dimanche 27 janvier 2008

La Fantasy dans tous ses états - Part 4/9 : Jeux de Rôle 2/2

En 1966 le Seigneur des anneaux de J.R.R. Tolkien (1954-1955), roman fondateur de toute une culture, sort aux Etats-Unis. Greg Stafford, un féru de fantasy, en profite pour poser les bases d’un monde qu’il baptise Glorantha et qui servira de théâtre au futur RuneQuest (1978). En parallèle Ernest Gary Gygax, créateur de Donjons & Dragons (1974), découvre le chef-d’œuvre de Tolkien. Une découverte qui va changer à jamais le visage de la fantasy en donnant naissance au jeu de rôle. Armé de dés et de crayons, chacun peut désormais arpenter les couloirs suintants d’un donjon dans l’espoir d’y dénicher un fabuleux trésor gardé par un vénérable dragon.
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Emancipation héroïque
Tandis qu’aux Etats-Unis le phénomène « Role Playing Games » bat son plein, la France n’est pas en reste avec le lancement en 1980 du magazine Casus Belli sous l’impulsion de François Marcela-Froideval et Didier Guiserix. Si pour le moment le public hexagonal doit se contenter des versions américaines des jeux, des traductions ne tardent pas à poindre le bout de leurs lames. Une étape capitale est franchie en 1983 lorsque Fabrice Cayla boucle L’Ultime épreuve, soit le premier jeu de rôle français. Suivront Légendes (1983) dont le système rappelle Rolemaster, et Mega (1984) jeu destiné aux néophytes vendu dans le cadre d’un hors-série du magazine Jeux & Stratégie. Par la suite de nombreux éditeurs français connaîtront de francs succès, souvent dans des genres autres que la fantasy (Hurlements, Maléfice, Rêve de dragon, Miles Christi, Qin, Vermine). Mention spéciale à Croc, créateur français très prolifique (In Nomine Satanis, Bitume, Nightprowler) à qui nous devons l’épique Bloodlust (1991), monument de barbarie où les joueurs incarnent une arme-démon. Enfin citons les Livres dont vous êtes le héros édités chez Gallimard durant les années 80 - et toujours disponibles à ce jour - qui participèrent pleinement à l’émancipation du jeu de rôle chez nous (c'est ainsi que votre serviteur débuta sa carrière de rôliste avec le Manoir de l'Enfer dans la collection Défi Fantastique).
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Le Souffle de l'Aventure
Aussi étrange que cela puisse paraître pour ce qui est considéré comme la « Bible du genre », ce n’est qu’en 1984 que J.R.R. Tolkien a officiellement droit à son jeu de rôle avec la publication du Jeu de rôle des Terres du Milieu (ou JRTM pour les initiés). Reprenant une version simplifiée du système Rolemaster, ce qui lui sera reproché car peu adapté à l’ambiance du Seigneur des anneaux, il permet néanmoins aux joueurs de fouler les Terres du Milieu. La gamme se poursuit jusqu’en 1997 date à laquelle elle est abandonnée suite à la banqueroute de son éditeur.
Puis c’est au tour de l’Allemagne de créer l’évènement avec la sortie de L’œil noir (1984) d’Ulrich Kiesow, qui correspond plus ou moins à un univers médiéval-fantastique classique interchangeable avec n'importe quel autre. L’engouement est important car il est une bonne introduction au jeu de rôle. 1984 toujours où nous retrouvons Chaosium et son fameux système (cf. partie 1) avec la parution d’Elfquest basé sur les BD de Wendy et Richard Pini.
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Chaosium encore avec Pendragon (1985) qui met en scène les légendes Arthuriennes dans un jeu remarquable où les lois de la chevalerie occupent une large place sans pour autant oublier la magie. Tout en poursuivant le développement d’ADD, qui rassemble des centaines de suppléments, TSR récupère les droits du personnage de Robert E. Howard pour en tirer le jeu de rôle Conan (1985) qui ne connaît pas la carrière escomptée.
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Comme une envie de GURPS ...
Inauguré en 1983 avec Warhammer Fantasy Battle, jeu de figurines largement inspiré des écrits de Tolkien et point de départ de l’empire Games Workshop, le jeu de rôle Warhammer arrive en 1986 et se distingue des autres jeux par un univers plus proche historiquement de la fin du Moyen âge et du début de la Renaissance. Interrompu dans les années 90, Games Workshop préférant se concentrer sur ses jeux de figurines, une seconde édition plus sombre et gothique est diffusée en 2005. Dans le même temps Steve Jackson, nabab du jeu de plateau, édite GURPS (Generic Universal Role Playing System – 1986) système de règles générique adaptable à toutes les époques. Dès lors les suppléments, très appréciés de part la qualité des contenus, détaillent des mondes précis autorisant toutes les expériences (Conan, Vampire, Espace, Fantasy, Cyberpunk, etc.).

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Une pincée de Magic
Dans la foulée Stephen Michael Sechi termine Talislanta (1987), Kerie L. Campbell-Robson et Sandy Petersen signent Hawkmoon d’après les romans de Moorcock (1988), FASA distribue Earthdawn (1993) et Chaosium offre une refonte totale de Strombringer sous le titre Elric (1993). Mais à compter de 1994, le jeu de rôle connaît une grave crise de popularité au profit d’un jeu de cartes à collectionner reposant sur les fondamentaux de la fantasy (magie, monstres, combats) : Magic l’assemblée de Richard Garfield (1993). Le raz-de-marée planétaire qui en découle impose la société éditrice Wizard of the Coast comme le nouveau temple de la fantasy ludique, un monopole dont l’apothéose est le rachat de TSR en 1997. La décennie qui suit l’avènement de Magic est un âge de ténèbres pour le jeu de rôle dont les parutions, en particulier en France, se raréfient au rythme des disparitions de gammes.
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Mais Wizard, conscient de la manne financière représentée par la licence ADD, relance le marché en créant un système générique, le D20 Système, qui accompagne la troisième édition de Donjons & Dragons (2000). Autorisant l’utilisation libre par d’autres éditeurs, Wizard donne corps au système OGL (Open Gaming Licence) utilisés par de nombreux jeux dont Conan chez Mongoose Publishing (2004). A noter la sortie en 2003 de Donjons & Dragons 3.5 qui améliore sensiblement le système.
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Enfin après en avoir été à l’origine du mouvement, Le Seigneur des Anneaux en favorise la renaissance suite à la réussite des films de Peter Jackson (2001-2003). En 2002 Matt Forbeck et Steven S. Long achève la deuxième version rôlistique du Seigneur des Anneaux qui redonne au genre ses lettres de noblesse. Depuis le jeu de rôle survit péniblement en France grâce à des éditeurs comme 7ème Cercle (Kult), Ubik (Fading Suns) ou le site incontournable de toute la communauté, le fameux GROG. Une survie d'autant plus admirable qu'elle assiste à l’effondrement d'éditeurs et de piliers du genre tels que Casus Belli, Descartes, Multisim ou récemment Asmodée !
Aux Etats-Unis, si sa popularité ne s’est jamais vraiment démentie, c’est désormais le jeu vidéo (Age of Conan, World of Warcraft, Le Seigneur des Anneaux Online) qui semble devoir reprendre le trône à l'instar du reste du monde. Depuis il n'est pas rare d'entendre au détour d'une conversation : "Ouais moi je suis rôliste depuis moment déjà puisque j'ai commencé sur Dark Age of Camelot !" Et tombent les navires en flamme…
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Bibliographie Sélective
Donjons & Dragons (1974)
Tunnels & Trolls (1975)
Advanced Dungeons & Dragons (1977)
RuneQuest (1978)
Strombringer (1981)
Rolemaster (1982)
Le jeu de rôle des Terres du Milieu (1984)
L’Oeil noir (1984)
Elfquest (1984)
Pendragon (1985)
Conan TSR (1985)
Warhammer (1986)
Gurps (1986)
Talislanta (1987)
Hawkmoon (1988)
Bloodlust (1991)
Magic l’assemblée (1993)
Earthdawn (1993)
Elric (1993)
Donjons & Dragons 3 (2000)
Le Seigneur des Anneaux (2002)
Donjons & Dragons 3.5 (2003)
Conan (2004)
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Guide de Lecture

8 commentaires:

Arckhas a dit…

Ah enfin la suite! Bon c'est bien bon mais il est vrai que cela se termine sur une constatation des plus réelles et j'avoue moi aussi avoir succomber aux charmes sulfureux des mmorpg!
Par contre a ugrand jamais je ne dirai:"moi je suis un rôliste, je joue à WoW"??? Ca fait plus de 20 ans que je pratique le vénérable jeux de rôles celui en papier auotur d'une table avec crayons, feuilles, dés, gâteaux et boissons diverses!!!
Et je ne suis pas prêt de m'arrêter!

Bree a dit…

Attention je ne parle pas des vrais rôlistes qui jouent en plus à des jeux vidéo. C'est une continuité logique de leur passion.
Je parle de ceux qui ne pratiquent pas le JdR sur table et s'auto-proclament être des rôlistes ... des petites merdes de gamers oui !!! Un peu de respect avec les ancêtres qui osent encore lire des pavés de 300 pages avant de s'inventer une histoire unique !!

Bon là je me suis enflammé mais c'est bon vous voyez le concept. On est un joueur en ligne, un MMORPGeur, mais pas un rôliste si on ne pratique QUE le jeu vidéo !! Enfin moi je dis ça ...

Bizantin a dit…

Je comprend parfaitement vos points de vue et moi aussi je suis un vieux joueur sur table, mais comme Arckhas, j'ai succombé à la fievre WoW et à d'autres (et j'attend le Conan avec impatiance!!!!)

Mais je dois aussi dire que le jeu de role sur PC presente l'avantage de pouvoir se jouer à toute heure et tout seule! pas besoin de reunir des joueur, de preparer une partie ou de lire des regles. On joue quand on veut sans rien demander a personne! Avec la vie qui va plus vite, et le moins de temps que nous avons a consacrer a tout ca, ben le jeu PC est un bon compromis!

Après il est clair que les joueurs qui ne font que du rpg pc et qui viennent dire qu'ils sont rolistes, la c'est autre chose!!!

sinon le dossier est toujours aussi bon et on croire toujours autant de beau monde dans les commentaires :)

Bizantin a dit…

PS : j'ai moi aussi fait le Manoir de l'enfer et je dois dire qu'il est vraiment excellent ... même si je n'ai jamais pu trouver la fin!!! je crois qu'il a un bug!!!

Adinaieros a dit…

Tres interressant a lire mais c'est dommage qu'il n'y ai pas plus de reflexion autour de l'aspect social du jdr : comment il a été percu par la masse.

Bree a dit…

Salut Adinaieros et merci de ta visite et commentaire ^^

Le sujet en question n'était pas tant le jeu de rôle que la Fantasy dans le jeu de rôle. C'est pourquoi de très nombreux jeux (futuriste, comptemporain, steampunk, horrifique) ne sont pas abordés. L'idée est plutôt de dresser une sorte de cartographie de la sphère Fantasy sous toutes ses formes.

Cependant j'ai effectivement dans l'idée de proposer prochainement - et au regard de l'intérêt suscité par le JdR - un large dossier sur le JdR cette fois. Un dossier qui forcément reviendra sur les atouts, les handicaps, les polémiques, les fondements et l'intérêt de la chose.

Je pense qu'à l'occasion de ce dossier, tu trouveras les éléments qui ne sont pas ici ^^*

Bienvenue Around The Corner dans tous les cas ;)

Mister T a dit…

Aujourd'hui les MMORPG ont pris le relais d'un loisir autrefois limité à un cercle "fermé". C'est la vulgarisation, la popularisation du jeux de rôle qui permet pour les vieux routard que nous sommes, qu'il soit connu par le plus grand nombre (et ainsi nous arretons de passer pour des extra terrestre auprès de nos familles, amis et collegues) et qu'il integre une nouvelle génération de "joueur" qui n'ont pas envie de se casser la nenette à lire un livre de regle de 350 pages plus un livre de 80 page sur le monde plus un livre de 150 pages sur la magie, etc ...
Mais non, nous ne sommes pas des extra terretre ou des dinosaures ... et l'aspect communautaire (le coté "gouter banga" chere à isa, autour d'une table un samedi soir avec gateau, boissons, et mega potes) de ce loisir reste le plus inegalable que ne rempleceront jamais les MMORPG !!

Arckhas a dit…

Il faut toutefois remarqué que les mmorpg sont une évolution du jdr sous une forme très différent mais que j'ai envie de qualifier de normal!
Le support informatique est devenu plus qu'omniprésent dans la vie de chacun et les créateurs ont trouvé là une possibilité supplémentaire de décliner le jdr.
En même temps un petit mmorpg ça permet de patienter juqu'à la prochaine partie endiablée tout plein de gâteaux, boissons et âneries diverses que nous ne manquons pas de balancer tout en écoutant d'une oreille plus ou moins attentive notre pauvre maître de jeu!!!