dimanche 16 mars 2008

Halloween, la Nuit des Masques - Part 2/2

Doté d’un budget dérisoire et réalisé en un temps record par un débutant, Halloween (1978) entre très vite dans la légende comme le film à l’origine du mouvement des slasher-movies, puis comme une très lucrative opération financière et enfin comme un œuvre terrifiante. Depuis son succès ne s'est jamais démenti, donnant lieu à neuf séquelles et imposant Michael Myers comme une icône du cinéma d’horreur. Retour sur la genèse d’un film qui allait engendrer un mythe.
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L’incarnation du Mal
La scène d'introduction du film, qui peut sembler banale aujourd’hui, marque pourtant une véritable révolution pour l’époque. Par le biais de la caméra subjective (une première pour le genre), Carpenter pousse le public dans ses derniers retranchements, le transformant simultanément en complice et spectateur d’un meurtre d’une rare violence. Une violence décuplée lorsque se dévoile l’identité du tueur : un enfant ! Dès lors nous savons que l’horreur ne sera pas forcément visuelle (bien que la suite offre son lot d’hémoglobine), mais bien psychologique.

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Un sentiment confirmé dès la scène suivante qu’un second écran noir situe à Smith’s Grove, Illinois, le 30 octobre 1978. Nous faisons la connaissance du docteur Sam Loomis (Donald Pleasence) et d’une infirmière (que Michael finira par tuer en 1998 dans H20) Marion Chambers (Nancy Stephens), en route vers une institution afin d’y récupérer Michael. Loomis est le psychiatre chargé du cas Myers depuis quinze ans. Nous apprenons que Michael n’a pas prononcé un mot depuis le meurtre et que Loomis le considère comme une « chose » démoniaque qui doit à tout jamais rester enfermée. Sa théorie et son acharnement à prévenir son entourage de l’extrême dangerosité de Myers perdureront tout au long de la série. Malgré sa mort (présumée) lors du final d’Halloween 6 : la Malédiction de Michael Myers (1995), la scène d’ouverture d’H20 (1998) reprend son monologue du premier Halloween où il présente Myers comme l’incarnation du Mal Absolu, dépourvu du moindre sentiment, de la moindre compassion.

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La peur du noir est éternelle
Parvenus sur les lieux, Loomis et son infirmière constatent que les patients sont en liberté alors qu’il fait encore nuit et qu’une pluie torrentielle se déverse sur la région. Cette courte scène, hommage évident à La Nuit des morts-vivants de George A. Romero, confirme la défiance de Loomis envers son patient qui s'est échappé après avoir libéré de nombreux malades. Nous imaginons, sans aucune confirmation, que Myers a dû massacrer une partie du personnel soignant pour parvenir à s’enfuir. Et Loomis de conclure : « Le Mal s’est échappé, il est en liberté », clin d’œil appuyé au Frankenstein de Mary Shelley.
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Retour à Haddonfield le jour d’Halloween. Lorsque nous découvrons Laurie Strode (Jamie Lee Curtis), adolescente sans histoire, elle doit déposer un jeu de clés sur le perron d’une maison que son père espère vendre. En l'occurrence, l’ancienne demeure des Myers, théâtre d’un dramatique fait divers que la ville souhaite oublier comme en atteste son état de délabrement. À l’intérieur se dessine une silhouette dont émane une lourde respiration. Et tandis que Laurie visiblement observée s’éloigne, un profond sentiment de menace s'installe.
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Haute tension à Haddonfield
À la manière d’Orson Welles dans Citizen Kane, John Carpenter multiplie les longs plans-séquences et évite les coupes nettes d’un montage qui viendrait déstructurer ce que l’image construit. La simplicité du récit lui permet de se concentrer sur son ambiance, usant de travellings latéraux pour suivre ses protagonistes et de plans larges autorisant la présence de plusieurs personnages. Aussi la première partie du film instaure une certaine placidité que seuls Loomis et la présence de cet automobiliste suivant Laurie viennent troubler. Pourtant l’inquiétude va crescendo, et c’est avec un plaisir évident Carpenter se joue de nos nerfs : stress croissant de Loomis, profanation de la sépulture Myers, omniprésence de Michael pourtant invisible, dépouille d’un chien qui semble avoir été dévoré. Même la musique d'une douceur pernicieuse se fait plus sourde de menace, soulignant ce que la caméra suggère, et portant le spectateur vers un final sanglant qu’il sait inévitable.
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La tension parvenue à son paroxysme, les pièces du puzzle sont désormais en place. Laurie Strode a rejoint le lieu de son baby-sitting, tout comme son amie Annie (Nancy Kyes) qui garde une fillette dans la maison d’en face. Pour l’anecdote, on peut y voir à la télévision deux films cultes de Carpenter : Planète Interdite de Fred M. Wilcox et La Chose d'un autre monde d’Howard Hanks - dont il réalisa un remake en 1982 sous le titre The Thing.

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Passage à l'acte
La nuit est tombée et le prédateur Myers guettant ses proies, va officiellement entrer en scène. Il commence sa funeste battue en tuant un chien à mains nues, prouvant ainsi toute la férocité et la bestialité qui l’animent. Puis c’est au tour d’Annie que Michael étrangle dans sa voiture avant de lui trancher la gorge. Pendant ce temps Lynda (P.J. Soles) et son petit ami Bob (John Michael Graham) s’ébattent joyeusement dans la maison, inconscients du drame qui se joue dans le garage. Bob, descendu prendre une bière dans la cuisine, devient la seconde victime du tueur implacable qui l’étouffe avant de le clouer au mur avec un couteau qui traverse sa poitrine. Carpenter abandonne la suggestion. Comme l'avait décrit Loomis, Michael est bien un prédateur dénué de conscience.
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Et tandis qu'il observe, impassible, l'agonie de Bob, son inhumanité s'affirme aussi indéniable que dérangeante. Un sentiment renforcé par la scène suivante où, Myers caché sous un drap surmonté des lunettes de Bob, demeure immobile dans l’embrasure de la porte tandis que Lynda, ignorant le drame, s’amuse de la situation. Si cela peut prêter à sourire, la suite nous ramène sans ménagement à l’effroyable réalité, Myers étouffant Lynda avec le fil du téléphone qu’elle utilise pour appeler Laurie. S’agrippant au drap pour tenter de lui faire lâcher prise, Lynda découvre enfin le visage de Michael Myers sur lequel la caméra s’attarde de longues secondes.
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Allitérations sociales

Un inexpressif masque blanc, ne laissant à aucun moment deviner ce qu'il cache. Au-delà de son aspect terrifiant, ce choix artistique allait transfigurer à tout jamais notre approche du cinéma d’horreur. Si Tobe Hopper dotait son tueur d’un masque composé de peau humaine dans Massacre à la tronçonneuse, John Carpenter va plus loin et lui donne une raison sociale. Comme le prouvera la suite de sa carrière, Carpenter est un cinéaste engagé, utilisant ses films comme une tribune, mettant en lumière les exclus de la société (Invasion Los Angeles, New York 1997, Ghost of Mars). Michael Myers par son mutisme et sa détermination, incarne la perte de repère d’une civilisation qui n’a plus le temps de communiquer alors même qu’elle en a tous les moyens. Il faut bien sûr resituer tout cela dans le contexte de l’époque. Au début des années 80, le monde se réveille avec une sacrée gueule de bois d’une décennie de crises sociales et économiques. Les ghettos ne sont plus seulement l’apanage des pays pauvres. Aux Etats-Unis tout particulièrement où le phénomène des banlieues gagne en importance, entassant des communautés dites minoritaires qui n’ont d’autre recours que la violence pour survivre. Michael Myers incarne cette mort annoncée d’une humanité moribonde et divisée.
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Autre constat social, la place grandissante des femmes et la peur des hommes de perdre leur statut de mâles dominants. Halloween donne la parole à cette nouvelle génération de femmes indépendantes et engagées. Elles parlent ouvertement de sexe jusqu’à en être provocatrices (Annie au téléphone avec son petit ami, à qui John Carpenter prête sa voix, ne mâche pas ses mots), fument de la drogue, boivent de l’alcool et sont bien plus agressives dans leurs attitudes. À l’image de Lynda qui après avoir fait l’amour avec Bob, allume une cigarette et l’envoie lui chercher une bière alors qu’elle reste au lit. Attitude typiquement masculine s’il en est ! Michael Myers devient le bras vengeur de cette virilité en péril, tuant principalement des jeunes filles affranchies, comme pour noyer dans l’œuf cette libération méritée : le meurtre comme seule réponse à l’émancipation féminine.
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Le Mal Incarné
Après s’être débarrassé de son entourage proche, la confrontation finale entre Michael Myers et Laurie Strode intervient, divisée en trois temps. Laurie, alertée par le coup de fil de Lynda, décide de la rejoindre. Myers, dans une mise en scène macabre, a disposé le cadavre d’Annie sous la pierre tombale de sa sœur, Judith Myers. Les corps de Lynda et Bob sont dissimulés dans des placards que Laurie ouvre évidemment. Puis Myers tente de poignarder Laurie qui parvient à prendre la fuite. Poursuivie, elle blesse Michael qui s’effondre sans vie. Pourtant il se redresse et reprend sa traque. Se réfugiant dans un placard, où Michael ne tarde pas à la trouver, Laurie lui plante un cintre dans l’œil. Une nouvelle fois il s'affaisse lourdement sur le sol. Convaincue de l’avoir terrassé, Laurie s’effondre en larmes. Mais Myers revient à la charge. Le docteur Loomis, attirée par les hurlements, arrive in extremis et décharge son pistolet sur Michael qui passe à travers la fenêtre du premier étage pour aller s’écraser dans le jardin. Confirmant à Laurie qu’il s’agissait du croquemitaine, Loomis se dirige vers la fenêtre béante pour constater l'évidence, le corps de Michael a disparu : le Mal ne peut être détruit.

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Le film s’achève sur une suite de plans fixes des principaux sites de l’action, au rythme de l’hypnotique thème musical et de la lente respiration d’un Michael bien vivant.
En créant Michael Myers, et au-delà du film remarquable qu’est Halloween, John Carpenter a ouvert la voie à toute une génération de psycho-killers, adeptes des armes blanches. Quelque neuf films plus tard, la saga Halloween conserve tout son pouvoir de séduction et de terreur, le premier opus demeurant sans conteste le plus réussi. Une œuvre intemporelle et indispensable.
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Guide de lecture

2 commentaires:

Byzantin a dit…

C'est vrai que cette musique est vraiment géniale!!! Par contre je ne savais pas que Carpenter avait créé un groupe de musique? Il a fait un album (sauf les OST de ces films bien sûr?)

Sinon au début de ce dossier je me suis demandé ce que tu allait raconter pendant 3 parties ... ben le résultat et une fois encore très sympa!!! Decidemment un blog qui gagne a etre connu :)

Arckhas a dit…

Faut croire que cette fripouille de Bree se débrouille bien!
En tous cas toujours aussi sympa à lire!
Et concernant les quelques notes de musiques du début, elles nous plongent de suite dans l'ambiance! Simple, efficace,angoissant,terrible, génial quoi!!!