Un agent secret britannique (Patrick McGoohan) démissionne brutalement de son poste et rentre chez lui au volant de sa Lotus Seven. Alors qu'il est en train de faire ses valises dans son appartement londonien, un gaz anesthésiant est diffusé dans la pièce. À son réveil, il se retrouve dans le Village, un lieu idyllique et esthétique habité par une communauté insulaire constituée d'une part de villageois numérotés comme lui et, d'autre part, de leurs geôliers, deux classes indifférenciables. Il sera désormais le Numéro 6 et n'aura de cesse de tenter de s'évader du Village.
Bienvenue au Village
Le Prisonnier est une série britannique en 17 épisodes de 48 minutes fut créée par George Markstein et Patrick McGoohan pour être diffusée entre le 1er octobre 1967 et le 4 février 1968 sur le réseau ITV.
La série a donné lieu à des interprétations abondantes, à des fan-clubs, a suscité des sites Web, la firme d'automobiles Renault a même repris le thème du Prisonnier pour faire une publicité, et cela n'est pas étonnant tant elle utilise habilement ce que Stanley Kubrick nommait « la zone fertile de l'ambiguïté ». En fait, chacun peut voir dans Le Prisonnier ce qu'il a envie d'y voir. Le Village ne serait-il pas le symbole de la condition humaine, et le Numéro 6 le pauvre humain qui cherche, sans toujours y parvenir, à lui donner du sens ? Ce Numéro 1 qu'on ne voit jamais (sauf au dernier épisode) n'est-il pas une allégorie de Dieu, et les Numéro 2 qui se suivent et ne se ressemblent pas une personnification, par exemple, de tous ceux qui de façon contradictoire au cours des âges ont affirmé agir en son nom ? C'est en tout cas l'une des hypothèses possibles parmi bien d'autres.
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Les ressorts de l'angoisse reposent sur l'absurdité du système de fonctionnement de ce Village surréaliste sur lequel il n'arrive pas à agir. Proie permanente des interrogatoires du Numéro 2 : « Nous voulons des renseignements », il tente de lutter et de fuir pour échapper à cet univers angoissant. Cette série constitue sans nul doute une allégorie des régimes totalitaires, Numéro 6 essaie de lutter en respectant les règles.
Le soir une voix s'échappe des haut-parleurs disposés un peu partout dans le Village pour annoncer le couvre-feu : « Plus que cinq minutes avant l'extinction des lumières. » Le Numéro 6 est surveillé constamment par une quantité innombrable de caméras. Le Village a un indéniable côté 1984 d'Orwell, un côté kafkaïen et carcéral.
Le soir une voix s'échappe des haut-parleurs disposés un peu partout dans le Village pour annoncer le couvre-feu : « Plus que cinq minutes avant l'extinction des lumières. » Le Numéro 6 est surveillé constamment par une quantité innombrable de caméras. Le Village a un indéniable côté 1984 d'Orwell, un côté kafkaïen et carcéral.
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Le Village est également une caricature de notre monde quotidien, un univers esthétique et ludique (téléphone sans fil, porte automatique, carte de crédits), envahi par la publicité, une cage dorée dans laquelle seul Numéro 6 semble lucide et déterminé à en sortir, les habitants se saluent d'un Be seeing you ! traduit en français par Bonjour chez vous !.
Le Numéro 2 incarne le pouvoir politique temporaire, la boule blanche représente les forces de l'ordre, cette boule nommée « le rôdeur » est sans forme, impersonnelle , inquiétante à l'image d'un mirador dans un camp de concentration. Le costume noir du Numéro 6 rappelle à la fois un habit de prêtre (Patrick McGoohan devait entrer dans les ordres mais y a renoncé) et l'uniforme fasciste. Les autres habitants revêtent des costumes très colorés mais évoluent dans un système sans aucun sentiment, sans aucun amour et ont souvent des comportements très excentriques : « Le Prisonnier évoque une forme de psychose schizophrénique car l'individu lutte contre le système tout en essayant d'y échapper : « Qu'est-ce que c'est ? » et « Qui est-ce ? » sont les deux grandes questions de la peur, explique Gilles Visy La simple formulation de telles questions implique un tremblement du réel annonçant tous les fantasmes du double, tous les symptômes de la dissociation caractéristique de la schizophrénie : soit de cette décomposition de l'âme par laquelle Maupassant définit justement la peur... Mais c'est aussi un véritable éloge de la fuite. À la fin de la série, le Numéro 6 s'évade pour rentrer chez lui comme toute personne qui, ayant fini sa journée de travail, retrouve son logement douillet pour se ressourcer. » De façon générale, la série véhicule un message explicitement individualiste et libéral.
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Patrick McGoohan avait joué dans une série d'espionnage « normale » qui avait eu un succès international : Destination danger. De cette série au Prisonnier, il ne change rien : ni son appartenance initiale aux services secrets, ni sa coiffure, ni son style. Tout se passe comme si on cherchait à nous faire comprendre que le Prisonnier est John Drake, ce qui accroît l'impression de basculement du réel que la série cherche - et réussit - à donner. Pour l'anecdote, dans un épisode de Destination danger, le village-hôtel de Portmeirion est utilisé, tout comme le thème du double (Schizoïd Man).
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Le Numéro 6 suppose toujours que quelqu’un nommé Numéro 1 est en charge du Village, mais seulement à deux reprises dans la série, quelqu’un des autorités du Village reconnaît directement l’existence du Numéro 1. Et il faudra attendre l'ultime épisode pour que son identité soit révélée, du moins en théorie puisque la résolution de ce mystère en installe un encore plus grand et toujours en discussion auprès des fans.
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¤ Dans la scène finale du 16e épisode, le Superviseur s'adresse au Numéro 6, ignorant le Numéro 2, et lui demande :
- Que désirez-vous ?
- Que désirez-vous ?
- Le Numéro 1.
- Suivez–moi.
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¤ A la fin du 13e épisode, le Colonel implore le Numéro 2 : « Vous devez contacter le Numéro 1 et lui dire que j’ai fait mon devoir. » Il n’est pas clairement établi si le Colonel suppose juste que le supérieur du Numéro 2 est le Numéro 1 ou s’il a déjà rencontré le Numéro 1. Le Colonel n’est certainement pas un membre de la hiérarchie du Village et n’a pas de numéro. L'incapacité du Numéro 6 à interpréter cette phrase a certainement un sens précis.
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Dans l’épisode final, le Numéro 1 apparaît comme une personne masquée et encapuchonnée. Lorsque son masque lui est retiré, il porte un masque de singe, mais quand ce masque lui est ôté, le visage du Numéro 6 est révélé. Il grimpe alors à une échelle et ferme une trappe derrière lui, en riant comme un fou.
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Aucune affirmation claire et directe concernant le Numéro 1 n’est jamais clairement interprétable. Même quand c’est le sujet de discussion dans la série. Ainsi le Numéro 2 dans le 2e épisode déclare : « cela n’a pas d’importance de savoir qui est le Numéro 1 », puis le Numéro 2 dans le 4e épisode, le prisonnier et le Numéro 2 discutent des conséquences d’être élu Numéro 2, le vieil homme déclarant : « le Numéro 1 ne sera plus un mystère pour vous, si vous comprenez ce que je veux dire ».
Les deux formulations pourraient s’accorder sur l’existence d’un véritable Numéro 1, ou simplement faire référence au désir du Numéro 6 de rencontrer le Numéro 1. Il est aussi possible que le Numéro 1 ne soit pas humain, comme Le Général. Dans leurs fonctions officielles, le Numéro 2 et les autorités du Village évitent même d’appeler le Numéro 1 par son titre. Certains ont interprété cela comme une indication qu’il n’y avait en fait aucun Numéro 1, dans le sens d’une personne, tout comme le non existant Big Brother dans 1984 d’Orwell. Il est évident, cependant, que quelqu’un donne certainement des ordres directs aux Numéro 2, parce que dans plusieurs épisodes, les Numéro 2 apparaissent intimidés au téléphone par une personne à qui ils s’adressent seulement par « Monsieur ».
Les deux formulations pourraient s’accorder sur l’existence d’un véritable Numéro 1, ou simplement faire référence au désir du Numéro 6 de rencontrer le Numéro 1. Il est aussi possible que le Numéro 1 ne soit pas humain, comme Le Général. Dans leurs fonctions officielles, le Numéro 2 et les autorités du Village évitent même d’appeler le Numéro 1 par son titre. Certains ont interprété cela comme une indication qu’il n’y avait en fait aucun Numéro 1, dans le sens d’une personne, tout comme le non existant Big Brother dans 1984 d’Orwell. Il est évident, cependant, que quelqu’un donne certainement des ordres directs aux Numéro 2, parce que dans plusieurs épisodes, les Numéro 2 apparaissent intimidés au téléphone par une personne à qui ils s’adressent seulement par « Monsieur ».
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Selon le co-créateur George Markstein, « Numéro 1 est le vilain aux commandes ». Le Numéro 1 pourrait aussi être à la fois le téléspectateur et le double du Numéro 6 (l'un est le côté pile et l'autre le côté face). Dans une interview pour la télévision conduite par Mike Smith dans les années 1970, Patrick McGoohan déclara : « La raison pour laquelle c'était déroutant, et décevant pour les spectateurs, je pense, était qu'ils attendaient une fin similaire à celle d'un James Bond, avec un homme mystérieux, un grand chef ou ce genre de chose qu'on trouve dans ces films ; et bien sur ce n'était pas du tout l'intention. L'objet était le plus grand mal dans l'être humain, l'essence humaine ; et c'est nous-mêmes, car en chacun de nous la plus dangereuse chose terrestre, c'est ce qui est en nous. Et c'est pour ça que j'ai fait le n°1 : soi-même, une image de soi-même qu'il essaye de battre. »
Selon le co-créateur George Markstein, « Numéro 1 est le vilain aux commandes ». Le Numéro 1 pourrait aussi être à la fois le téléspectateur et le double du Numéro 6 (l'un est le côté pile et l'autre le côté face). Dans une interview pour la télévision conduite par Mike Smith dans les années 1970, Patrick McGoohan déclara : « La raison pour laquelle c'était déroutant, et décevant pour les spectateurs, je pense, était qu'ils attendaient une fin similaire à celle d'un James Bond, avec un homme mystérieux, un grand chef ou ce genre de chose qu'on trouve dans ces films ; et bien sur ce n'était pas du tout l'intention. L'objet était le plus grand mal dans l'être humain, l'essence humaine ; et c'est nous-mêmes, car en chacun de nous la plus dangereuse chose terrestre, c'est ce qui est en nous. Et c'est pour ça que j'ai fait le n°1 : soi-même, une image de soi-même qu'il essaye de battre. ».
Nous sommes tous des numéros ?
À cet égard on peut interpréter des indices : l'ancien logement du héros à Londres porte le numéro 1, et dans le générique, à la question "Qui est le Numéro 1 ?", la réponse du Numéro 2 peut certes s'interpréter comme une non-réponse "Vous êtes le Numéro 6", mais aussi, en anglais, comme "Vous, numéro 6" ("You are, No. 6.") Le mystère restera entier - ou presque - et chacun possède sa propre opinion ou théorie. Pour ma part le Village est une métaphore de notre monde, ce que semble suggérer le bruit de la porte de la maison du Numéro 6 lors de la scène finale de la série. Mais il y a sans doute de nombreuses autres interprétations. Quelle est la vôtre ?

À cet égard on peut interpréter des indices : l'ancien logement du héros à Londres porte le numéro 1, et dans le générique, à la question "Qui est le Numéro 1 ?", la réponse du Numéro 2 peut certes s'interpréter comme une non-réponse "Vous êtes le Numéro 6", mais aussi, en anglais, comme "Vous, numéro 6" ("You are, No. 6.") Le mystère restera entier - ou presque - et chacun possède sa propre opinion ou théorie. Pour ma part le Village est une métaphore de notre monde, ce que semble suggérer le bruit de la porte de la maison du Numéro 6 lors de la scène finale de la série. Mais il y a sans doute de nombreuses autres interprétations. Quelle est la vôtre ?
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Vous voulez en savoir plus ?
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- Les amateurs de la série ne s'entendent pas sur l'ordre à considérer lors de la diffusion. Plusieurs tentatives ont été faites afin de déterminer un ordre universel, sans succès vu que les diffuseurs, les propriétaires de la série, les créateurs et les amateurs ont un ordre bien à eux.
- Lors de sa première diffusion en France, l'épisode The General fut traduit par Le Cerveau afin d'éviter toute confusion avec Charles de Gaulle, président de la République à l'époque du tournage de la série. Cette précaution sera levée quelques années plus tard lorsque l'ambiguïté sera définitivement écartée par le temps.
- La série comporte 17 épisodes, cependant Patrick McGoohan avait prévu de n’en faire que sept. Afin de favoriser l’exportation vers les États-Unis, les chaînes de télévision en matière de séries télévisées imposaient un standard de 26 épisodes. Un accord fut finalement trouvé sur le chiffre de 17 épisodes. Il y a cependant toujours un débat quant à savoir si l’arrêt de la série fut le résultat d’un accord mutuel entre les parties ou si la série fut purement et simplement annulée faute d'audience.
- Le Village utilisé dans la série est celui de Portmeirion au nord ouest du Pays de Galles. Il fut créé par Sir Clough Williams-Ellis. Les styles espagnols, autrichiens, italiens et grecs sont représentés à Portmeirion.
- Patrick McGoohan, dans les années 1990, avait l'intention d'adapter le Prisonnier en long métrage mais le projet n'a jamais abouti. Il est resté dans un tiroir jusqu'à ce que Christopher Nolan, juste après la sortie de Batman Begins, évoque l'idée de le réaliser.
- En 2009, une mini-série en six épisodes sera diffusée. Il s'agit d'une adaptation réalisée par Jon Jones avec Jim Caviezel dans le rôle du Numéro 6 et Ian McKellen dans le rôle du Numéro 2.
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