dimanche 31 août 2008

Jaws, la 5ème Symphonie de John Williams - Part 1/2

Quand Steven Spielberg fait appel à John Williams pour qu’il compose la musique de son film Jaws (les Dents de la Mer), il est loin de se douter du travail considérable que va entraîner une telle aventure. Bien plus qu’un accompagnement sonore, Williams propose un niveau de lecture tout à fait unique, et fait de sa musique un personnage à part entière. Il est donc tout à fait naturel d’en faire une étude approfondie, durant laquelle nous décortiquerons certaines des scènes parmi les plus importantes. Voyage au cœur du monde du silence avec un des maîtres de la musique moderne.
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Lorsque John Williams arrive sur Jaws, il vient d’enchaîner une série de films catastrophes parmi lesquels on retrouve L’aventure du Poséidon (1972), Earthquake ou La Tour Infernale (1974). Si la partition de Jaws s’inscrit dans une continuité logique, elle annonce aussi la période la plus flamboyante et la plus symphonique d’un compositeur devenu incontournable (période qui s’étale de 1977 à 1983 avec Rencontre du troisième Type, Star Wars, Superman, E.T ou Indiana Jones) Durant ces six années, John Williams remportera trois Oscars, des dizaines de prix, sans compter les nombreuses nominations. En cela Jaws est donc une partition annonciatrice de grands changements qui, comme nous allons le voir, va faire de quelques notes anodines, une révélation.
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Sur un air de terreur

On reproche souvent à John Williams son académisme et sa complaisance face aux désirs du public et du réalisateur. Pourtant sa musique est au service du film et rarement le contraire. Il participe bien sûr à la création de l’ensemble, mais toujours dans le respect du travail d’autrui. Cette règle est d’autant plus importante sur Jaws, où la musique y occupe une place prépondérante. Steven Spielberg décrit d’ailleurs les musiques de Williams ainsi : « Si Indiana Jones ne meurt jamais, c’est qu’il écoute avec attention la musique de John Williams. Les rythmes brutaux lui disent quand courir, le son tranchant des violons le prévient quand il doit baisser la tête. Les différentes tonalités dans les thèmes lui disent quand embrasser l'héroïne ou frapper l'ennemi. »
Comme son nom l’indique, la musique de film a pour objectif d’accompagner des images. Ainsi avons-nous préféré nous appuyer sur la partition telle qu'elle est dans le film, ce qui nous paraît plus pertinent, que de l'aborder comme une simple musique en soi. En effet, elle est bien plus que cela, devenant un élément crucial du dispositif cinématographique, liée aux images et autres sons qui composent l’ambiance générale.
Pour bien saisir l’importance du travail de John Williams, nous étudierons donc certaines scènes capitales tirées du film.
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1 – le Générique (durée : 01’07)
Après quelques sons étranges, deux notes retentissent graves et inquiétantes (un fa et un fa dièse). Une courte pause et deux nouvelles notes, doublée par deux autres, puis six qui montent crescendo. Finalement la première image apparaît, tel un rideau qui se lève, pour nous plonger dans un milieu sous-marin, où algues multicolores se mêlent à une faune aquatique dense, qui remue de manière chaotique. L’idée de jungle est appuyée ici par l’emploi de percussions primitives.
Le titre du film remplit alors l’écran (Jaws qui signifie Mâchoire en anglais), et la musique se fait plus inquiétante, et plus saccadée. Elle devient de plus en plus obsédante en raison de la répétition des notes, alternant les pauses et la tension. Pause et tension, en un rythme continu, qui symbolise une respiration ou un battement de cœur toujours plus cadencé.
Ce procédé n’est pas nouveau, puisque Bernard Herrmann l’a utilisé tout au long de sa carrière dans des films tels que Psychose, La Mort aux Trousses ou Taxi Driver. Mais si John Williams n’invente rien, il repousse des limites en inscrivant sa musique dans un mouvement continu qui expose, au travers de sa composition, ce que sera la suite du film.
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Enfin, le générique se termine brutalement, accentuant l’effet du montage à ce moment. Le changement de plan est instantané, violent et inattendu. L’utilisation d’une caméra subjective durant cette première scène prend alors toute son importance : la musique est le requin, et elle va déchirer littéralement l’image pour proposer une situation totalement différente.
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2 – la scène d’ouverture (durée : 01’38)
Nous passons des fonds-marins, glacés et inquiétants, à une plage où un groupe de jeunes gens s’amusent en toute quiétude, ignorant le drame qui se prépare. Ce procédé, cher à Alfred Hitchcock, permet d’installer une tension presque palpable. Le spectateur sait que quelque chose rôde tout près, sans vraiment savoir de quoi il s’agit, ni les objectifs poursuivis.
La scène qui suit est particulièrement bien construite sur le plan sonore. Tout d’abord par l’emploi d’instruments peu commun (un xylophone) d’ordinaire réservé à l’enfance. Puis un cri de mouette, qui attire la jeune fille, appelée à être la première victime, vers l’océan. Ainsi on découvre l’équation utilisée par Steven Spielberg tout au long du film : le son déclenche le mouvement. Le mouvement déclenche le drame …
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Notons l’importance du plan en contre-jour nous montrant les deux jeunes amoureux, courant ivres sur les dunes, avec en premier plan une barrière rappelant étrangement la mâchoire d’un requin.
Puis la jeune fille, désormais nue, plonge dans les eaux sombres de la mer. La caméra repasse en vue subjective tandis que la musique reprend sa respiration lascive. Au cœur de l’écran apparaît une cloche dont la présence est primordiale. Lorsque la caméra est au-dessus de l’eau, John Williams emploie une harpe, qui appelle au calme et à la douceur de l’instant, mais aussi à une menace invisible. Sous l’eau, nous retrouvons la « respiration-rythmique » du générique.
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Elle va de nouveau en amplitude pour atteindre son paroxysme avec la première morsure. Ici, c’est la musique qui donne corps au requin, on ne le voit pas, mais on est conscient de sa présence et de la menace qu’il représente. Le son de la cloche ajoute un élément sonore supplémentaire, qui finit par perdre le spectateur qui ne peut plus se fier à son audition, et est forcé de subir littéralement cette attaque d’une violence inouïe.
Enfin le calme retombe rapidement. Cette alternance entre fureur et silence déstabilise et créé un climat de tension qui démontre qu’à compter de cette minute, le requin peut frapper n’importe quand et n’importe où !
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4 commentaires:

Ilium a dit…

Oui je le dis haut et fort ! Jaws est le seul film qui m'empêche de me baigner là où je n'ai pas pieds !!
Et je pense ne pas être le seul....
Oui Williams dans ce film est un auteur tout aussi important que le réalisateur. Dans mes musiques de films il revient souvent comme Hans Zimmer, Danny Elfman ou Howard Shore. Il a influencé pas mal de monde d'ailleurs.

Arckhas a dit…

Ca m'a mis en haleine cette introduction!!! Vivement la suite!
Et tout comme Ilium, si je ne vois pas ce qu'il y a autour de moi quand je me baigne, mon imagination fait le reste et hop comme par miracle je sors de l'eau; étrange non?!^^

tourriol a dit…

La musique *est* le requin. Voilà, tout est dit.

Bree a dit…

Merci pour les compliments les Critts !

Sinon c'est clair que Jaws a terrifié toute une génération de baigneurs ^^

Pour ma part, je ne peux pas regarder l'océan l'été, débordant de vacanciers, sans être saisi d'une envie irrépressible de regarder Jaws ... mon côté pervers sans doute ;)