Doté d’un budget dérisoire et réalisé en un temps record par un débutant, Halloween (1978) entre très vite dans la légende comme le film à l’origine du mouvement des slasher-movies, puis comme une très lucrative opération financière et enfin comme un œuvre terrifiante. Depuis son succès ne s'est jamais démenti, donnant lieu à neuf séquelles et imposant Michael Myers comme une icône du cinéma d’horreur. Retour sur la genèse d’un film qui allait engendrer un mythe.
11
Après un film de fin d’études tout à fait honorable (Dark Star – 1974), John Carpenter lance son premier pavé dans la mare avec l’étonnant Assaut on Precinct 13 (1976). Critique sociale sur fond de violence urbaine, il y dénonce les méfaits d’une course à l’armement privé entretenue par la NRA, et la ghettoïsation des villes américaines conduisant inévitablement à une révolte des oubliés du capitalisme. Malgré un bel accueil dans certains festivals, Assaut est boudé par le public et une partie de la critique. Néanmoins le potentiel de ce jeune cinéaste de 28 ans n’échappe pas à Irwin Yablans. Il présente le film à un certain Michael Myers, qui décide de distribuer Assaut en Europe. C’est ainsi que lors d’une projection londonienne à laquelle il assiste avec sa collaboratrice Debra Hill, John Carpenter rencontre Moustapha Akkad, futur producteur de la saga Halloween. En signe de reconnaissance, John Carpenter baptisa son psychopathe du nom de ce distributeur qui lui permit de sortir définitivement de l’anonymat.1
La peur dans l'âme
Dans le même temps, Irwin Yablans souhaite produire un film d’horreur aussi effrayant que L’Exorciste de William Friedkin (1973) dans lequel il serait question d’un maniaque persécutant des baby-sitters sous le titre The Babysitter Murderers. Il confie son idée à John Carpenter qui propose d’en situer l’action durant la nuit d’Halloween. Moustapha Akkad se laisse convaincre et débloque 300.000 dollars. Carpenter accepte de prendre en main l’entreprise pour un salaire de 10.000 dollars et un intéressement de 10 % sur les recettes. À ce tarif il doit non seulement diriger le film, mais aussi en écrire le scénario et la musique. Afin de conserver un minimum de contrôle, Debra Hill investit le peu d’argent qu’elle possède dans la production et collabore à l’écriture du script. 1
Aux sources du Mal« Notre point de départ fut que le Mal ne pouvait être tué, explique Debra Hill. Nous sommes partis de l’antique légende de Samhain selon laquelle durant la nuit d’Halloween, les âmes des morts reviennent hanter les vivants. Progressivement, nous nous sommes arrêtés sur un hypothétique gamin diabolique. John est arrivé avec son idée d’une petite ville sur laquelle pèse un secret sordide. Des années plus tard, le Mal revient sur le lieu de son origine pour reprendre son jeu de massacre. Nous ne voulions surtout pas faire un film trop sanglant. Notre objectif a toujours été de réaliser une bande terriblement angoissante ». Haddonfield, la ville où se situe l’action, doit son nom à une petite bourgade du New Jersey où Debra avait grandi. La plupart des rues portent le nom de celles de Bowling Green, dont est originaire John Carpenter, Laurie Strode devant son patronyme à l'une de ses ex-petites amies. Enfin le docteur Sam Loomis est un hommage au personnage incarné par John Gavin dans le Psychose d’Alfred Hitchcock (1960).
.
Quoi de neuf docteur ?
Le scénario rédigé, l’étape suivante consistait à monter un casting adéquat tout en tenant compte des restrictions budgétaires. À l'origine Carpenter souhaite confier le rôle du docteur Loomis à Christopher Lee (Dracula - 1958) ou Peter Cushing (Le Chien des Baskerville - 1959), monstres sacrés de l’épouvante britannique. Tous deux déclinent l'offre, amenant Carpenter à se tourner vers Donald Pleasence (Le Prince des Ténèbres - 1987) qui accepte. Pour camper Laurie Strode, le cinéaste envisage Annie Lockhart, fille de June Lockhart connue pour sa participation aux séries Lassie et Lost in Space. Finalement Debra Hill propose Jamie Lee Curtis, fille de Tony Curtis et Janet Leigh, l'héroïne de Psychose, laquelle fait une apparition, sur le thème musical de Psychose, dans Halloween 20 ans après (1998). Un hommage mérité de la saga Halloween, et au travers elle des slashers en général, au chef-d’œuvre d’Hitchcock.1
La tête de l’emploiDernier point, et non des moindres, l’apparence du tueur. Carpenter demande à son ami Tommy Lee Wallace - qui réalisera par la suite Halloween 3 en 1983 - d’intégrer son équipe en qualité de directeur artistique. Sa première responsabilité fut de créer le masque du tueur. « L’idée était d’obtenir un aspect très humain sans que l’on y décèle la moindre humanité, se souvient Wallace. Dans un premier temps, j’ai proposé un masque de clown à la fois rassurant et dérangeant sur le plan émotionnel. Mais nous n’étions pas totalement convaincus. C’est alors que je me suis rendu dans la boutique de Burt Wheeler sur Hollywood Boulevard où j’ai acheté pour 1.98 $ un masque du capitaine Kirk de la série Star Trek. Nous l’avons peint en blanc de sorte qu’il était impossible de reconnaître le visage de William Shatner. Nous tenions notre masque ! ».
.
.
Le tournage se déroule durant le printemps 1978 au sud de Pasadena en Californie. Outre la difficulté de trouver des citrouilles en plein mois de mars, la production se heurte au problème de l’environnement extérieur où les palmiers prolifèrent. Les premiers plans sont mis en boîte dans une demeure à l'abandon (la maison des Myers) louée à une église. La plupart des enfants et des voitures appartiennent à des membres de l’équipe, tandis que le garage Phelps Auto Service prête ses véhicules en échange d’une apparition à l’écran. Résultat Michael Myers croise la route d’un mécano de chez Phelps qu’il égorge avant de lui dérober sa tenue qui deviendra son costume officiel.
.
Le baromètre de la peur
Une fois les plans censés se dérouler dans la demeure en ruine des Myers terminés, toute l’équipe participe à la décoration intérieure afin de tourner la fameuse scène d’ouverture où l'on voit Michael assassiner sa sœur : « John souhaitait obtenir des plans très élaborés qui nécessitaient une certaine minutie dans les détails, raconte Debra Hill. Les lumières, le mobilier et la disposition de chaque chose devait être précis. Tout cela nécessité une longue préparation. Pour l'anecdote, et comme il n’était pas question qu'un enfant soit présent durant la nuit sur le plateau, ce sont mes mains que l’on voit saisir le couteau dans le tiroir ! »
Le baromètre de la peur
Une fois les plans censés se dérouler dans la demeure en ruine des Myers terminés, toute l’équipe participe à la décoration intérieure afin de tourner la fameuse scène d’ouverture où l'on voit Michael assassiner sa sœur : « John souhaitait obtenir des plans très élaborés qui nécessitaient une certaine minutie dans les détails, raconte Debra Hill. Les lumières, le mobilier et la disposition de chaque chose devait être précis. Tout cela nécessité une longue préparation. Pour l'anecdote, et comme il n’était pas question qu'un enfant soit présent durant la nuit sur le plateau, ce sont mes mains que l’on voit saisir le couteau dans le tiroir ! ».
.
Dans une perspective de gain de temps, Carpenter élabore la méthode du Fear Meter, une échelle qui permettait à Jamie Lee Curtis de savoir dans quel état d'esprit aborder les séquences. « Comme nous ne tournions pas le film dans l’ordre chronologique, s’amuse Jamie Lee Curtis, John avait défini ce système finalement aussi simple qu'efficace. Ainsi sa direction d’acteur se limitait à me dire « Ok, là c’est une scène de niveau 7 et celle de ce soir de niveau 91/2 ! » Dès lors, je savais à quoi m’en tenir et c’était aussi pratique que rapide. » Après 21 jours de tournage, John Carpenter fait résonner le clap final. Halloween a rendez-vous avec l’Histoire du cinéma.
.
Quelques notes obsessionnellesLe film s’ouvre sur un thème musical (disponible dans la colonne de gauche) entré depuis dans les annales du genre. Une obsédante partition au piano composée de quelques notes basiques. « Je me suis inspiré de la musique du film Suspiria de Dario Argento. Il s’agit d’un rythme en 5-4 temps que m’a enseigné mon père. Mais si je peux jouer sur tout type de clavier, je suis en revanche incapable de lire la moindre partition ! » confesse Carpenter. Qu'importe, le score du film est une petite merveille qu’il signe sous le nom du Bowling Green Orchestra. Dans le même temps, il fonde, en compagnie de Tommy Lee Wallace et Nick Castle (qui incarne Michael Myers dans le film), le groupe The Coupe De Villes dont on peut entendre un morceau à la radio lorsque Laurie et Annie se rendent à leurs baby-sittings respectifs. Enfin Carpenter s'octroie le soutient du compositeur Dan Wyman, spécialiste de la musique électronique qu’il enseigne depuis à l’université de San José en Californie.
.
.
Particulièrement efficace, cette bande sonore plonge le spectateur dans un état d’angoisse extrême sans qu'aucune action de cette nature n'intervienne à l’écran. Ainsi un simple plan fixe devient tétanisant par la seule présence d’une partition préludant à danger imminent. À l'occasion du vingtième anniversaire du film une version intégrale de la bande originale a été éditée par Varèse Sarabande.
Particulièrement efficace, cette bande sonore plonge le spectateur dans un état d’angoisse extrême sans qu'aucune action de cette nature n'intervienne à l’écran. Ainsi un simple plan fixe devient tétanisant par la seule présence d’une partition préludant à danger imminent. À l'occasion du vingtième anniversaire du film une version intégrale de la bande originale a été éditée par Varèse Sarabande.
.
Mortelle Jeunesse
Après un générique durant lequel la caméra effectue un zoom sur une citrouille, symbole de la fête donnant son titre au film, un écran noir nous indique que nous sommes à Haddonfield, Illinois, la nuit d’Halloween en 1963. Pour la version française, une voix-off explique brièvement la nature de cette fête alors méconnue hors des Etats-Unis (ce que le film allait rapidement changer).
La séquence suivante, abordée en caméra subjective, nous propulse au cœur de l’action. S’approchant d’une fenêtre de la bâtisse, elle s’attarde sur un couple d’amoureux s’embrassant avec ardeur avant de monter dans une chambre pour y faire l’amour. La caméra se détourne, contourne la maison et pénètre dans la cuisine. Toujours en caméra subjective, deux mains saisissent un large couteau avant de nous entraîner à l’étage. Après avoir ramassé un masque de clown, derrière les yeux duquel nous suivons dès lors l'action, nous pénétrons dans la chambre d’une jeune fille à demi nue qui se peigne. Le couteau se dresse et la frappe à plusieurs reprises tandis qu'elle hurle « Michael », révélant ainsi qu’elle connaît son agresseur (il est amusant de noter que dans la version française, elle prononce « Michel »).
Après un générique durant lequel la caméra effectue un zoom sur une citrouille, symbole de la fête donnant son titre au film, un écran noir nous indique que nous sommes à Haddonfield, Illinois, la nuit d’Halloween en 1963. Pour la version française, une voix-off explique brièvement la nature de cette fête alors méconnue hors des Etats-Unis (ce que le film allait rapidement changer).La séquence suivante, abordée en caméra subjective, nous propulse au cœur de l’action. S’approchant d’une fenêtre de la bâtisse, elle s’attarde sur un couple d’amoureux s’embrassant avec ardeur avant de monter dans une chambre pour y faire l’amour. La caméra se détourne, contourne la maison et pénètre dans la cuisine. Toujours en caméra subjective, deux mains saisissent un large couteau avant de nous entraîner à l’étage. Après avoir ramassé un masque de clown, derrière les yeux duquel nous suivons dès lors l'action, nous pénétrons dans la chambre d’une jeune fille à demi nue qui se peigne. Le couteau se dresse et la frappe à plusieurs reprises tandis qu'elle hurle « Michael », révélant ainsi qu’elle connaît son agresseur (il est amusant de noter que dans la version française, elle prononce « Michel »).
.
.Puis la caméra se retire et quitte les lieux au moment où arrive une voiture. Deux adultes, que l’on comprend être les parents de l'adolescent, se dirigent vers la caméra et l’interpellent (du même « Michel » en VF !). Enfin le père retire le masque et la caméra renoue avec une perspective globale pour nous révéler sous l’accoutrement de clown, un garçonnet de six ans ! Son visage impassible, son regard inerte et le couteau ensanglanté dans sa main le démontrent : nous venons d’assister, de l’intérieur, à la naissance du Mal.
.
**********
Guide de lecture















4 commentaires:
Je suis très fan du premier opus et d'ailleurs je n'ai que ce dernier en dvd!
Simple et efficace, que demander de plus!
Par contre, y a tout pleins d'info sympa sur la création de ce "succes movie"!
Excellent film en effet et je dois dire que l'article nous apprend pas mal de choses sur sa création! Et quand je vois qu'il reste encore deux parties, je me demande bien de quoi elle seront constituées??
En tout cas ce site est toujours aussi excellent, les sujets sympas, les internautes (en tout cas pour ceux qui postent des commentaires) sont toujours pertinants et c'est un plaisir que de lire tout ça ... je vais me refaire Halloween de ce pas :)
C'est vrai que cette musique est vraiment géniale!!! Par contre je ne savais pas que Carpenter avait créé un groupe de musique? Il a fait un album (sauf les OST de ces films bien sûr?)
Sinon au début de ce dossier je me suis demandé ce que tu allait raconter pendant 3 parties ... ben le résultat et une fois encore très sympa!!! Decidemment un blog qui gagne a etre connu :)
Faut croire que cette fripouille de Thomas se débrouille bien!
En tous cas toujours aussi sympa à lire!
Et concernant les quelques notes de musiques du début, elles nous plongent de suite dans l'ambiance! Simple, efficace,angoissant,terrible, génial quoi!!!
Enregistrer un commentaire