lundi 15 septembre 2008

Tales from the Crypt : EC History - Part 1/2

L’histoire du comic-book est jalonnée de succès et d’échecs, de maisons d’éditions ayant connues des réussites phénoménales, et d’autres dont seules quelques personnes se souviennent. Pour certaines d’entre elles, si leur nom est parvenu jusqu’à nous, c’est souvent l’œuvre d’un homme. C’est le cas de l’éditeur EC, acronyme originel d’Educational Comic, et qui allait, grâce à l’horreur, entrer au Panthéon des grands noms du comics américain. Découvrez l'histoire incroyable de William B. Gaines et ses célèbres Tales From The Crypt.
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Première Pierre
Durant les années trente, les comics connaissent leurs premières consécrations avec des héros tels que Superman, Flash Gordon, Tarzan ou encore Dick Tracy. Le monde découvre des personnages de papier aux capacités souvent incroyables, et dont les aventures passionnent rapidement une jeunesse avide de sensation. En parallèle aux titres qui marchent le plus, on trouve toute une catégorie de revues aux aspirations toutes autres. Ainsi peut-on lire des récits mettant en scène les Mickey Mouse et autres Bugs Bunny, vivant des aventures relativement enfantines. Mais on trouve aussi des comics plus ancrés dans l’Histoire. Ces publications sont le fief de l'éditeur EC - Educational Comic - avec des titres tels que Pictures Stories from the Bible, Pictures Stories from American History, Tiny Tot Comics ou Animal Fables. Leur objectif est de faire découvrir, de manière ludique, l’histoire du monde aux plus jeunes. Le directeur de publication de l’époque est un certain Max Gaines. Pour lui, les comics se doivent d’avoir un rôle pédagogique, préférant laisser à d’autres le soin d’imprimer des séries plus « divertissantes. »
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Le Fils Prodigue
Malheureusement, le lectorat se montre retissant à ces récits emprunts de culture, et EC croule sous les dettes. En août 1947, Max Gaines meurt accidentellement au court d’une excursion en bateau. Malgré la faillite qui guette, sa femme se refuse à laisser le fruit de son travail pourrir et demande à son fils, William (ici en photo), de reprendre les rênes.
C’est un jeune homme que les comics laissent de marbre, et qui ne voit pas comment il pourrait sortir du gouffre une société tellement déficitaire. Malgré tout, il cède et se retrouve à la tête d’EC.
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Entre Deux Eaux
William B. Gaines intègre donc EC. Il reste persuadé qu’il n’occupera ce poste que durant une courte période, le temps de trouver quelqu’un pouvant prendre sa suite. Mais les mois passent et il est toujours en poste. Et puisqu’il semble devoir être là pour encore quelques années, il décide de bousculer les antiques habitude et la ligne éditoriale qui se doit d'évoluer afin de se rapprocher de ses goûts personnels.
A cette époque, Archie (comics d’humour) est un véritable phénomène et William souhaite développer ce type de titres chez EC. C'est ainsi qu'en mars 1948, il édite Going Steady with Peggy, comics qui se veut être un peu plus décalé que le reste de la production maison. La même année, il décide d’opérer un changement radical des fondations même d'EC qui ne signifie plus Educational Comics, mais Entertaining Comics ! Ce qui pourrait apparaître comme un détail va changer toute la destiné de la petite maison d'édition familiale, et l’entraîner dans un univers jusqu’alors inaccessible.
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Crimes Parfaits
Cette nouvelle direction va très vite trouver le chemin des bacs et du succès. Crime Does Not Pay est une série qui marchait très bien en 1942. Mélangeant l'ambiance des films policiers à des intrigues de séries noires, le concept est rapidement repris en main par Gaines. Au genre policier, il ajoute la romance, les westerns, la fantasy, la science fiction et j’en passe. Au final c’est plus d’une dizaine de séries régulières qui vont voir le jour en quelques semaines : Saddle Justice, Saddle Romance, International Crime Patrol ou Moon Girl ne sont qu'une poignée d'exemples de la diversité des thèmes abordés.
C'est alors qu'arrive Al Feldstein. Ce nom ne vous dit sans doute rien, mais il est pourtant la pierre angulaire du succès d’EC. Sous son impulsion, l’héritage de Max Gaines va connaître une évolution inattendue en se tournant vers les comics d’épouvante. Pour ce faire, Feldstein et Gaines utilisent deux titres qui n’ont rien à voir avec l'horreur pour tenter l’expérience. Leur choix se porte sur Crime Patrol et War Against Crime.
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Return from the Grave
Crime Patrol #15 est le numéro par qui le malheur arriva. Cette revue, jusqu’alors consacrée aux séries policières, est le théâtre des premiers exploits du Crypt Keeper. Ce personnage étrange est le conteur d’une histoire horrifique titrée Return from the Grave.
Gaines et Feldstein souhaitaient mettre en place un personnage récurant, qui viendrait ponctuer les histoires de ses calembours douteux. Dés le Crime Patrol #16, le Crypt Keeper est de retour avec The Spectre in the Castle. Si à ses débuts il est assez « présentable », il va très vite acquérir un sens de l’humour plus noir que la nuit qui fera sa renommée. Dans le même temps, le duo introduit un autre conteur baptisé Vault Keeper. Pour sa première apparition au sein de War Against Crime #10, il commente le récit Buried Alive avec une fraîcheur toute cadavérique. Puis il revient dans le numéro suivant avec The Mummy’s Curse. Le succès de ces quatre récits est immédiat et le public plébiscite ces créations atypiques. Une ligne directe avec l’au-delà venait de s'ouvrir.
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Crypt, Vault & Haunt
William Gaines, conscient de l'engouement des lecteurs, ne tarde pas à réagir. En janvier 1950, le numéro 17 de Crime Patrol et le 12 de War Against Crime deviennent respectivement The Crypt of Terror (il ne deviendra Tales from the Crypt que quelques mois plus tard) et The Vault of Horror.
Puis Gaines et Feldstein créent The Haunt of Fear, troisième variation présentée cette fois par une vieille sorcière simplement nommée Old Witch.
Sol Cohen, directeur de publication depuis l’époque de Max Gaines, quitte EC, trouvant les nouvelles parutions trop « spéciales ». Reste que le succès de ces titres d’un genre nouveau va grandissant et en 1953, EC publie une vingtaine de revues régulières. Une production qui prend une telle ampleur, que Feldstein écrit jusqu’à 4 scénarii par semaine, sans parler des dessinateurs qui doivent enchaîner les planches. Mais le public est au rendez-vous et les ventes atteignent des sommets que Gaines Senior n’aurait même pas imaginés.
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Weird Science-Fiction
En mai 1950, EC étend son champ d’action et ouvre de nouvelles portes. Surfant sur la vague cinématographique et littéraire qui fait de la science-fiction une valeur sûre, décision est prise de lancer Weird Fantasy et Weird Science. En 1951, lorsque Robert Wise réalise Le Jour où la terre s’arrêta, il donne, sans le savoir, un sérieux coup de pouce à EC. Mais ce qui va réellement faire entrer ces deux revues dans la légende, c’est la participation active d’auteurs de SF reconnus et appréciés. Ainsi, après un court passage dans les pages de Vault of Horror, Ray Bradbury signe un épisode pour le numéro 13 de Weird Fantasy, intitulé Home to Stay. Cette collaboration s’avérera fructueuse et se poursuivra durant de longues années, Bradbury écrivant régulièrement pour diverses revues EC à compter de cette époque.
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A Suspenstories
En octobre 1950, c’est au tour des séries (très) noires de faire une apparition remarquée dans les rayonnages. Crime Suspenstories et Shock Suspenstories traitent ses sujets de manières réalistes et sombres, sans aucune forme de censure. Les récits sont âpres, et il y est souvent question de meurtres et de gangsters. Malgré un travail étonnant et la participation de scénaristes talentueux, la violence des histoires soulèvent moult critiques et donnent naissance à diverses controverses aux quatre coins du pays. Les critiques concentrent sur le contenu de ces magazines, la cruauté qu'elle dépeint et l'horreur débridée de certaines vignettes ou couvertures. Sans le savoir,
EC vit là les prémices de ce qui va devenir une véritable affaire d’état.
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Le Panthéon des âmes
Avant d’aller plus loin, arrêtons-nous quelques instants sur les différents auteurs qui ont contribués aux revues EC. Il serait trop long d’établir une liste exhaustive, mais il convient de citer des auteurs tels que Jack Davis (qui officia essentiellement sur les Tales from the Crypt et consorts dés 1951), Johnny Craig (en charge de Vault of Horror), Al Williamson (Tales from the Crypt, Flash Gordon), George Evans, Marie Severin (The Hulk) ou Bill Elder (Mad Magazine). Il ne s’agit là que des plus connus, mais l’écurie EC comportait bon nombre d’autres artistes tout aussi intéressants (Reed Crandall, Harvey Kurtzman, Joe Orlando ou Wally Wood entre autres).
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MAD
En 1952, Harvey Kurtzman se lance sur un nouveau magazine appelé MAD. L’objectif est de tourner en dérision le monde du comics. Afin que la chose ne soit pas mal acceptée dés le premier numéro, EC décide de se plagier en éditant une histoire parodiant ses propres séries. Rapidement, MAD devient une référence et on voit des héros très célèbres mis en scène de façon ridicule. Ainsi Superman, Wonder Woman ou Popeye connaîtront les affres de la comédie et du second degré. Depuis MAD s’est attaqué à tous les supports (cinéma, télévision, comics, sports, etc.), et rien ne semble pouvoir arrêter ce que Gaines présentait comme le « rouleau compresseur du rire. »
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Santa Claus Affair
En décembre 1953, EC va être mis sous le feu des projecteurs et montré du doigt comme la bête à abattre. A l’origine de la polémique, une histoire parue dans la revue Panic, titrée The Night before Christmas. On y voyait un dessin où le traîneau du Père Noël était tiré par Marilyn Monroe, Jane Russell, un petit ange et un unique renne, tandis que sur l’arrière on pouvait lire « Just Divorced ». Le Père Noël est une image pieuse pour beaucoup d’américains et, même dans le cadre d’une publication humoristique, on ne plaisante pas avec les icônes. Dés sa sortie, Panic #1 est interdit dans l’état du Massachusetts par le gouverneur Patrick J. McDonough. Ce brave homme va aller plus loin et entame une campagne visant à interdire des publications qu’il juge « vulgaires, dégradantes et avilissantes. »
L’affaire devient alors un combat politique, et revêt les atours d’une farce lorsque le sénateur William Purtell demande à ce qu’une enquête soit faite concernant les comics. Elle est confiée à Estes Kefauver, dont les exploits avaient défrayé la chronique trois plus tôt alors qu’il travaillait sur le cas du mafieu Frank Costello. La commission Kefauver se lance dans la bataille. Principal accusé, les éditions EC et leurs célèbres revues. Après avoir auditionné plusieurs dizaine de témoins, c’est au tour de William Gaines de venir à la barre pour défendre ses positions. Le 14 septembre 1954, le jugement tombe : EC doit suspendre la publication de tous ses titres horrifiques et policiers ! William Gaines se pense ruiné.
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CMAA
Ces quatre petites lettres vont bouleverser à jamais le paysage du comics. En 1954, le Comics Magazine Association of America est crée. Sa mission consiste à vérifier et approuver les revues (tous éditeurs confondus) en y apposant un timbre signifiant qu’elles « respectent les conventions du Comics Code ».
Désormais, il est interdit d’utiliser les mots Crime, Horror ou Terror dans un comics, Weird étant toléré. Le président de cette assemblée de « sages » est John Goldwater, qui n’est autre que le chef de publication d'Archie Comics.
Au fil des années, la taille de ce timbre a été réduite, et bien qu’il n’occupe maintenant qu’une toute petite place sur la couverture, il est toujours présent. Comme quoi les mauvaises habitudes ont la vie dure !

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