dimanche 22 mars 2009

King Kong au pays du soleil levant - Part 4/7

Alors que les films de monstres géants connaissent les faveurs du public japonais, la Toho décide d’inviter à sa table King Kong. De cette récréation nippone, il reviendra avec deux films et le record du nombre d’entrées en salle pour le genre.
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Suite au King Kong de 1933, le public se découvre une passion pour les grands monstres effrayants. De nombreux films tenteront de surfer sur cette vague jusqu’à ce que la sortie du Monstre des Temps Perdus (Beast from the 20.000 Fathoms – 1953) d’Eugène Lourié n’accélère les choses. L’année suivante un jeune réalisateur du nom d’Ishirô Honda présente un scénario à Tomoyuki Tanada, producteur au sein de la Toho. Titré Godzilla (Gojira en japonais), il le présente comme une réponse aux films de SF américains, et plus particulièrement au métrage de Lourié dont il s’inspire largement. Mais plus qu’un simple film de monstre exterminateur, Godzilla, créature atomique, stigmatise les traumatismes de tout un peuple victime de la plus terrifiante création humaine : la bombe atomique.
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Kaiju Parade
Godzilla (1954) remporte un franc succès qui lui permet de se voir offrir une suite en 1955 que réalise Motoyoshi Oda. Le Retour de Godzilla (Gojira no Gyakushu) voit l’arrivée d’un nouveau monstre, Anguirus, sorte de porc-épic géant. Là où le premier film était résolument sombre et désespéré, celui-ci entrouvre la porte du divertissement dans laquelle s’engouffreront les prochains chapitres. En 1956 Ishirô Honda revient avec Rodan (Sora no Daikaijû Radon), sorte de ptérodactyle géant aussi destructeur que
Godzilla. Là encore le public répond présent et acclame le genre désormais baptisé Kaiju (monstre en japonais), parfois précédé du préfixe Dai, traduisible par « Géant ».
Pendant ce temps de l’autre côté du pacifique Willis O’Brien, génial créateur des animations sur King Kong (1933) et Le Monde Perdu (The Lost World – 1925), écrit un scénario titré King Kong vs Frankenstein dans lequel il souhaite voir s’opposer le célèbre gorille et une version géante du monstre de Frankenstein. Pour ce faire il pense faire appel à l’animation image par image, art qu’il maîtrise parfaitement. Mais son projet n’intéresse aucun studio, personne ne croyant à une telle rencontre.
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Gueule de Monstres
Tomoyuki Tanaka, producteur des Godzilla, acquiert les droits d’utilisation de King Kong auprès de la RKO General (entité remplaçant l’ancienne RKO Radio Pictures). L’accueil réservé au Retour de Godzilla (1955) le conforte dans son idée que « plus de monstres » rimait avec « plus de bénéfices ». Dans le même temps le producteur John Beck, qui se charge de la distribution des films de la Toho sur le territoire américain (non sans y apporter quelques modifications) vend à la Toho le concept imaginé par O’Brien. Le scénario est aussitôt confié à Shinichi Sekizawa qui élimine Frankenstein au profit de King Kong, tout en gardant la trame imaginée par Willis O'Brien.
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Le Choc des Titans
La Toho Films espère utiliser ce King Kong vs Godzilla (Kingukongu tai Gojira) pour fêter son trentième anniversaire. La mise en scène échoue à l’incontournable Ishirô Honda avec pour objectif de changer l’image de la Toho et de la licence Godzilla en l’orientant vers des œuvres plus familiales. Eiji Tsuburaya, en charge des effets spéciaux, accentue l’aspect guignolesque des monstres tant dans leurs aspects que dans leurs démarches ou leurs mouvements. Honda confirme que l’alarmisme des débuts n’a plus de raison d’être. Le scénario libère un Godzilla congelé dans les glaces qui au saut du lit se lance dans l’anéantissement de l’archipel nippone. Parallèlement une équipe de scientifiques découvre King Kong et le ramène au Japon. Confrontées à deux monstres, les autorités espèrent qu’ils s’annihileront mutuellement. S’ensuit un duel titanesque (et drôle) qui se conclut par une sorte de consensus, Godzilla disparaissant dans la mer tandis que Kong s’en retourne sur son île.
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King Kong vs Godzilla (1962) est résolument caricatural, tant dans les scènes dédiées aux humains que celles où apparaissent les monstres. Néanmoins la première partie conserve le ton du métrage de 1933 avec la découverte de Faro Island, le village indigène, l’attaque d’un poulpe géant, le gigantesque mur d’enceinte, l’escalade d’un bâtiment et l’enlèvement d’une jeune femme par le gorille, bref tout le décorum cher à l’ami Kong. A l’instar de Godzilla (1954), le film propose deux versions du passage de l’expédition. Au japon les scientifiques sont envoyés sur l’île pour y récupérer des baies sauvages afin de fabriquer des somnifères à moindre coût. Après son combat contre la pieuvre, King Kong se gave de baies et tombe dans un profond sommeil qui permet son transport jusqu’au japon. Les américains préfèrent envoyer la même équipe (complétée de quelques yankees) capturer Kong pour le faire directement affronter Godzilla. Ces différences ne changent pas grand-chose, la finalité étant la même à savoir la rencontre au sommet attendue entre les deux mastodontes.
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De mal en pitre
Comme le veut la tradition japonaise, King Kong est incarné par un cascadeur (Shoichi Hirose) glissé dans le costume du singe. Face aux critiques qui l’accusent d’avoir fait de Kong un monstre de foire sans relief, Eiji Tsuburaya explique qu’il désirait en adoucir les traits pour ne pas effrayer les plus jeunes. Aussi, outre sa fourrure de gros nounours, son visage ne laisse filtrer aucune expression contrairement à la version de 1933. Le fameux choc annoncé paie lui aussi le prix de cette nouvelle approche du mythe. Plus proche du combat de catch que de l’affrontement sans merci, Godzilla et King Kong esquivent et se mettent des baffes à la manière de Bud Spencer et Terence Hill ! Godzilla étant un monstre atomique, Kong développe une subite affinité pour l’électricité d’où il tire son énergie (sic), pouvant dès lors contrer le souffle atomique du dragon.
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King Kong vs Godzilla (1962) marque un tournant majeur tant pour la licence Godzilla qui bascule dans la gaudriole (ce que prochains films vont accentuer jusqu’à l’absurde), que pour la Toho qui enregistre son plus gros carton en salle avec plus de 12 millions de spectateurs rien que pour le Japon. Le film s’exporte un peu partout dans le monde sans parvenir à captiver les foules, à l’exception des américains qui le plébiscitent. Certes avec le recul la bobine peut paraître un rien désuète, mais elle reste de ces petits moments de cinéma qui en écrivent l’histoire, et que tout amateur de fantastique se doit de regarder.
Pour la petite histoire, sachez que dans le tétanisant Hercules 2 (Le Aventure de l'incredibile Ercole – 1985) Lou Ferrigno, le Hulk de la série télé des années 70, se transforme en King Kong sous l’effet d’un sort pour affronter un ennemi qui prend la forme d’un proche parent de Godzilla. Clin d’œil appuyé au film d’Ishirô Honda.
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Le Retour du Kong
Aussi étrange que cela puisse paraître au regard des recettes engrangées par le précédent volet, il faut attendre 1967 pour voir revenir la version nippone du Roi Kong pour une aventure définitivement délirante. Le scénario, écrit par Takeshi Kimura, ignore totalement l’épisode de 1962 pour se concentrer sur une autre production : la série animée King Kong produite en 1966 aux Etats-Unis. Destinée aux plus jeunes, Kong n’y est plus la créature féroce de ses débuts. Il vit en parfaite harmonie avec la famille Bond, dont le fils est son meilleur ami, et combat (entre autres) sa réplique mécanique conçue par l’infâme Docteur Who. C’est sur ce concept que repose toute l’intrigue de La Revanche de King Kong (Kingukongu no gyakushu) mit en scène par Honda.
Devenu le champion du Bien, tout comme Godzilla, King Kong coule des jours heureux. Dans l’ombre le Docteur Who, financé par une superpuissance mystérieuse incarnée par la charmante Madame Piranha (la Chine ?), décide de le capturer afin de servir ses plans. En guise d’assurance vie, il enlève aussi trois militaires, dont l’affriolante Susan Watson. Evidemment Kong s’éprend d’elle, et lorsqu’à la suite d’une évasion réussie le machiavélique Docteur Who lâche son Mechani-Kong à leur poursuite, Kong n’a d’autre choix que d’affronter son jumeau robotique.
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Si la cohérence du récit n’a rien de crédible, Ishirô Honda parvient à disséminer ici et là quelques séquences anthologiques. A l’image des assauts opposant Kong à un serpent géant (ici marin) et un Tyrannosaure, hommage évident au King Kong de 1933 jusque dans la conclusion identique qui voit le singe fracasser la mâchoire du dinosaure. Plus réjouissant qu’il n’y paraît, La Revanche de King Kong (1967) n’a pas à rougir de son traitement presque infantile tant les clins d’œil abondent avec, en point d’orgue, le duel entre les deux singes sur la Tour de Tokyo sous le regard d’une foule de badauds pétrifiés. Evidemment c’est finalement Kong qui l’emporte en faisant chuter son adversaire qui ira se répandre une centaine de mètres plus bas, explosant en mille morceaux au contact du bitume.
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La Revanche de Kong

Cette fois le succès sera bien moins flagrant, probablement en raison de la seule présence de King Kong (monstre d’origine américaine) à l’écran. N’ayant plus les droits d’exploitation de la licence, la Toho abandonne l’idée d’autres films autour du personnage. Désormais son bestiaire maison fourmille de dizaines de créatures qu’elle peut à loisir utiliser jusqu’à l’épuisement. Mais King Kong quitte le pays du soleil levant la tête haute et la poitrine gonflée d’orgueil. En plus d’avoir été à l’instigateur du mouvement Kaiju, ses prestations restent dans les mémoires. L’heure est venue d’un repos bien mérité, le cinéma ne devant le sortir de sa torpeur qu’en 1976 à l’occasion d’un remake signé John Guillermin.
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Vous voulez en savoir plus ?
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King Kong vs Godzilla (1962)
(VO : Kingukongu tai Gojira) – 98 minutes
Réalisation : Ishirô Honda
Scénario : Shinichi Sekizawa, Paul Mason & Bruce Howard (US version) d’après une histoire de Willis H. O'Brien.
Casting : Tadao Takashima, Kenji Sahara, Yu Fujiki, Ichirô Arishima & Michael Keith, James Yagi, Harry Holcombe (US version)
Résumé : Alors que Godzilla, fraîchement libéré des glaces, entame la destruction méthodique du japon, une équipe de scientifiques découvrent King Kong sur une île perdue. Parvenu à l’endormir, le corps expéditif décide de la ramener au japon où il ne tarde pas à affronter Godzilla dans un déluge d’éclairs et de coups.
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La Revanche de King Kong (1967)
(VO : Kingukongu no gyakushu) – 98 minutes
Réalisation : Ishirô Honda
Scénario : Takeshi Kimura
Casting : Rhodes Reason, Linda Miller, Mie Hama, Eisei Amamoto, Haruo Nakajima
Résumé : Lorsque la réplique robotique de King Kong, baptisée Mechani-Kong, est incapable de récupérer un puissant composant radioactif, le Docteur Who et Madame Piranha décident de capturer Susan Watson et Kong qui tombe sous son charme. Mais lorsque tout le monde parvient à s’enfuir, Who réactive Mechani-Kong qui enlève la belle, obligeant Kong à venir lui botter ses fesses métalliques au sommet de la Tour de Tokyo.
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King Kong Anime (1966)
(VO : King Kong Anime) – 26x30 minutes
Réalisation : Divers
Production : Jules Bass & Arthur Rankin Jr.
Casting vocal : Billie Mae Richards, Carl Banas, Susan Conway, John Drainie
Résumé : King Kong partage le quotidien de la famille du professeur Bond dont le fils, Bobby est son meilleur ami. Entre les monstres qu’il doit combattre, les menaces qu’il doit repousser et les assauts du Docteur Who, Kong le gentil gorille n’a pas le temps de s’ennuyer.
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Guide de Lecture
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