dimanche 7 septembre 2008

Jaws, la 5ème Symphonie de John Williams - Part 2/2

Quand Steven Spielberg fait appel à John Williams pour qu’il compose la musique de son film Jaws (les Dents de la Mer), il est loin de se douter du travail considérable que va entraîner une telle aventure. Bien plus qu’un accompagnement sonore, Williams propose un niveau de lecture tout à fait unique, et fait de sa musique un personnage à part entière. Il est donc tout à fait naturel d’en faire une étude approfondie, durant laquelle nous décortiquerons certaines des scènes parmi les plus importantes. Voyage au cœur du monde du silence avec un des maîtres de la musique moderne.
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3 – Les touristes arrivent à Amity (durée : 01’21)
Ironiquement titré « Tourists on the menu », le morceau qui accompagne le débarquement de touristes à Amity occupe la fonction d’intermède. A l’instar des ballets, il sert à séparer le récit en deux parties en y apportant une touche d’humour. L’emploi de clavecin et d’une structure semblable à celle de l’ère romantique (Bach) détonne avec l’atmosphère lourde installée jusqu’ici, et accentue le sentiment d’insouciance de toute cette nouvelle faune. Sans être pesante, la musique se perd dans la cohue des cris, klaxons et autres éclats de voix. En parallèle, la caméra nous montre le shérif Brody, seul personnage qui semble intéresser par le drame qui se joue sur la petite île.
Comme à chaque fois, le morceau s’arrête de manière tendue et brutale. Ceci s’explique par l’importance de la « déchirure » dans Jaws, qui reste le thème intra sec du film. La pause terminée, le drame reprend ses droits.
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4 – La chasse au requin (durée : 05’05)
C’est dans cette scène que la carrière de John Williams dans les films catastrophes se révèlent la plus criante. Dés les premières images de cette chasse, nous sommes dans une configuration proche des grands films d’aventures (on pense évidemment à Moby Dick). Mais s’ajoute aussi le western, le drame et le film de guerre (lorsque le fusil-harpon de Quinn entre dans le champ de la caméra, Williams utilise des tambours militaires.) Les changements de tons varient en fonction du personnage qui occupe l’écran (enfantin pour Brody, mélancolie irrévérencieuse pour Hooper et maturité pour Quinn), et nous sommes alors face à un véritable déferlement de couleurs et de sons.
Pour la première fois la musique s’estompe au fur et à mesure que le requin disparaît, après une attaque manquée, pour laisser peu à peu sa place au silence assourdissant de l’océan. Silence que tenteront de combler les chants des trois personnages, et le cri lointain d’une baleine.
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5 – La scène finale (durée : 02’05)
Peut-être la scène la plus dérangeante sur le plan musical. La raison en est l’absence totale de musique. Lorsque Quinn se fait dévorer, la musique de Williams s’efface, et laisse au requin le soin de mener le film. Il est alors évident que la vision seule du monstre suffit à créer le sentiment d’effroi, jusqu’ici distiller par la bande-son. Cette absence de musique est d’autant plus effrayante qu’elle rend la scène plus réaliste, et donc plus terrifiante.
Puis John Williams reprend ses droits pour l’affrontement final entre la créature et le héros. La musique doit, à ce moment là, être empathique car elle conclue aussi le mouvement de la symphonie, achevant le drame qu’elle avait instigué lors de la scène d’ouverture. A nouveau le morceau rappelle une respiration. Mais un silence inattendu avant la phase finale, déroute, nous obligeant à retenir notre souffle. Puis le requin explose, et la musique retrouve des accents de films de guerre.
Finalement, c’est un piano qui accompagne les dernières images du monstre, tandis que petit à petit, la musique se fait plus calme, presque réparatrice. On retrouve le son d’une cloche, entendu lors de la scène d’ouverture, et qui vient, tout comme dans un match de boxe, mettre un terme à l’histoire.
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Bien plus qu’un simple film de commande, Jaws est une proposition de cinéma qui intervient au moment où celui-ci s’apprêtait à franchir une nouvelle étape dans son évolution. Sans renier l’héritage des maîtres du genre, c’est à une nouvelle ère que des partitions telle que Jaws nous convie. Compromis parfait entre l’existant et le « à venir », John Williams ouvrait une voie nouvelle, en s’appuyant sur le travail de ses aînés, mais en allant au-delà des frontières du possible : la musique devient un personnage. Le muet l’avait pressentit, les auteurs contemporains le réalisent.
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3 commentaires:

Arckhas a dit…

Ah ouais bien!!!

Ilium a dit…

Dis donc, tu as du l'écouter en boucle. J'ai pas un souvenir aussi précis en dehors du thème principal. Hum je me laisserai bien tenter...
Les anciennes BO sont souvent bien meilleures que les dernières. Ou je me suis lassé ou il est arrivé au bout de son style. :)

Bree a dit…

Effectivement j'ai beaucoup écouté cette BO et encore plus souvent regardé le film qui reste pour une référence absolue !

La BO - sortie pour le 25 anniversaire et toujours disponible à ce jour - est un véritable régal que je conseille à tous les amateurs. Une leçon de musique et de cinéma ! ^^

Je profite de l'occasion pour vous remercier de votre fidélité :)