Avec la naissance du cinéma parlant, Universal souhaite faire son trou sur la scène cinématographique et s’attache les services d’une horde de monstres toute droit sortie de la littérature et rendue célèbre par la rumeur populaire. Dès lors les années 30 allaient doter Dracula d’un interprète et le cinéma d’une légende.
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Lorsque Bram Stoker publie Dracula en 1897, il n’existe aucune loi permettant de protéger les droits d’auteur. Afin d’obtenir un copyright, il rédige une adaptation théâtrale qu’il doit produire au moins une fois sur scène, chose aisée étant donné qu’il est l’administrateur du Lyceum Theatre de Londres. Cette unique représentation d’une durée de 4 heures, qui s’apparentait plus à une lecture du roman original légèrement modifié, eut lieu le 18 mai 1897 sous le titre Dracula the Un-Dead.
La quinzaine de comédiens étaient tous membres de la troupe du théâtre, tandis que le public se composait du reste de cette même troupe et des proches de Stoker. Parmi eux Hamilton Deane, jeune acteur d’origine irlandaise, fasciné par Dracula et son auteur. Durant de nombreuses années, il rêve en secret de transposer le livre sur scène. Mais la peur de l’échec et du refus de Stoker le conduisent à taire ses ambitions. Pourtant lorsqu’il apprend sa mort en 1912 il n’a plus qu’une idée en tête : adapter le roman.
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Entre quatre planches
Ses premières tentatives pour trouver des dramaturges, des producteurs et des comédiens n’aboutissent pas, le contraignant à remettre à plus tard son projet. En 1922 Friedrich Wilhelm Murnau réalise Nosferatu le Vampire (Nosferatu, eine Symphonie des Grauens), très largement inspiré du Dracula de Stoker. Une ressemblance telle que sa veuve, Florence Stoker, engage une procédure visant à en interdire l’exploitation et la diffusion pour contrefaçon. En 1925 un tribunal anglais condamne Varna-Films (producteur du film de Murnau) à détruire toutes les copies existantes. Une décision (heureusement) inapplicable en Allemagne où la bobine fut préservée.
Ses premières tentatives pour trouver des dramaturges, des producteurs et des comédiens n’aboutissent pas, le contraignant à remettre à plus tard son projet. En 1922 Friedrich Wilhelm Murnau réalise Nosferatu le Vampire (Nosferatu, eine Symphonie des Grauens), très largement inspiré du Dracula de Stoker. Une ressemblance telle que sa veuve, Florence Stoker, engage une procédure visant à en interdire l’exploitation et la diffusion pour contrefaçon. En 1925 un tribunal anglais condamne Varna-Films (producteur du film de Murnau) à détruire toutes les copies existantes. Une décision (heureusement) inapplicable en Allemagne où la bobine fut préservée.
Reste que cet épisode judiciaire n’entame pas le moral d’Hamilton Deane, plus que jamais convaincu de la viabilité de son entreprise. En 1923 il contacte Florence qui, à sa grande surprise et probablement face à son enthousiasme exacerbé, accepte. En quelques mois il parvient à faire du livre une pièce en trois actes et un prologue dont l’action se situe exclusivement en Angleterre pour des raisons de budget. La grande première a lieu au théâtre Derby en juin 1924 avec Raymond Huntley dans le rôle-titre et Deane dans celui du professeur Van Helsing.
Le succès est immédiat (Dracula devant rester à l’affiche jusqu’en 1941 !) permettant à la pièce de faire le voyage jusqu’en Amérique. En 1927 après une série de représentations triomphales, Deane et John Baldestone en écrivent une nouvelle version destinée à être montée à Broadway. Le personnage du comte est confié à un acteur inconnu du public, et tout frais débarqué de sa Hongrie natale, un certain Bela Lugosi.
Là encore la réussite est incontestable et convainc le studio Universal d’en produire un version cinéma. Lon Chaney, surnommé « l’homme aux mille visages » car habitué aux transformations physiques pour les besoins des films qu’ils tournent (Le Bossu de Notre-Dame – 1923, Le Fantôme de l’Opéra – 1925), est pressenti pour jouer le vampire. Malheureusement il succombe en 1930 à un cancer de la peau causé par les maquillages. Universal reporte logiquement son choix sur celui qui incarne avec succès Dracula depuis plusieurs mois. Bela Lugosi allait quitter l’ombre pour les ténèbres de la notoriété.
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La naissance d’un mythe
Basé sur la pièce, le scénario de Garrett Fort fonctionne à la manière d’une version courte qui fait l’impasse sur certains éléments du livre pour n’en conserver que l’essentiel.
Basé sur la pièce, le scénario de Garrett Fort fonctionne à la manière d’une version courte qui fait l’impasse sur certains éléments du livre pour n’en conserver que l’essentiel.
Renfield (Dwight Frye), venu conclure une vente avec le comte Dracula (Bela Lugosi) tombe sous son emprise maléfique. Ensemble ils se rendent à Londres où Dracula attaque la jeune Lucy Weston (Frances Dade) qu’il transforme en vampire. Il jette ensuite son dévolu sur l’innocente Mina Seward (Helen Chandler), fille d’un docteur qui appelle à la rescousse le professeur Van Helsing (Edward Van Sloan). Une course contre la mort s’engage, Dracula devant être éliminé avant que Mina ne devienne un vampire à son tour.
La réalisation est signée Tom Browning qui, malgré une soixantaine de films réalisés entre 1914 et 1939, ne passera à la postérité qu’après le génial Freaks la parade monstrueuse (Freaks) en 1932. Pour l’heure c’est sur Dracula (1931) qu’il doit relever un pari audacieux puisqu’il s’agit du premier film fantastique de l’ère du cinéma parlant. En cas d’échec, l’avenir du studio Universal serait très incertain. Inversement de bons résultats lui permettraient d’acquérir la stabilité financière indispensable à son développement.
La réalisation est signée Tom Browning qui, malgré une soixantaine de films réalisés entre 1914 et 1939, ne passera à la postérité qu’après le génial Freaks la parade monstrueuse (Freaks) en 1932. Pour l’heure c’est sur Dracula (1931) qu’il doit relever un pari audacieux puisqu’il s’agit du premier film fantastique de l’ère du cinéma parlant. En cas d’échec, l’avenir du studio Universal serait très incertain. Inversement de bons résultats lui permettraient d’acquérir la stabilité financière indispensable à son développement.
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Trône & DominationLe tournage débute le 29 septembre 1930 pour une sortie prévue au 14 février 1931 avec comme accroche « L’histoire d’amour la plus étrange que l’homme ait connue. ». Dès lors les ambitions sont claires : prendre ces distances avec l’imagerie vampirique traditionnelle incarnée par le Nosferatu de Murnau ; orienter la perception du public sur l’aspect romantique de l’histoire plutôt que l’épouvante ; conserver les atouts qui firent de la pièce un succès, soit une œuvre dramatique et bouleversante. Dracula (1931) s’impose presque instantanément comme une réussite totale, tant sur le plan critique que public. Différents facteurs expliquent cet engouement à commencer par la qualité de l’interprétation de Lugosi, véritablement habité par son personnage. Diamétralement opposé à la vision monstrueuse du vampire selon Murnau, son Dracula est cultivé, racé, passionné et mondain. S’ils partagent tous deux l’horreur d’une condition impliquant la mort d’êtres humains, Lugosi ajoute un raffinement hypnotique qui ne repose sur aucun effet sanguinolent ou artifice. Il s’appuie sur son charisme, sa diction si particulière et cette façon de poser sa voix, sans oublier ce regard perçant illuminant un visage monolithique sur lequel ne transparaît aucune émotion. Une gestuelle répétée soir après soir sur les planches de Broadway, où il acquit une précision diabolique dans l’art de devenir ce personnage à la fois effrayant et envoûtant. Dès lors ce vampire sans canine gagne en crédibilité et offre à Lugosi, plus qu’aucun autre interprète après lui, son ticket pour l’immortalité, marquant à jamais la mythologie et le rôle de son empreinte.
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L'Antre de la Folie
Outre la formidable performance de Lugosi, Dracula (1931) bénéficie d’une mise en scène soignée, bien que handicapée par une approche parfois trop théâtrale. A l’exception du début du métrage qui voit l’arrivée de Renfield au château et du voyage en bateau, la majorité de film se passe dans des décors intérieurs, sombres et mystérieux, donnant cette fausse impression d’assister à une pièce.
Heureusement le travail effectué sur la photographie par le chef-opérateur Karl Freund (ancien collaborateur de Murnau) confère à l’ensemble une atmosphère gothique empruntée à l’expressionnisme allemand sur laquelle se bâtira la légende d’Universal. Si certains lui reprochent ses bavardages superflus (excusés par l’excitation de l’avènement du parlant), Dracula (1931) reste un monument du genre qui inventa une forme de cinéma, enfantant des sous-catégories devenues incontournables telles que le gore, l’horreur ou plus largement le fantastique.
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Terreurs HispaniquesEn ces temps reculés de la naissance du parlant, le doublage en est encore au stade du balbutiement et il est difficile de vendre des films en terres étrangères. Paul Kohner, dirigeant au sein d’Universal, propose de réaliser deux versions d’un même film dans des langues différentes, et ce en réutilisant les mêmes décors et des comédiens au rabais.
Une première tentative en espagnol voit le jour en 1930 avec le thriller The cat and the canary, devenu au Mexique La voluntad del muerto.
Décision est prise d’appliquer un traitement similaire à Dracula, l’espagnol étant la langue la plus courante à travers le monde après l’anglais. Cette version est placée sous la houlette de George Melford qui tourne la nuit sur les plateaux utilisés par Browning le jour. Carlos Villarías endosse la cape du comte, Lupita Tovar est Eva (équivalent de Mina) et Eduardo Arozamena devient Van Helsing. Pour le public ce Dràcula (1931) est une production de seconde zone dédiée au marché hispanique. Pourtant elle n’a pas à souffrir de la comparaison, s’offrant (en de rares moments) le luxe de surpasser son modèle.
La narration de Melford est plus fluide et plus soutenue là où celle Browning installe une ambiance contemplative stylisée. Le Dracula espagnol ne joue pas avec les effets d’ombre et de brouillard, abandonnant la plupart des éléments terrifiants pour aboutir à des séquences moins atmosphériques et plus lumineuses. Un choix artistique qui peut surprendre, mais se révèle en adéquation avec le propos défendu ici. Alors que Browning étale son récit sur 75 minutes, Dràcula (1931) s’étire sur 104 minutes prenant le soin de préciser par l’image ce que son jumeau suggérait. A l’instar du voyage vers l’Angleterre qui, avec Lugosi, se contente de nous faire comprendre le carnage perpétré par Dracula, tandis que Melford inclue une séquence nous montrant un Renfield (Pablo Álvarez Rubio) possédé admirant l’œuvre de son maître.
Décision est prise d’appliquer un traitement similaire à Dracula, l’espagnol étant la langue la plus courante à travers le monde après l’anglais. Cette version est placée sous la houlette de George Melford qui tourne la nuit sur les plateaux utilisés par Browning le jour. Carlos Villarías endosse la cape du comte, Lupita Tovar est Eva (équivalent de Mina) et Eduardo Arozamena devient Van Helsing. Pour le public ce Dràcula (1931) est une production de seconde zone dédiée au marché hispanique. Pourtant elle n’a pas à souffrir de la comparaison, s’offrant (en de rares moments) le luxe de surpasser son modèle.
La narration de Melford est plus fluide et plus soutenue là où celle Browning installe une ambiance contemplative stylisée. Le Dracula espagnol ne joue pas avec les effets d’ombre et de brouillard, abandonnant la plupart des éléments terrifiants pour aboutir à des séquences moins atmosphériques et plus lumineuses. Un choix artistique qui peut surprendre, mais se révèle en adéquation avec le propos défendu ici. Alors que Browning étale son récit sur 75 minutes, Dràcula (1931) s’étire sur 104 minutes prenant le soin de préciser par l’image ce que son jumeau suggérait. A l’instar du voyage vers l’Angleterre qui, avec Lugosi, se contente de nous faire comprendre le carnage perpétré par Dracula, tandis que Melford inclue une séquence nous montrant un Renfield (Pablo Álvarez Rubio) possédé admirant l’œuvre de son maître.
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Morsures fatales
Néanmoins les différences restent subtiles et parfois anecdotiques : l’apparition de Dracula plus empreinte de mystère et de dangers sous-jacents, les portes émettant des grincements inquiétants, des prestations moins grandiloquentes. Il en résulte le sentiment de regarder deux films identiques dans leurs différences. Une sorte de jeu des sept erreurs où chacun possède ses défenseurs et détracteurs.
Morsures fatalesNéanmoins les différences restent subtiles et parfois anecdotiques : l’apparition de Dracula plus empreinte de mystère et de dangers sous-jacents, les portes émettant des grincements inquiétants, des prestations moins grandiloquentes. Il en résulte le sentiment de regarder deux films identiques dans leurs différences. Une sorte de jeu des sept erreurs où chacun possède ses défenseurs et détracteurs.
Mais tous sans conteste reconnaissent la perfection du jeu de Lugosi, Villarías devenant un nosferat un peu fade et presque mécanique, là où Lugosi EST Dracula ! La légende ne conservera d’ailleurs que son nom. Pour autant Dràcula (1931) reste une bande au charme indéniable qui, malgré une qualité générale en deçà du Browning, ne démérite pas et augure de l’explosion du cinéma fantastique d’Amérique Centrale, dont le chef-d’œuvre reste Les proies du vampire (El vampiro – 1957) du mexicain Fernando Méndez.
Enfin avant de refermer la crypte cuvée 31, sachez qu’il existe une « troisième version » du film de Browning avec l’ajout d’une partition musicale composée par Philip Glass et interprétée par le Kronos Quartet à l’occasion de la sortie du film en DVD. Si les puristes hurleront au sacrilège, réclamant pieux et crucifix pour bannir le néfaste, cette composition ajoute au climat et à la tension une touche délectable, et ce sans en modifier ou en altérer l’impact. Un petit plus appréciable et apprécié.
Enfin avant de refermer la crypte cuvée 31, sachez qu’il existe une « troisième version » du film de Browning avec l’ajout d’une partition musicale composée par Philip Glass et interprétée par le Kronos Quartet à l’occasion de la sortie du film en DVD. Si les puristes hurleront au sacrilège, réclamant pieux et crucifix pour bannir le néfaste, cette composition ajoute au climat et à la tension une touche délectable, et ce sans en modifier ou en altérer l’impact. Un petit plus appréciable et apprécié.
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Fiches Techniques
Fiches Techniques
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Dracula (1931)
(VO : Dracula) – 75 minutes
(VO : Dracula) – 75 minutes
Réalisation : Tod Browning
Scénario : Garrett Fort
Casting : Bela Lugosi, Helen Chandler, Edward Van Sloan
Résumé : Le comte Dracula se rend à Londres en compagnie de son serviteur Renfield où il entreprend de séduire la jeune Mina et son amie Lucy afin d’en faire des vampires.
Casting : Bela Lugosi, Helen Chandler, Edward Van Sloan
Résumé : Le comte Dracula se rend à Londres en compagnie de son serviteur Renfield où il entreprend de séduire la jeune Mina et son amie Lucy afin d’en faire des vampires.
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Dràcula (1931)
(VO : Dràcula) – 104 minutes
(VO : Dràcula) – 104 minutes
Réalisation : George Melford
Scénario : Baltasar Fernández Cué
Casting : Carlos Villarías, Lupita Tovar, Pablo Álvarez Rubio
Résumé : Tourné en parallèle de la version de Tod Browning avec Bela Lugosi, ce film en conserve la même trame en y ajoutant quelques détails infimes.
Casting : Carlos Villarías, Lupita Tovar, Pablo Álvarez Rubio
Résumé : Tourné en parallèle de la version de Tod Browning avec Bela Lugosi, ce film en conserve la même trame en y ajoutant quelques détails infimes.
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Guide de Lecture
Vampires : la réalité derrière le mythe - Part 1/12
Les Vampires du Silence - Part 2/12
Guide de Lecture
Vampires : la réalité derrière le mythe - Part 1/12
Les Vampires du Silence - Part 2/12
Les Vampires : Evolution d'un mythe - Part 11/12
Rice, Lugosi & Lee : Dans l'ombre des vampires - Part 12/12
Rice, Lugosi & Lee : Dans l'ombre des vampires - Part 12/12
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