un homme-singe pour ses basses besognes. Harry L. Fraser, réalisateur aussi prolixe qu’indigeste, nous offre un spectaculaire The Savage Girl (1932) et sa jeune femme protégée par un féroce gorille. Avec The Monster and the Girl (1941), Stuart Heisler transplante le cerveau d’un homme injustement condamné à mort dans le corps d’un gorille qui à son réveil n’aspire qu’à la vengeance. Dave Fleischer de son côté nous conte la rencontre improbable entre King Kong et Superman dans Terror on the Midway (1942), tandis qu’Harry Lachman nous livre sa version de l’Île du Docteur Moreau avec Dr. Renault's Secret (1942). Evidemment la plupart de ces bobines ne présentent guère d’intérêt pour qui n’aime ni l’horreur (à l’ancienne), ni le genre carton-pâte fauché.
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Gorilles dans la Jungle
En 1944 l’épouvante cède sa place à l’aventure avec Nabonga de Sam Newfield qui tente maladroitement de nous faire croire à une histoire de gorille protecteur opposé à des chasseurs de trésors. Puis William Beaudine tourne une comédie à base de maison hantée et de gorille géant (Crazy Knights – 1944), avant qu’Harry L. Fraser ne commette l’insondable White Gorilla (1945) que le talent de Ray Corrigan n’arrive pas à sauver. Il faut dire que Fraser n’hésite pas à reprendre des scènes d’un serial muet datant de 1927, Perils of the Jungle, qu’il mélange avec ses propres images. Du Edward Wood Jr. avant l’heure ! Comédie toujours avec Bernard Carr et son Who Killed Doc Robbin ? (1946) qui met en scène un savant fou et son anthropoïde meurtrier, suivi de Jack Bernhard et son Ile Inconnue (Unknow Island - 1948) avec le toujours poilu Ray Corrigan dans un rôle de singe géant et passablement ridicule.
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Rires en Afrique
Puis les stars de l’humour du moment, Bud Abbott et Lou Costello, décident à leur tour d’exploiter la mine avec Abbott & Costello en Afrique (Africa Screams – 1949). Adulés par les foules, les deux nigauds connaissent un franc succès en salle et reflètent l’attente du public. Ainsi après avoir longtemps été considéré comme des éléments propres à l’effroi, les primates sauvages sont devenus en moins de cinq ans des éléments comiques sans perdre de leur exotisme (la jungle, les indigènes et la faune sauvage reste la toile de fond). Il faut se faire une raison, après dix ans de hurlements et de destructions, le gorille fait désormais sourire. Contrairement à l’idée reçue, le vieux singe apprend maintenant à faire la grimace.
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Monsieur Joe
Lorsque la RKO – qui avait délaissé le genre depuis seize ans – décide d’y revenir, elle opte immédiatement pour une œuvre familiale dans laquelle le gorille serait un allié et non une menace. Cela donne Monsieur Joe (Mighty Joe Young – 1949). Pour mener à bien son projet, elle se tourne vers Ernest B. Schoedsack, définitivement associé aux deux King Kong (1933) dont il est l’auteur. L’objectif est clair : ratisser large, mettre en avant le savoir-faire maison et ne pas faire peur. Un cahier des charges simple qui n’empêche pas la qualité. L’aspect du singe est confié aux bons soins de Willis O’Brien et Marcel Delgado (créateurs du Kong original) et d’un nouveau venu qui se fera rapidement un nom, Ray Harryhausen. Ils s’inspirent du gorille de Chicago, Bushman, en s’éloignant considérablement de l’imagerie courante qui en fait une bête cruelle.
Sur un plan purement technique, Monsieur Joe (1949) repousse les limites de l’animation image par image grâce à une étude approfondie des mouvements de Bushman qui permet à Willis et Harryhausen de les reproduire avec précision face à la caméra. Le résultat est époustouflant, l’animation reste fluide et prenante de bout en bout (le sauvetage des enfants dans l’orphelinat en flammes mérite le détour). Et comme une revanche sur le destin, Willis O’Brien obtient en 1950 l’Academy Award pour ses effets spéciaux (et plus largement l’ensemble de sa carrière).
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Les pleurs de la bête
Si Monsieur Joe (1949) brille par ses effets, il en va tout autrement de son scénario (écrit par Ruth Rose sur une idée de Merian C. Cooper) et des intentions qu’il véhicule. Jill Young (Terry Moore), petite fille de sept ans, vit au cœur de la paisible Afrique en compagnie d’un bébé gorille, Monsieur Joe. Douze ans s’écoulent dans cette quiétude douce heureuse avant que ne débarque Max O'Hara (incarné par Robert Armstrong, le Carl Denham des King Kong). En quête de numéros inédits pour son cabaret, il engage la jeune femme et son singe qui se retrouvent à Hollywood. Evidemment rien ne se passe comme prévu et Monsieur Joe aura toutes les peines du monde à convaincre les incrédules effarés de sa bonne foie. Mais tout fini bien, Joe réintégrant sa cambrousse natale, tandis que Jill succombe au charme viril de Max.
Produit par John Ford (Monsieur western) et Merian C. Cooper (co-réalisateur de King Kong – 1933), tout le monde envisage déjà une suite commercialement baptisée Joe Meets Tarzan. Mais l’enthousiasme cédant face au réalisme du box office, l’échec relatif de Monsieur Joe (1949) devait mettre un terme à la naissante licence.
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Dans les ténèbres de la jungle
Si Johnny Weissmuller est principalement connu pour son rôle de Tarzan, il fut le héros d’une autre série à succès, Jungle Jim, dont il tourna entre 1948 et 1955 pas moins de 14 opus ! L’un d’eux, Mark of the Gorilla (1950), voit Jungle Jim affronté des cruels nazis déguisés en singes pour récupérer de l’or. En 1951 Curt Siodmak tente un retour vers l’horreur avec Bride of the Gorilla interprété par Lon Chaney Jr. (rendu célèbre pour ses incarnations du Loup-garou) et Raymond Burr (dit l’Homme de Fer). Aussi vite oublié que produit, ce sera aussi le sort de Bela Lugosi Meets a Brooklyn Gorilla (1952) qui mêle horreur et comédie pour un résultat indigeste. Et puisque le ridicule ne tue pas (encore) et que personne ne semble être en mesure de trouver une place définitive aux gorilles géants, Phil Tucker choisi d’apporter sa pierre à l’édifice avec une bande de science-fiction titrée Robot Monster (1953) dans laquelle un extraterrestre à corps de singe et dont la tête est un crâne humain surmonté d’un casque de scaphandrier, vient répandre la terreur sur terre (et dans la salle puisque proposé en 3D !). S’il y a un fond, nous nous en approchons grandement !
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