dimanche 4 novembre 2007

Peter Jackson : Le Saigneur des Boyaux - Part 1/3

En seulement six films, Peter Jackson s’est imposé comme l’un des plus grands cinéastes de tous les temps. Promenant sa barbe touffue, son allure de jeune ado et sa mine débonnaire depuis près de 15 ans, il entama sa carrière avec du gore sauvage, la poursuivit avec du gore rustique avant de passer au superbe. Parcours d’un enfant de la tripe qui, bien avant d’enfiler l’Anneau Unique, jouait à qui dépècera sa proie le plus vite.
.
Si aujourd’hui nul n’ignore le nom de Peter Jackson, c’est probablement parce que sa vie est une suite de ces petits miracles qui forgent les légendes.
Fils unique d’une famille de Pukerua Bay, village côtier situé près de la capitale néo-zélandaise Wellington, Peter vient au monde le jour d’Halloween, un 31 octobre 1961 (ça ne s’invente pas !).
Dès l’âge de 8 ans, il exprime une véritable passion pour la photographie, avant qu’un ami de la famille ne lui offre une caméra Super 8 avec laquelle il entreprend ses premières « réalisations ».
.
Premières Armes

Si les défauts sont légions, certaines bandes préfigurent déjà d’une ingéniosité et d’une fougue créatrice évidente, à l’instar de World War Two dans lequel il perfore la pellicule afin de simuler des impacts de mitrailleuses ! Il finit par tenter sa chance lors d’un concours amateur local. Pour l’occasion, il emprunte à Ray Harryhausen sa technique de l’animation image par image et met en scène un monstre dévastant une ville : « Mes premiers chocs cinématographiques sont le King Kong de 1933 et sa créature créée par Willis O’Brien et les films de Ray Harryhausen » confie-t-il des années plus tard. S’il ne remporte aucun prix, il ne fait plus aucun doute qu’il doit faire de sa passion pour l’image son métier. A 17 ans il quitte l’école et se présente aux studios de Wellington, la seule structure cinématographique du pays, où il essuie un refus : « Cela m’a énormément affecté. Mais il y a quelques années, ces studios étaient en faillite et devaient fermer leurs portes. Je les ai donc rachetés et y travaille depuis mes films ! » avoue Peter un sourire aux lèvres. Mais pour l’heure, et puisque personne ne souhaite lui accorder sa confiance, il réunit le peu d’argent qu’il possède et s’achète une 16mm de marque Bolex. En 1983, armé de sa caméra d’occasion, il décide d’entamer la production de son premier film : Bad Taste.
.
Le Goût du Sang
« Mon intention était de réaliser un court métrage très gore d’une quinzaine de minutes, baptisé Roast of the Day. A l’époque j’occupais un poste de développeur photo dans un quotidien du coin, ce qui me permettait d’acheter de la pellicule. » Travaillant six jours sur sept, Peter Jackson n’a d’autre choix que de tourner le dimanche et de faire appel à ses collègues pour incarner ses personnages. Le scénario original mettait en scène un homme (Giles) chargé de collecter des fonds contre la faim dans le monde. Après avoir été agressé par un maniaque, il tente de trouver refuge dans une maison sans se douter que ses occupants sont des cannibales ! Ce qui ne devait être qu’un petit film de potes prit rapidement les airs d’un long-métrage : « Au fur et à mesure que nous avancions, j’ajoutais de nouvelles scènes qui venaient étoffer l’intrigue. Au bout d’un an, je parviens à un montage d’une heure, sans queue ni tête, sous le titre de Giles’Big Day. » L’affaire se complique un peu plus lorsque Craig Smith, l’acteur principal incarnant Giles, se marie et ne peut plus consacrer son temps à libre à la réalisation d’un film qu’il juge, par ailleurs, trop sanglant : « La décision de Craig m’a forcé à interrompre le tournage durant cinq mois le temps d’écrire un scénario qui utiliserait les scènes déjà tournées. C’est à ce moment que le film est devenu Bad Taste ! »
.
Marathon Man

Si la trame définitive se dessine peu à peu, les difficultés de casting semblent devoir s’accumuler : « Comme nous ne tournions qu’un jour par semaine, j’ai rapidement pris conscience que je ne pourrais pas parvenir à réunir tout le monde sur une période suffisamment longue. C’est ce constat qui m’a poussé à créer et incarner le personnage de Derek, ainsi que l’espèce de zombie avec qui il se bat. Cette séquence est assez amusante puisqu’elle se compose de plans tournés à des mois d’intervalle. Presque une année sépare l’image où je saisis un clou et celle où je me l’enfonce dans le pied ! »
.
Sale & Méchant
Il est d'ailleurs amusant de noter que d'une scène à l'autre, certains comédiens changent de look en raison du temps écoulé entre les deux prises. Outre Craig Smith dont la coiffure passe du long au court en quelques secondes, Peter O'Herne débuta le tournage avec une barbe de trois jours qu'il fut contraint de conserver durant presque 4 ans ! Les mois passent et tous commencent à trouver le temps long. Les moyens dérisoires dont dispose Peter Jackson (armes composées de tuyaux en plastique, costumes extraterrestres cuits dans le four familial, effets spéciaux au rabais), et malgré une bonne volonté évidente, le ras-le-bol est général. Il se décide à présenter le fruit de ses deux années de travail à la Commission du Cinéma Néo-Zélandais (NZFC) qui, contre toute attente, donne son accord pour financer la suite de la production. Une décision salutaire qui lui permet d’abandonner son emploi pour se consacrer à plein temps à son film. En outre, il fait la connaissance de Jamie Selkirk, monteur professionnel qui poursuit depuis sa collaboration avec Jackson : « Novembre 1986 marque un tournant dans ma vie puisque le soutient de la NZFC m’a ouvert de nouveaux horizons. J’avais désormais plus de moyens pour les effets spéciaux. Je bénéficiais de conseils de professionnels et surtout je pouvais utiliser un matériel plus moderne. Sans cela, je pense que Bad Taste n’aurait jamais vu le jour ! »
Au terme d’un tournage-fleuve de quatre ans (qui aura vu deux mariages, un divorce, une naissance et un enterrement), Peter Jackson parvient à finaliser une œuvre unique et novatrice qui ne tardera pas à éclabousser les écrans du monde entier.
.
Hamburger Hill
« Franchement, je pensais que Bad Taste resterait un petit film aux limites de l’amateurisme. Imaginez ma réaction lorsque j’ai appris que l’antique NZFC avait décidé de présenter le film lors du festival du Cannes ! » En 1988, Peter Jackson débarque en France le cœur léger. Et même si son père lui martèle de ne pas s’attendre à grand-chose, le simple fait que des gens vont entrer dans une salle pour voir une de ses créations est déjà une victoire. Et qu’elle ne fut pas sa surprise lorsqu’il découvre une salle hilare la plupart du temps face à cette accumulation de séquences aussi invraisemblables que sanguinolentes : « Ca tombait plutôt bien car je n’ai jamais eu l’intention de tourner un film « sérieux » dans l’esprit d’un Evil Dead ! Mon but était plutôt la franche rigolade dans l’esprit des Monty Python. Ce qui reste le plus étrange c’est que les gens qui ont critiqué le film ne m’ont pas attaqué pour l’accumulation de gore-grotesque, mais pour une potache explosion de mouton ! Comme quoi, c’est souvent dans les détails qu’un film se fait ! »
.
Résultat, et sans aucun moyen, Bad Taste s’impose aisément auprès des fans du genre comme une référence absolue où chaque scène apporte son lot d’humour et d’horreur sauvage ! Peter Jackson repartira avec divers contrats de distribution sous le bras et un prix obtenu au Festival du Cinéma Fantastique de Paris. La légende est en marche.
.
**********
Guide de Lecture

4 commentaires:

Harrypoppins a dit…

Bonjour à tous ! ^^
Impossible de trouver Bad Taste ou Brain Dead en FR , j'entends souvent des gens dire qu'ils sont cultes; mais personnes n'a de liens pour les télécharger, je rappelle qu'ils n'ont jamais étés édités en Dvd zone 2 fr, ce qui est vraiment une honte...

Si quelqu'un le possède lui et/ou Brain dead, s'il pouvait le upload sur www.woofiles.com , c'est un site très rapide de stockage, gratuit, sans codes ni inscriptions.

Tron 2.0 a dit…

Salut Harrypoppins

Ravi de t'accueillir sur le Plan 9 en espérant te voir revenir le plus souvent possible.

Concernant ces deux monuments du cinéma gore, je ne peux pas te donner totalement raison.

En effet Bas Taste est bel et bien disponible depuis un moment en DVD Zone 2. Par contre il est possible que tu doives y mettre le prix, mais l'édition en question vaut largement le détour car elle contient de nombreux bonus. A titre d'exemple, voici un lien vers le DVD en question, mais tu peux aussi jeter un oeil du côté d'Amazon ou Fnac : http://www.priceminister.com/offer/buy/983837/Bad-Taste-DVD-Zone-2.html

Concernant Braindead il n'est effectivement pas dispo en Zone 2 (uniquement Zone 1). Cependant tu peux facilement en trouver une version tout à fait correcte enregistrée lors de son passage sur Canal +. Pour trouver ça, fait un tour du côté d'Emulestar.

Newt a dit…

LOL

Mon dernier commentaire est publié sous le pseudo Tron 2.0 que j'utilise normalement dans la Zone. Petite erreur corrigée avec le présent post ^^

Harrypoppins a dit…

Grands mercis Newt/Tron 2.0 Mdr. ^^

Surtout que c'est la première fois que je vois une édition de Bad Taste avec la vf (je viens tout juste de le commander "Yeah"). C'est vraiment nickel d'avoir mis l'adresse directe vers pricemin, c'est un tel fouillis pour récupérer des infos dans les différentes catégories.
##MERCI##

Idem pour ton info pour Braindead, franchement chapeau.

-> ne serais-tu pas un fils naturel de Peter Jackson (je plaisante, hein) ^^

Je repasserai sur ce site, mais ne m'en tenait pas rigueur si je ne post que très peu souvent (j'ai déjà une vidéothèque de 300-350films et séries :le gros acharné:). Qui sait c'est peut-être sur ce site que je vais retrouver la ref d'un pastiche de James Bond fait par Flemming lui-même. (si tu en as l'occasion matte-le, il y a des passages à mourir de rire ex: Le combat de boulets de canons entre 007 et des sbires habillés en kilts xD)

Encore une fois merci Newt, et peut-être à une prochaine.
Bon Week-end. ^^